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Publié le 27 novembre 2017

Non au racisme et à la haine… mais non aussi au chaos !, par Moussa Matrouf

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Ce qui s’est produit, vendredi 24 novembre en milieu de soirée à Casablanca, et plus précisément aux abords de la gare routière Oulad Ziane, interpelle tout aussi bien les Marocains que les migrants subsahariens, et même l’Etat quant à sa politique migratoire.

La capitale économique du royaume chérifien est devenue, depuis un temps déjà, la destination privilégiée des arrivants du sud du Sahara. Et la plupart de ces nouveaux venus n’envisagent même plus de trouver l’occasion ou l’opportunité de traverser le Détroit de Gibraltar pour aller dans « l’Eldorado » européen ; leur souhait est désormais, pour une  large part d’entre eux, de s’installer à Casablanca pour y étudier ou y travailler, voire y mendier, dans des conditions très souvent déplorables !

Et donc, en cette soirée de vendredi, et alors que je m’étais transporté sur les lieux et que j’y ai vu ces affrontements et autres échanges de pierres sur l’avenue Oulad Ziane, l’une des plus grandes artères de la ville, entre jeunes riverains marocains et jeunes émigrés subsahariens « habitant » dans un petit espace vert du coin, j’ai entendu et recueilli plusieurs témoignages « vécus »… Les uns racontaient les harcèlements récurrents de ces migrants contre des femmes du quartier, d’autres expliquaient que les arrivants sont voleurs, et d’autres encore insistaient sur les activités de ces gens, mendiants sur le boulevard, avec des pratiques qui basculent assez souvent en terreur exercée contre les passants, automobilistes soient-ils ou piétons. Et toutes ces tranches de vie étaient narrées par leurs auteurs avec force haine, virant souvent en attitude « raciste » contre les immigrés !

Il semblerait donc, en effet, que les exagérations dans les récits pour dépeindre les comportements des Subsahariens étaient la règle, bien que ce qui s’est produit ce vendredi dénote plutôt d’une animosité, voire d’une violence exacerbée, venant des deux côtés… Mais fort heureusement, les forces de l’ordre ont, elles, agi avec discernement, sans reprendre à leur compte cette violence !

Je ne justifie ni n’appelle à la violence, car rien ne saurait la justifier, quels qu’en soient les motifs ou les résultats qu’on en escompte. La violence doit être bannie et rejetée, sans discussion ! La justifier reviendrait à admettre le terrorisme, et je considère que quiconque s’inscrirait dans cette logique en est complice !

Si on retient l’hypothèse que le harcèlement contre une dame du quartier a été la source de ce qui est arrivé, était-il vraiment nécessaire pour les riverains de réagir en appelant à la rescousse une troupe de jeunes Marocains, puis de basculer dans une guerre de rues à coups de pierres entre les deux communautés, des pierres et autres projectiles qui ont atteint les véhicules passant à ce moment-là, près du petit jardin où habitaient les migrants et qui a été entièrement consumé par le feu ?

Ces comportements sont ce que les Marocains ont de tous temps appelé la « Siba », un état en contradiction avec l’ordre et la sérénité que doit garantir le « makhzen » ou, pour faire moderne et adopter le langage d’aujourd’hui, les autorités et la force publique.

Nous sommes ici à la croisée entre droits et obligations… Dans ce pays, tout citoyen, tout résident, toute individu qui y vient, touriste ou immigré, légal ou clandestin, doit être considéré comme être humain et traité en conséquence, dans le respect de sa dignité, et dans la stricte conformité avec les lois et les engagements internationaux. Mais, en contrepartie, cette personne est tenue d’observer les codes et lois du pays, ainsi que de remplir les engagements que ces mêmes textes juridiques lui imposent. Autrement dit, on doit jouir de ses droits, pleinement, et respecter ses devoirs, intégralement !

Il s’agit là d’une équation que de nombreux individus, nationaux ou non, oublient au Maroc. Les gens, souvent, invoquent leurs droits, mais omettent leurs devoirs. Une équation difficile, certes, pour ceux qui refusent d’assumer des responsabilités qui, par nature et comme chacun sait, limitent leurs libertés !

Cette propagation de l’esprit de haine et de la pratique raciste est inadmissible et elle doit être en conséquence combattue dans les lieux d’éducation, en l’occurrence et principalement à l’école et à la maison, et aussi dans les médias. Et lorsque l’on dit médias, nous parlons en premier des médias audiovisuels offociels qui, en leur qualité de service public, doivent accompagner les mutations qui traversent et marquent la société.

Mais d’un autre côté, il n’appartient à aucun migrant de verser dans des activités provocatrices en occultant, voire en méprisant, les lois du pays, ses pratiques et les modes de vie de ses populations. Un immigré doit s’intégrer à la société où il évolue, ainsi que le font d’ailleurs tant de migrants dans tous quartiers, huppés, moyens ou populaires de Casablanca, cette ville cosmopolite depuis tant d’années !

Et donc, à la lumière de ce qui précède, l’Etat ne doit guère se contenter de regrouper ces immigrés subsahariens dans un jardin public, de même qu’il ne doit pas adopter une approche sécuritaire « permanente ». Non, les pouvoirs publics doivent mettre au point une autre solution, effective, pratique et pérenne,  pour régler cette question migratoire, sur ses terres.

Et je précise à toute fin utile que ma réflexion ne va pas dans le sens de la révision de la politique migratoire de l’Etat marocain, une politique qui a par ailleurs largement porté ses fruits sur le plan du rayonnement continental et international du Maroc, une politique qui s’inscrit en droite ligne dans les valeurs du royaume, contrairement à ce qui se produit comme traitements indignes et méprisants des immigrés dans d’autres pays du voisinage, comme l’Algérie ou la Libye qui nous a récemment ramené, replongé dans les sinistres marchés d’esclaves d’antan !

Mon propos signifie que, dans la pratique et dans le quotidien, l’Etat ne doit pas détourner le regard de ce qui se produit, ni laisser les choses aller à vau-l’eau, car il ne peut se permettre de renoncer à sa mission de préservation de l’ordre social et du maintien de l’ordre tout court, en plus de la santé et du logement des populations, autant de composantes de l’ordre public, dans le respect des droits de chacun et des libertés de tous…

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Moussa Matrouf est journaliste et éditorialiste à Mowatine.com

 

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