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Publié le 06 mars 2018

Journée internationale des femmes : L’heure est VENUE !

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La Journée internationale des femmes est célébrée dans de nombreux pays à travers le monde. C'est un jour où les femmes sont reconnues pour leurs réalisations malgré les différences multiples, nationales soient-elles, ethniques, linguistiques, culturelles, économiques ou encore politiques. C'est aussi l’opportunité pour elles de faire leur évaluation sur les luttes et les réalisations passées, mais surtout, de se projeter sur les prochains défis qui attendent les futures générations de femmes. L’heure est VENUE disent-elles !

Le 104ème  anniversaire de la Journée internationale des femmes coïncide avec un cadre étroit où les femmes semblaient être confinées. Révélations, chasse aux sorciers, égalité, revendications accrues, parité … tout est présent dans ce cocktail que les femmes ont décidé de vider définitivement.

Depuis un certain temps, la Journée internationale des femmes a pris une nouvelle dimension, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement. Le mouvement féministe en plein essor avait été renforcé en plus par quatre conférences mondiales sur les femmes organisées sous l’égide de l’ONU. Cela a aidé à faire de la célébration de cette Journée le point de ralliement des efforts coordonnés déployés pour exiger la réalisation des droits des femmes et leur participation au processus politique et économique.

La manifestation new-yorkaise censée être à l’origine de la Journée internationale des femmes n’a jamais eu lieu. L’historienne Françoise Picq a, dans une tribune, apporté une thèse selon laquelle, « c’est en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer ».

La Journée internationale des femmes qui fête ses 104 ans a une origine autre celle de la manifestation des femmes de New York. Sa genèse repose en réalité sur un mythe. Françoise Picq l’a « démasqué » dès la fin des années 1970, rapporte France Culture sur son site. « À l’époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des “groupes femmes” du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York ». Or cet événement n’a jamais eu lieu ! « Les journaux américains de 1857, par exemple, n’en ont jamais fait mention », indique Françoise Picq. Et elle ajoute que cette date n’est même pas évoquée par celles qui ont pris l’initiative de la Journée internationale des femmes : les dirigeantes du mouvement féminin socialiste international.

La date du 8 mars n’était pas avancée, mais le principe fut admis car il fallait à cette époque mobiliser les femmes en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe. La Journée des femmes est donc l’initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe, d’après son analyse. « C’est justement pour contrecarrer l’influence des groupes féministes sur les femmes du peuple que Clara Zetkin propose cette journée », précise Françoise Picq. Elle rejetait en effet l’alliance avec les « féministes de la bourgeoisie ».  Plus loin, l’historienne explique que le mythe des couturières new-yorkaises est né « en 1955, dans le journal L’Humanité, où la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois ».

104 ans de lutte

La marche des femmes vers l’égalité a été suivie de beaucoup de traités et ratifications, qui ont valu aujourd’hui aux femmes plus de reconnaissance. Chronologie et retour sur quelques dates importantes.

1909 — Conformément à une déclaration du Parti socialiste américain, la première Journée nationale des femmes a été célébrée aux États-Unis le 28 février.

1910 — L’Internationale socialiste réunie à Copenhague a instauré une Journée des femmes, de caractère international, pour rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et pour aider à obtenir le suffrage universel pour les femmes. La proposition a été approuvée à l’unanimité par la conférence qui comprenait plus de 100 femmes venant de 17 pays, dont les trois premières élues au Parlement finlandais. Aucune date précise n’a été fixée pour cette célébration.

1911 — À la suite de la décision prise à Copenhague l’année précédente, la Journée internationale des femmes a été célébrée pour la première fois, le 19 mars. Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail.

1975 — Lors de l'Année internationale de la femme, l'Organisation des Nations Unies a commencé à célébrer la Journée internationale des femmes le 8 mars.

1995 — La Déclaration et le Programme d’action de Beijing, qui constituent une feuille de route de portée historique, sont adoptés par 189 gouvernements lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Ils contiennent des engagements complets en réponse à 12 domaines critiques et constituent encore une puissante source d’orientation et d’inspiration. Le Programme d’action projette un monde où chaque femme et chaque fille peut exercer ses libertés et ses choix et connaître et comprendre tous ses droits, notamment le droit de vivre sans violence, le droit à l’éducation, le droit de participer à la prise de décision et le droit de recevoir un salaire égal pour un travail égal.

