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Maroc |

Publié le 30 novembre 2017

Le discours fort du roi Mohammed VI à Abidjan sur les migrations

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Le Maroc est entré à l’Union africaine (UA) voici moins d’un an et il a été désigné Leader pour les questions migratoires. Or, ce sommet d’Abidjan entre UA et Union européenne est, malgré les grands slogans, résolument axé sur les questions migratoires. Le roi Mohammed VI a adressé un message, au ton désormais habituel, empreint de franchise, abrupte quand il le faut, et il le faut bien souvent.

Dans son discours, le chef de l’Etat marocain a mis tout le monde face à ses responsabilités, Africains et Européens confondus : « Le 21ème siècle sera celui des grands brassages. Ce constat de bon sens nous interdit de donner toute tournure idéologique, passionnelle, voire xénophobe aux discours sur la migration ». Le décor est ainsi planté, et précisé par cette phrase : « Peu capables ou peu désireux de saisir les causes profondes du phénomène migratoire, on le fige et on le généralise dans des représentations stéréotypées : à travers des images de déferlements de personnes sans travail et sans ressources, parfois aux profils douteux ».

Et si les migrations remontent à la nuit des temps, le roi rappelle que les frontières en Afrique datent des indépendances, c e qui signifie que la mobilité est naturelle sur le continent et, la pauvreté et le manque de perspectives d’avenir aidant, cela conduit les Africains migrants à se déplacer d’un pays à l’autre, sur le continent même.

Mais aujourd’hui, c’est vers l’Europe que les migrants se dirigent prioritairement, d’où le rôle de l’Europe : « L’heure est à l’action. Peut-on trouver des solutions efficaces, ou sommes-nous condamnés à rester dans une logique de méfiance ? Je l’affirme avec force : nous pouvons agir. Mais nous ne pouvons pas tout faire, et surtout nous ne pouvons le faire seuls : la politique européenne en la matière devrait évoluer ». A commencer par une meilleure morale… « Il n’est pas acceptable que, tant sur les bancs des écoles prestigieuses que dans les entreprises du continent, les meilleurs talents africains soient l’objet des convoitises européennes, au mépris de l’investissement de leur pays d’origine en termes de formation ; l’hémorragie des cerveaux qui s’ensuit est déplorable ». Le pillage continue, en quelque sorte…

Puis le chef de l’Etat marocain présente sa vision, ainsi que cela lui avait été demandé par ses pairs africains, et appelle à la correction de  « quatre mythes infondés :

1/ La migration africaine n’est pas, de manière prédominante, intercontinentale. Elle est d'abord intra-africaine : sur 5 Africains qui se déplacent, 4 restent en Afrique ;

2/ La migration irrégulière n’est pas majoritaire : elle ne correspond qu’à 20% de la migration internationale ;

3/ La migration n’appauvrit pas les pays d’accueil : 85% des gains des migrants restent dans les pays d'accueil ;

4/  (…) Il n’y a plus de distinction entre pays d’émigration, de transit et d’installation ».

Mais le roi termine par un constat positif : « il s’agit de faire de l’immigration un sujet de débat apaisé et d’échange constructif. Au Nord comme au Sud, nous en tirerons tous avantage. Et si cette conception est, pour l’instant, encore bien fragile, soyons assurés qu’un jour, ensemble, nous y parviendrons ! ».

Cela étant, le roi Mohammed VI lance deux piques politiques que les concernés ont dû bien sentir.

1/ En parlant de l’Europe et de ses positions souvent paternalistes (le roi n’a pas cité ce mot) : « La conditionnalité de la dette doit être revue : les pays occidentaux attendent, en effet, que certains pays d’Afrique - indépendants depuis moins d’un demi-siècle - aient des performances politiques et économiques aussi positives et aussi importantes que les leurs, et leur imposent donc des conditions impossibles à respecter. Cette aberration est d’autant plus vive, que ces mêmes pays européens ont parfois, eux-mêmes, de grandes difficultés sur les plans financier et politique ».

2/ Sur l’UMA, et alors que les Européens connaissent parfaitement l’animosité algérienne à l’égard du Maroc, le roi a dit ceci : « Nos groupements régionaux auraient pu être plus efficaces face à cette situation. Et l’on peut à juste titre penser que, si l’UMA avait réellement existé, nous serions plus forts face à ce défi. Or, hélas, l’UMA n’existe pas ! ».*

On aurait pu attendre un tel discours de la part du président de la Guinée, et de la Conférence des Chefs d'Etat africains, Alpha Condé, qui a à l'inverse délivré un message plutôt terne, à l'image de celui du président de la Commission de l'UA, Moussa Faki.

Aziz Boucetta

 

 

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