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Publié le 30 mars 2018

Migration: l'Algérie un "no man's land" ?

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L’Algérie joue sainte en diplomatie et dans sa politique intérieure, la méthode hitlérienne fait office de pratique à propos de migrants dont rapts, déportations, emprisonnements… sont le quotidien des migrants subsahariens dans ce pays.  De plus en plus des méthodes inhumaines se multiplient sous le regard de la communauté internationale qui laisse Alger passer outre les conventions des Nations-Unies en matière de droits de l’homme.

Si lors de sa visite à Alger, le président de la Commission de l’Union Africaine Moussa Faki n’a pas abordé la question des migrants installés dans ce pays c’est parce que l’UA veut préserver une diplomatie de vitrine au profit des droits des migrants subsahariens coincés dans ce pays.

A Alger, Moussa Faki qui est allé déposer une gerbe de fleurs au Sanctuaire des Martyrs devait faire le même exercice quand il reprenait le chemin du retour en direction de Kigali pour le sommet de la ZLECA. Mais il faudrait d’abord trouver un sanctuaire et aussi avoir le courage non pas pour déposer des fleurs mais aborder la question des migrants installés dans ce pays et en partance pour l’Europe. Par ce qu’en réalité l’Algérie tout comme la Maroc et la Libye constituent pour les migrants des zones de transit.

Depuis le retour du Maroc sur la scène continentale, l’Algérie essaie de se repositionner de plus en plus afin de contrôler l’offensive du Maroc à jouer les premiers rôles en Afrique. Ces ambitions d’Alger restent teintées de beaucoup de paradoxes notamment son rôle dans le dossier du Sahara-marocain et celui des migrants où la même Algérie réclamant des droits ici pour une partie du peuple marocain habitant au sud du royaume en bafoue délibérément ailleurs avec les migrants.

L’Algérie qui n’a pas cessé de torpiller le dossier du Sahara-marocain doit être rappelé à l’ordre par l’UA concernant la situation des migrants sans compter que le sud de ce pays est la lie du terrorisme du Sahel où est présent un certain Mokhtar Belmokhtar que l’Algérie ignore royalement.

A propos de terrorisme, malgré les multiples réunions organisées jusqu’à ce jour par les dirigeants africains et européens sur ces deux questions, il faut rappeler la responsabilité particulière de l’Algérie avec des rapts et reconduites aux frontières dans des conditions inhumaines qui pourrait renforcer par contre le bataillon des candidats au djihad.

A titre de représailles sur les conditions terribles qu’ont subi les migrants maliens, ces derniers de retour chez eux sont allés directement à l’ambassade d’Algérie à Bamako pour y mettre le feu. Cette situation rappelle bien de mauvais souvenirs lorsque des africains noirs étaient exhibés sur CNN faisant l’objet de vente en Libye. Et la suite certaines représentations diplomatiques libyennes avaient été assiégés dans certains pays et les plus révoltés voulais lynchés les diplomates libyens.

Politique migratoire algérienne

Autre ressemblance, de la politique migratoire algérienne qui rappelle celles des déportations de l’époque hitlérienne et à ce titre, la Plateforme Migration Algérie (PMA), composée de 21 associations internationales et algériennes, n’a de cesse tirer d’alarme sur les conséquences désastreuses de ces expulsions sans distinction de nationalité » qui séparent parfois les familles et isolent des mineurs.

Et la conséquence de ces pratiques c’est de pousser les migrants à se cacher se privant ainsi des conditions de vie assez descentes avec comme résultat la détérioration de leur situation sanitaire et médicale, en raison de la rupture d’accès aux soins et de ravitaillement en nourriture, se désole la PMA. La plateforme signale que des centaines de Nigériens, Maliens, Ivoiriens, Camerounais, Libériens et Guinéens, dont des femmes enceintes et des enfants, ont été arrêtés et transférés dans un centre de rétention de la banlieue d’Alger, avant d’être transportés en bus vers Tamanrasset, à 2.000 km au sud de la capitale algérienne. Et de là, ils ont été emmenés en camion à la frontière avec le Niger, à environ 400 km plus au Sud. Ces déportés ont été ensuite contraints de rejoindre à pied, en plein désert, la localité de Assamaka, au Niger, à une quinzaine de km de la frontière, déplorent ces associations parmi lesquelles figurent Médecins du Monde, Caritas ou la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme.

Au total, plus de 2.500 Africains de divers pays subsahariens avaient été arrêtés, en septembre et octobre, en Algérie et expulsés vers le Niger, avait indiqué Amnesty international dans son dernier rapport, dénonçant aussi des expulsions « illégales » et un « profilage ethnique ».

 L’Algérie divisée

La présence des migrants subsahariens secoue la société algérienne et divise la classe politique. En juin dernier, une violente campagne visant les migrants subsahariens a éclaté sur les réseaux sociaux à l’aide de l’hashtag « #لا_للافارقه_في_الجزاير » (#Non aux Africains en Algérie).

Suite à ce tôlé, le Premier ministre a voulu calmer cette frange raciste de la population. Et lors de la présentation de son programme Abdelmadjid Tebboune avait annoncé son ambition d’offrir un accueil favorable aux migrants subsahariens. « Nous ne sommes pas des racistes, nous sommes des Africains, des Maghrébins et des Méditerranéens », avait-il alors martelé.

Position partagée également par le ministre de l’Intérieur Nourredine Bedoui qui rappelle que « l’Algérie considère ces réfugiés, venant de pays en butte à des conditions difficiles, comme étant des invités qu’il faut prendre en charge au plan médical, social et psychologique, individuellement et en groupes ».

Suite à ces déclarations, une ligne dure a très vite réagi suite aux propos du premier ministre et du ministre de l’intérieur.  Ahmed Ouyahia (ci-contre), ancien directeur de cabinet du président Abdelaziz Bouteflika avait déclaré que « Les étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux » ( A la Trump), et revenant à la charge, il affirme « Ces gens-là sont venus de manière illégale […] On ne dit pas aux autorités « Jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts », mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles », a ajouté le patron du Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti d’Algérie et allié du Front de libération nationale (FLN) du président Bouteflika, avait rapporté l’ONG algérienne des droits de l’homme.

Prenant le relais, le prolixe ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, n’y va pas par le dos de la cuillère, il reproche aux migrants de constituer « une menace pour la sécurité nationale » et a même évoqué l’existence de « réseaux très organisés qui entretiennent et facilitent ce genre de trafic humain ».

Des allégations que le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, a démenti. Lui a assuré au contraire que ses services n’ont enregistré aucune grande affaire dans laquelle seraient impliqués les migrants africains en situation irrégulière.

Récemment le ministre de l’Intérieur a annoncé un recensement des migrants présents pour bientôt et le Premier ministre a également fait savoir qu’une carte sera attribuée à tout déplacés dont la présence en Algérie a été approuvée et qui donnera accès aux opportunités de travail pendant que les autres se verront rapatriés, après des discussions avec leurs pays d’origine.

 Mouhamet Ndiongue

 

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