2014 — La 58ème session de la Commission de la condition de la femme (CSW), qui est le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l’égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes, avait pour thème prioritaire : les résultats obtenus et les difficultés rencontrées dans la réalisation des Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) en faveur des femmes et des filles.

Pour rappel, la Charte des Nations Unies, adoptée en 1945, a été le premier instrument international à affirmer le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes.

A partir de ces références et au fil des ans, l'ONU et ses institutions spécialisées ont donné comme orientation aux différentes organisations et communautés que « la participation des femmes, en tant que partenaires égales des hommes, à la réalisation du développement durable, de la paix, de la sécurité et au plein respect des droits de l'homme. Favoriser l’autonomie des femmes continue d'être un élément au cœur des efforts entrepris par l'ONU en vue de relever les défis sociaux, économiques et politiques dans le monde ».

#MeToo, #YoTambién, #QuellaVoltaChe, #BalanceTonPorc, #Ana kaman

« L’heure est VENUE : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes». est le thème de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2018.

Cette année, la Journée internationale est célébrée dans une période très agitée, avec un mouvement mondial sans précédent en faveur des droits des femmes. Le harcèlement sexuel, la violence et la discrimination à l’encontre des femmes ont fait la une des médias et ont considérablement favorisé un débat public,motivé par une détermination affirmée des femmes pour instaurer un changement.

La mobilisation dans le monde entier pour un avenir plus équitable n’a jamais atteint cette côte de popularité depuis que les femmes ont engagé ce combat. Cette mobilisation a pris la forme de marches et de campagnes mondiales, dont la campagne #MeToo aux États-Unis avec son corollaire de vagues d’indignation, ainsi que les actions équivalentes menées dans d’autres pays autour toujours des mêmes sujets tels que harcèlement sexuel et violence. #MeToo a subitement provoqué d’autres mouvements tels que #YoTambién au Mexique, en Espagne, en Amérique du Sud et au-delà, #QuellaVoltaChe en Italie, #BalanceTonPorc en France et #Anakaman dans les États arabes, la campagne contre le féminicide « Ni Una Menos » (« Pas une de moins ») lancée en Argentine, ainsi que bien d’autres actions portant sur des questions allant de l’égalité des salaires à la représentation politique des femmes.

« La Journée internationale des femmes 2018 est l’occasion de transformer cette dynamique en action, de favoriser l’autonomisation des femmes dans tous les contextes – ruraux et urbains – et de célébrer les activistes qui travaillent sans relâche à revendiquer les droits des femmes et à réaliser leur plein potentiel », ont laissé entendre les femmes lors d’une conférence des Nations-Unies à propos de la journée du 8 mars 2018.

La Journée internationale des femmes attirera également l’attention sur les droits et l’activisme des femmes rurales, qui représentent plus d’un quart de la population mondiale et une majorité des femmes travaillant dans le secteur agricole, dont la proportion dans la main-d’œuvre agricole mondiale est de 43% d’après les Nations-Unies.

« Elles labourent les terres et plantent les semences pour nourrir leur pays, assurent la sécurité alimentaire de leurs communautés et renforcent les capacités de résilience face au changement climatique », ont-elles fait mention dans leur déclaration. Ce combat longtemps mené par les femmes est du fait des inégalités qu’elles jugent profondément ancrées entre elles et les hommes. D’après des études menées sur le genre, les Nations-Unies affirment que les femmes rurales sont moins bien loties que les hommes ruraux ou les femmes urbaines. Par exemple, à l’échelle mondiale, moins de 20% des propriétaires terriens sont des femmes. Or, alors que l’écart salarial mondial entre hommes et femmes s’élève à 23%, dans les zones rurales, ce taux peut atteindre 40 %. Elles manquent d’infrastructures et de services, d’emplois décents et de protection sociale, et sont plus vulnérables aux effets du changement climatique.

