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Maroc |

Publié le 25 février 2018

Le RNI dévoile son offre politique, et se lance…

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Le RNI l’avait annoncé, avec peu de crédibilité, voici un an… Il l’a fait, avec beaucoup d’assurance, ce weekend. L’offre politique a été déclinée par le président du parti Aziz Akhannouch, après la mise en place de toutes les structures du parti, à l’issue d’un marathon sur le territoire national et parcours des 12 Régions. Cette offre a été élaborée d’une manière participative, confortant le positionnement social-démocrate de la formation bleue. Explications

Décor à l’américaine donc, avec une assistance de plus de 2.500 personnes rangées en amphithéâtre, une estrade remplie de monde, ministres et anciens ministres, cadres et responsables des organisations parallèles, invités et autres personnalités. Tout le monde était là pour écouter le discours d’Aziz Akhannouch, arrivé détendu et souriant sous les vivats et les applaudissements. Un film institutionnel revient que les grands moments des congrès régionaux, et les petites phrases prononcées par les congressistes… Et un drone qui survole tout cela dans un bourdonnement qui faisait lever la tête aux personnes présentes

Et la fête commence… avec cinq jeunes (dont la très prometteuse Yasmine Lamghaouar, vice-présidente de la Jeunesse RNI) qui viennent dire leur ressenti, voire leur ressentiment face à ce qui devrait être fait et qui n’est pas fait. Puis Aziz Akhannouch arrive, plus à l’aise que jamais, plus confiant et s’adressant à un public certes acquis, mais qui reste à séduire et à transporter.

Il revient sur son année de travail, « où il n’y a pas eu de vacances politiques », comme cela avait été promis voici un an. Et de fait, chaque weekend, les ministres étaient en vadrouille avec leur président, sillonnant le pays, recueillant les doléances, répondant aux sondages d’opinion, relevant les manques et les manquements de la politique marocaine. Tout cela a été synthétisé, modélisé, exposé, mettant en place l’offre politique du RNI.

« C’est la première fois qu’un parti sort un programme dont les éléments et les axes sont venus du bas !», se réjouit une militante du parti.

C’est d’Agadir que les choses avaient commencé, dans la restructuration du parti, et un an après, un congrès national et 12 congrès régionaux plus tard, les choses sont faites. « En un an, nous avons réussi à organiser le parti au national, au régional et au local… nous avons fondé les organisations parallèles, et nous avons aujourd’hui 100.000 adhérents », lance solennellement le président du parti, qui se félicite en outre de voir son parti gagner quatre élections législatives partielles.

Puis Aziz Akhannouch fait un rapide historique du parti, revenant sur son parcours depuis 40 ans, et assurant, certes un peu précipitamment, que « le RNI a contribué à faire ce pays ». Le RNI a en réalité toujours été un parti d’appoint et de cadres. Ce n’est que maintenant qu’il devient une véritable force politique avec laquelle il faudra compter. Le RNI a toujours été ce parti qui n’apparaît que durant les élections, mais aujourd’hui, il est en effet omniprésent. Voire même dominateur.

Et il prend sur lui de parler au nom des sans voix… Ainsi, selon un sondage réalisé au sein du parti, sur la confiance des Marocains dans leur classe politique, il est apparu que 43% des Marocains ne croient définitivement pas dans les partis, 12% y croient un peu, 18% sont confiants et 8% très confiants, alors que 19% ne pensent rien.

Pourquoi cette crise de confiance ? Parce que les Marocains ne croient pas en leur politique, pas plus qu’ils n’entrevoient de bonnes perspectives pour leur modèle économique. Et le roi Mohammed VI leur avait donné raison en demandant voici quelques mois à revoir le modèle économique du royaume. On en est là. Et le RNI monte à la manœuvre.

« Nous avons mis en place une offre politique pour envisager les possibilités de développement du pays, sur la base d’un modèle économique innovant », lance le président Akhannouch. « Après les congrès régionaux, et les 13.000 congressistes qui y ont participé, nous avons entendu vos idées et propositions, et vous avez été nombreux à participer aux sondages d’opinion. Vous avez assuré qu’en tant que RNI, nous voulons redorer le blason de la politique. Ce qui veut dire proposer les idées, les soumettre, entendre les voix des citoyens, et en faire bon usage ».

Avec une démarche « macronienne » (le RNI s’est rapproché de la République en marche, qui apporte elle aussi en France une offre politique inédite), et avec des allures oratoires à la Sarko, Akhannouch affirme penser et travailler pour « le Maroc qui se réveille tôt, le Marocain qui travaille et veille à l’avenir de ses enfants » … et œuvrer pour « le langage de vérité : des secteurs sociaux comme santé et éducation qui n’ont pas connu de développement réel ou tangible ».

