Les hypothèses de croissance au centre d’un webinaire de l’Institut CDG

Les hypothèses de croissance au centre d’un webinaire de l’Institut CDG

Les hypothèses qui sous-tendent les projections de croissance de l’économie nationale ont été au centre des débats lors d’un webinaire tenu, mardi, à l’initiative de l’Institut CDG.

Organisé sous le thème “Comment se présente 2023 ?”, ce webinaire a été l’occasion pour les experts de discuter des perspectives de l’économie marocaine et d’explorer les différentes hypothèses qui régissent la croissance, notamment l’éventuelle persistance des chocs externes et internes, le financement des réformes sociales et le soutien de l’investissement, ainsi que les leviers à mobiliser au regard des ambitions déclarées pour 2023.

La vision partagée par les intervenants est que les projections des perspectives économiques et les analyses qui les accompagnent dépendent d’un ensemble d’hypothèses techniques concernant les taux de change, les prix des produits de base et les politiques budgétaire et monétaire.

Les participants à ce webinaire ont, en effet, souligné que les hypothèses économiques de base sont incorporées dans des alternatives, conçues pour fournir une gamme raisonnable d’effets sur la situation financière des différents secteurs et marchés marocains.

Les hypothèses reflètent l’attente consensuelle d’une croissance économique ambitieuse tout au long de la période de projection. Toutefois, les hypothèses de volatilité des marchés représentent un scénario relativement pessimiste.

Sur la base des dernières estimations, l’économie nationale en 2023 est supposée être supérieure à son niveau de production et d’emploi en 2022.

Dans son intervention, Aziz Boucetta, directeur PanoraPost.com, a indiqué que la définition du contexte mondial est primordiale pour questionner les hypothèses de croissance, notant que l’économie nationale évolue dans un contexte exceptionnel de reprise très timide de l’économie mondiale avec ses incertitudes et ses fragilités, notamment la persistance des répercussions de la guerre russo-ukrainienne sur les prix énergétiques, les tendances inflationnistes et le durcissement des politiques monétaires.

Il a toutefois relevé que les projections de croissance sont très larges, mettant en avant les signes d’atténuation des tensions géopolitiques, en particulier un début de dialogue entre les russes et les américains en Ukraine, entre les russes et les chinois aussi en marge du Sommet du G20, ainsi qu’une stabilisation possible des prix de l’énergie et une baisse attendue des cours des produits alimentaires, en plus d’un retour très long de la pluviométrie la semaine dernière.

S’agissant de la persistance des chocs internes et externes, il a précisé que plusieurs mesures ont été prises dans le cadre du PLF-2023 qui fixe quatre priorités ambitieuses à savoir, “le renforcement de l’état social avec la généralisation de la protection sociale et des allocations”, “la relance de l’économie nationale en soutenant l’investissement privé”, “la consécration de la justice territoriale et spatiale” et “le rétablissement des marchés budgétaires pour réussir les réformes structurels”.

De son côté, Taoufik Abbad, Chef de la division synthèses macroéconomiques de la Direction des études et des prévisions...



financières (DEPF) relevant du ministère de l’Economie et des Finances, a insisté sur le fait que le contexte actuel permet moins de visibilité quant aux projections de croissance.

Il a estimé que les conditions internationales défavorables auront un impact sur la trajectoire de croissance au Maroc qui continue de montrer une forte résilience, via notamment une fourchette de croissance supérieure à celle mondiale, malgré les difficultés économiques liées à la sécheresse.

“Ces dernières années avant le Covid-19, on a assisté à des mutations qualitative et quantitatives de plusieurs secteurs, et on a dégagé des marges de manœuvres qui vont permettre de faire face aux chocs internes et externes”, a-t-il dit, faisant état d’une dynamique qui s’instaure et dénote de la solidité des éléments de croissance.

Pour sa part, Javier Diaz Cassou, Senior Economist à la Banque mondiale (BM) est revenu sur la question de la gestion et de l’adaptation à la rareté de l’eau et la rationalisation de son utilisation qui demeurent une priorité pour le Maroc.

“Le renforcement des infrastructures hydrauliques est important, mais ce n’est pas suffisant dans ce contexte climatique où les volumes de sécheresse ne cessent de chuter. Il est nécessaire de valoriser les ressources en eau et de gérer et rationaliser la demande”, a-t-il relevé, estimant que la productivité du secteur agricole demeure parmi les facteurs de réduction des chocs économiques, mais elle dépend de la pluviométrie.

Et de poursuivre: “Nous voyons la carbonisation aussi comme une opportunité pour le Maroc qui génère le moins de gaz à effet de serre dans le monde, et qui a adopté l’agenda green de la manière la plus ambitieuse”.

Karim El Mokri, économiste chercheur, lui, a recommandé d’œuvrer dans le sens de la réduction des effets de la guerre et du Covid-19, mettant en avant l’incertitude qui va impacter la visibilité des décideurs qui seront appelés à travailler pour stabiliser les prix, tout en évitant de “casser le rythme de la reprise”.

Il a, par ailleurs, exposé les scénarios négatifs qui pourront impacter les projections de croissance, notamment la continuité de la sécheresse et un renchérissement des matières premières en cas d’escalade politique, notant que “si jamais on maintient une bonne performance du fret, le secteur industriel marocain pourra connaitre un mouvement de nearshoring avec le marché européen où le Royaume est favori”.

De son côté, Fatima Ezzahra El Mansouri, responsable Gestion de Portefeuilles à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) a fait observer que les marchés marocains obligataire et boursier, à l’instar des marchés internationaux ont réagi avec beaucoup de volatilité à la hausse du taux directeur.

Le Maroc, a-t-elle rappelé, a adopté une politique monétaire restrictive et l’année 2023 connaitra la continuité de l’inflation, mais pas du même ordre qu’en 2022.

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