2018 pour un plaidoyer des femmes rurales

En marge de la préparation de la Journée de la femme pour l’année 2018, le thème « l’heure est VENUE : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes » est un fort plaidoyer pour les femmes rurales, comme quoi il est temps de penser à elles. Faisant de la promesse des objectifs de développement durable une réalité, l’exigence pour ces femmes leaders est de ne laisser personne pour compte et cela nécessite « une action urgente dans les zones rurales pour assurer un niveau de vie adéquat, une vie exempte de violence et de pratiques néfastes à l’égard des femmes rurales ainsi que leur accès à la terre et aux actifs productifs, à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à un travail décent, à l’éducation et à la santé, y compris à la santé sexuelle et reproductive et aux droits qui s’y rattachent », ont-elles déclaré avec vigueur.

Faisant le parallèle avec ces femmes qui travaillent dans le monde du cinéma, du théâtre et de l’art aux États-Unis et qui ont décidé de dénoncer les actes de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle commis par des hommes de pouvoir dans ces secteurs, la branche onusienne des femmes déclare « qu’elles ont trouvé un allié puissant dans l’AlianzaNacional de Campesinas, l’organisation nationale de travailleuses agricoles, qui connaît bien la question des abus de pouvoir ».

Au Maroc : l’heure vient et elle est déjà VENUE… 

Au Maroc comme en Afrique en général, la mue n’est pas retentissante comme ailleurs. Néanmoins, depuis un certain temps les intellectuelles marocaines ont commencé à poser l’émancipation de la femme comme condition sine qua non pour le développement du pays comme angle d’attaque. Mais ici, la particularité est que dans la plupart des sociétés arabes, le fait sociétal est sous la coupe de la raison religieuse et coutumière.

Ce dogmatisme régulé par les hommes répond à l’analyse de Rabéa Naciri dans son ouvrage‘’le Mouvement des femmes au Maroc ‘’où la professeure universitaire à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat déclare « une émancipation définie par les hommes :  Le réformisme masculin durant la période coloniale a délimité d’une façon très étroite le cadre dans lequel devait se déployer l’émancipation des femmes (marocaines). Il a donné la priorité à la revendication de l’indépendance, censée être à même de régler tous les problèmes sociaux y compris celui de la condition des femmes ». Dans ce livre, Mme Naciri n’a pas manqué de donner une vision d’ensemble de l’histoire de l’émancipation et des luttes des femmes au Maroc, des luttes qui prennent des formes diverses selon les périodes et selon les groupes : résistances au cadre réformateur imposé par les colons, investissement dans les structures officielles féminines que crée l’État après l’indépendance, engagement dans le travail social et caritatif puis dans les syndicats et les partis de gauche (années 1970).

Hayat Zerari, anthropologue et présidente de l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes, voit quant à elle une certaine évolution bien que la lutte des femmes marocaines soit à certains égards loin de toucher les véritables problématiques auxquelles le combat des femmes marocaines doit porter. Elle déclare en substance que depuis « l’accès à l’indépendance, le statut et la situation de la femme marocaine restent toujours marqués par de profondes inégalités comparées à ceux des hommes. Une lente évolution verra le jour à travers les effets de l’urbanisation, de l’entrée dans le monde du travail et de la maîtrise de la maternité. A partir des années 80, sous l’influence d’organisations féminines, la place des femmes dans la vie politique et sociale sera posée avec plus de force. Le débat se cristallisera avec vigueur autour des projets de réforme du code de la famille à partir des années 2000 ».

A travers l’analyse des différents chantiers entamés depuis un certain temps (développement de la société civile, ratification de conventions internationales par le gouvernement, création de l’IER 11- Instance Équité et Réconciliation-, promulgation du nouveau Code de la famille…) le Maroc a entamé des changements significatifs et l’instauration d’un État de droit. L’ensemble de ces changements ne pouvait prendre sa réelle mesure sans toucher de façon significative les rapports liés à la justice, donc celle de l’équité genre. La lutte des femmes pour l’égalité s’est inscrite tout naturellement dans ce mouvement et a profité de ce contexte pour affirmer la nécessité de la question de l’égalité au centre de la construction de la démocratie et de l’État moderne.

Bonne fête, Mesdames d’ici et d’ailleurs !

Mouhamet Ndiongue

 

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