Puis Akhannouch va droit au but : « Aujourd’hui, il est temps d’exposer notre nouvelle offre, qui a pour nom le parcours de la confiance (massar attiqa en VO) ». Fort bien, et en quoi cela consiste-t-il ? « Nous ne sommes ni droite ni gauche, et on a choisi le centre alternatif, un centre actif et réactif, un centre qui traite des affaires des citoyens, tout cela venant d’un dialogue sociétal approfondi. Notre référence, choisie par vous, est la démocratie sociale… fondée sur la justice sociale, l’émancipation citoyenne, car nous pensons qu’il nous faut un système de valeurs auquel nous croyons et qui va se fonder sur notre offre politique ». Le ton est clair et le discours est franc.

Ce « parcours de confiance » se base sur trois grandes valeurs :

1/ L’égalité (nous sommes tous égaux), plébiscitée par 57% des sondés ;

2/ La responsabilité (nous sommes tous responsables), choisie par 48% ;

3/ La cohésion sociale (émancipation des citoyens à travers les institutions), retenue par 32% des votants.

L’offre politique, dans ses grandes lignes

Il existe selon le RNI et son président trois grands chantiers qui balisent le « parcours de confiance », et qui sont l’emploi (96% des sondés), la santé et l’éducation, chacune pour 94% des personnes interrogées.

Pour l’emploi

L’objectif, à l’horizon 2025, est la création de 2 millions de postes d’emploi, 700.000 dans les industries, 1.000.000 dans les services, et 250.000 dans l’agriculture et la pêche.

Il faudra en outre assurer la formation de 1.000.000 jeunes qui ne disposent pas de qualification leur permettant de travailler.

Il est nécessaire également d’encourager l’investissement privé en posant les bases de la confiance des investisseurs (cela passe par la politique fiscale et l’engagement de l’administration), en améliorant le rendu des CRI, en augmentant la productivité de l’entreprise par l’infrastructure et la logistique. Enfin, une attention particulière sera accordée sur les 5 années à venir aux PME et TPE.

Pour cela, lors d’un point de presse organisé plus tard et répondant à une question de Panorapost sur l’implication des banques, Aziz Akhannouch a assuré que des mécanismes de financement seront mis en place et qu’ils sont déjà à l’étude, et aussi que les banques devront produire et offrir des produits nouveaux en direction et en faveur des petites entreprises.

Pour l’éducation

Il faudra revisiter la politique de l’éducation dans sa globalité, avec comme première mesure l’élargissement du préscolaire, en impliquant les autoentrepreneurs, et en assurant le transport et les repas dans les écoles.

Akhannouch : « Il nous faut être sincères. Construire une salle dans un endroit et dire qu’on a fait une politique d’enseignement, c’est du n’importe quoi. Il faut assurer le confort à l’école ». Idée intéressante : une université pédagogique pour enseigner comment enseigner, « être enseignant est un métier », et il faut prévoir une prime de pénibilité pour les enseignants qui vont loin pour enseigner.

Autre idée intéressante : inculquer l’esprit d’entreprise dans les cursus d’enseignement, et le but est qu’il faut fabriquer des entrepreneurs.

Pour la santé

Plusieurs mesures sont déclinées : Revoir la carte sanitaire, atteindre le taux d’un médecin pour 500 familles, refaire un statut général pour les médecins, donner logements et moyens aux médecins, en collaboration avec les autorités locales.

Créer des flottes d’ambulance et numéro vert 24/24 sur les détresses médicales avec comme objectif final : une couverture sanitaire à étendre de 52% aujourd’hui à 90% en 2025.

 

Le programme est donc posé, et Aziz Akhannouch a indiqué que le « parcours de confiance », sera décliné en livre et en édition téléchargeable (RNIdirect) dès le 2 mars. Les militants et militantes du parti commencent à y croire, en voyant le rythme de travail soutenu de la direction du parti, et en assistant à l’élaboration lente mais sûre de ce programme.

Le RNI et Akhannouch devront s’attendre dans les années qui viennent à essuyer le tir nourri des adversaires politiques, même si le président du parti et ministre de l’Agriculture a dit, redit, affirmé et réaffirmé que « nous, nos alliés, nous les respectons ». Un combat intéressant s’annonce dans l’avenir, entre alliés et adversaires qui se respectent. Aziz Akhannouch, Saadeddine Elotmani, Nizar Baraka s’apprécient et se vouent une estime et un respect mutuels et réciproques. Cela augure de joutes politiques plus calmes, plus riches, et plus convaincantes. Mais de joutes quand même…

Aziz Boucetta

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