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Publié le 07 février 2018

La (très malheureuse) sortie de M. Rachid Talbi Alami sur le Mondial 2026

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Ainsi donc, on a appris de la bouche du ministre de la Jeunesse et des Sports Rachid Talbi Alami quelles seraient les villes retenues pour la candidature du Maroc à l’organisation du Mondial 2026. Une sorte de rencontre de presse, plutôt étrange, qui s’est tenue ce matin à Rabat, et le ministre, membre du Comité de candidature, a fait quelques révélations, mais sans ledit Comité de candidature…

Des révélations…

Le ministre de la Jeunesse et des Sports a donc annoncé les 12 villes qui accueilleront le Mondial, si le Maroc en obtient l’organisation, contre le trio nord américain Mexique/Etats-Unis/Canada : Casablanca, Marrakech, Rabat, Fès, Oujda, Tanger, Tétouan, Nador, Meknès, El Jadida, Ouarzazate et Agadir.

Rachid Talbi Alami a même ajouté que le coût de l’organisation du Mondial 2026 au Maroc serait de 8 à 10 milliards de DH. Nous utilisons le conditionnel car, quand on sait que le Mondial 2010 en Afrique du Sud avait coûté près de 5 milliards de dollars, que celui au Brésil en 2014 s’était monté à 15 milliards, et que celui de la Russie cette année devrait  dépasser les 12 milliards, on prend la mesure du grand décalage de M. Talbi Alami avec les réalités, ou simplement avec le bon sens. Et ces chiffres colossaux, en dollars, concernaient des Coupes du monde à 32 équipes, et non à 48, comme ce sera le cas en 2026 !

Ce n’est pas tant l'épaisseur de l’enveloppe budgétaire qui dérange, cela est une autre histoire et on peut raisonnablement penser que les Marocains, au plus haut niveau, avant de proposer la candidature du royaume, ont dû faire leurs calculs… Le problème est que si le chiffre annoncé par le ministre de 10 milliards de DH est exact, et qu’il l’ait bien annoncé, cela signifie que le Maroc présente un ministre qui ne connaît pas son dossier. On n'organise pas un Mondial, de nos jours, pour moins de 10 milliards de dollars, et annoncer une telle compétition à 10 milliards de DH est chose très préoccupante pour un si haut responsable que M. Talbi Alami !

Si les choses se confirment, c’est-à-dire en l’absence de démenti, voire de désaveu, et que la FIFA entende cela, son opinion sur notre candidature n’en sera pas nécessairement grandie. Quant au trio adverse qui, selon le même ministre  qui s’en est confié à Médias24, scrute nos faits et gestes, il aurait de solides raisons d’être rassuré quant à la suite des événements…

Couac de communication

Nous continuons de douter de cette énormité, n’ayant pas été présents à la rencontre de presse, organisée semble-t-il avec une admirable légèreté, seul quelques honorables confrères y ayant assisté, en l’absence de tous les (nombreux) autres.

Mardi 6, M. Talbi Alami disait ceci à notre confrère Samir el Ouardighi de Medias24 : « Nous refusons de communiquer sur ce sujet non pas par rétention d’information, mais plutôt pour l’intérêt stratégique du pays. Les données de notre dossier technique de candidature sont très sensibles et les dévoiler serait une erreur car nos concurrents sont à l’affut d’informations pour s’en servir contre nous. Viendra le jour où nous allons tout divulguer mais il est encore trop tôt pour cela ».

Ce jour était demain…

Mercredi 7 donc, le ministre dit ce qu’il a dit dans sa rencontre/conférence/point de presse…

Jeudi 8 février, un conseil de gouvernement est attendu, lors duquel le ministre du Commerce et de l’Industrie et président du Comité de candidature Moulay Hafid Elalamy fera très solennellement une communication sur le Mondial.

Il est bien là,  le problème, voire le drame… dans la communication. Et aussi dans le fait d’avoir un tel personnage que M. Rachid Talbi Alami, ancien et actuel ministre et ancien président de la Chambre des représentants, au sein d’un Comité de candidature dont la vertu cardinale et attendue est le sérieux et la crédibilité. Les choses avaient pourtant relativement bien commencé pour ce Comité, nommé par le roi, présidé par Moulay Hafid Elalamy, soutenu par le président de la Fédération de football M. Fouzi Lekjaâ (et accessoirement vice-président de la CAF), quoique un peu lesté par M. Talbi Alami, aimant parfois faire cavalier seul. Las…

Les questions qui se posent, et auxquelles les responsables du Comité n’ont pas jugé nécessaire de répondre (nous avons essayé de les joindre, voire nous les avons joints…) :

1/ Pourquoi M. Talbi Alami, certes ministre mais non président du Comité de candidature, fait-il de telles révélations, en lieu et place de Moulay Hafid Elalamy, président ?

2/ Comment  M. Talbi Alami  peut-il avancer sans sourciller un budget ridiculement bas de 10 milliards de DH pour organiser un Mondial, sans qu’il n’apporte promptement un correctif empressé, et sans que le Comité de candidature ne démente tout aussi prestement ?

3/ Pourquoi un Comité de candidature, désigné par le chef de l’Etat et portant l’espoir de tant de gens de voir sa mission aboutir, fait-il autant de cafouillages médiatiques, sans paraître en prendre la dangereuse mesure ?

Aziz Boucetta

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