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Publié le 23 juin 2017

Les propos politiques de Benkirane sur la tombe du Dr al Khatib

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L’ancien chef du gouvernement et secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane  reste fidèle à lui-même et à ses prises de position concernant la politique dans le pays. Il poursuit on offensive médiatique, et cette fois, il a choisi le cimetière de Rabat pour faire ses déclarations, sortant d’un long mutisme…

Jeudi 21 juin donc, Abdelilah Benkirane  conduisait une délégation de son parti partie se recueillir sur la tombe du Dr Abdelkrim Khatib, qui avait accueilli les dirigeants des mouvances islamistes modérées unifiées au sein du Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC), lequel devait devenir plus tard le PJD. Le secrétaire général du parti  s’est autorisé une sortie politique qui ressemble à une précampagne pour un éventuel troisième mandat à la tête de sa formation, bien que les statuts interdisent à un secrétaire général d’assumer cette fonction plus de deux fois successives.

Les mots choisis par Benkirane sont rudes et dénotent du caractère de l’homme, qui ne se résout pas à son éviction le 15 mars dernier et son remplacement réussi par Saadeddine El Otmani le surlendemain. Mais Benkirane sait bien « vendre » ses positions, et encore mieux présenter ses idées ; et son art consommé de la communication, combiné au rejet systématique et un peu schizophrène (étant donné la popularité du roi) de ce qui vient du Maroc « d’en haut », en plus des relais médiatiques, font le reste. Qu’a dit Benkirane ? Réponses commentées…

« Nous nous réclamons du Dr Khatib car lui aussi avait été exposé à des conditions dures dans l’exercice de la politique. En 1974, il avait été écarté des affaires, mais il avait su se montrer patient et persévérant ». Une comparaison entre son cas à lui, Benkirane, et celui du Dr Khatib, à la différence près que ce dernier n’avait pas été écarté, mais avait de on propre chef  boycotté les élections législatives en raison de doutes légitimes sur leur régularité. Benkirane, lui, a tout accepté pour rester en fonction, jusqu’à son éviction en mars, chose qu’il n’a pas du tout appréciée, aujourd’hui encore, trois mois et demi après.

« Nous prendrons exemple sur les qualités du défunt car le PJD n’a pas été créé pour gagner une manche avant de s’amollir et de goûter aux délices de la vie, non… ». C’est pourtant ce que semble faire l’ancien chef du gouvernement qui ne se console pas de ne plus être en situation, bien que ce soit le PJD qui dirige l’actuel gouvernement, dans les mêmes conditions que le précédent.

« Le Dr Khatib avait émis trois conditions en 1992, pour nous accueillir au sein de son MPDC : servir l’islam, défendre la monarchie constitutionnelle et bannir la violence(…). Mais ceci est une tâche sans cesse renouvelée car les ennemis de l’islam sont nombreux et aussi parce que  la Oumma a été bâtie sur les principes de la religion ». Benkirane établit là une hiérarchie entre la Nation et la Oumma, et c’est là que réside le problème, alors que son successeur El Otmani, théologie et exégète en plus d’être psychiatre, inverse cette hiérarchie dans ses efforts à promouvoir davantage la Nation que la Oumma.

« Si le peuple n’avait pas cru en notre attachement sincère à la religion, il ne nous aurait pas renouvelé sa confiance ». Les électeurs PJD votent donc, selon le secrétaire général du PJD, pour la religion plus que pour un programme politique.

« L’attachement du PJD à la monarchie n’est pas discutable car il émane d’une conviction profonde. Notre relation s’inscrit dans l’allégeance et le soutien, et aussi dans le conseil courageux et respectueux ». Pourquoi tant insister sur cet attachement ?...

« Nous sommes dans une logique de réforme et tout le monde le reconnaît, et ceux qui veulent nier notre intention de réformer, qu’ils le fassent, nous n’en tenons pas compte ! Mais les enfants du PJD doivent savoir que la réforme ne s’est pas encore faite ». Pourquoi ne pas avoir fait alors comme le Dr Khatib, et le déclarer haut et fort, puis partir ? Le Dr Khatib, lui, ne s’est jamais arcbouté au pouvoir.

« Nous voulons pour ce pays le calme, la sérénité, la stabilité et la sécurité, mais aussi et surtout la dignité !  Nous avons certes besoin d’infrastructures (…) mais le plus important est de rendre au citoyen sa dignité (…) et qu’il sente que l’Etat le sert et se sent honoré de le servir, pas en contrepartie de quelque chose. Nous pouvons patienter sur tout, mais pas sur la dignité ! ». Chacun appréhendera cette phrase à sa façon, l’œil rivé néanmoins sur les 5 dernières années du gouvernement Benkirane : les enseignants stagiaires, les étudiants en médecine, les femmes, l’ « art propre », la décompensation non maîtrisée…

« Le PJD sait qu’il traverse une phase difficile et gênante… Et ce peuple qui nous a fait confiance, qui nous a accordé ses suffrages aussi densément, en 2011, puis en 2015, envers et contre tous les envieux et les comploteurs qui ont été démasqués et qui ont pris des coups en 2015, puis en 2016… malgré les marches insignifiantes, malgré les manipulations et les comportements des novices en politique … ce peuple, donc, nous ne laisserons pas tomber ! ». Charge lourde contre tous ceux qui ne sont pas le PJD, qui ne sont pas lui, dans un discours d’une rare violence dont il ressort finalement qu’il n’y a que lui qui compte. On remarquera qu’à l’exception de Mustapha el Khalfi et d’un très discret Rabbah, les autres ministres PJD n’étaient pas là…

« Bien sûr, nous pouvons être défaits, nous incliner devant les complots, mais tout cela est une épreuve de notre fermeté et de notre identité. SI nous cédons, nous disparaîtrons. Et cela est un appel du Prophète pour s’en remettre à Dieu et chacun doit s’y faire, toujours, dans n’importe quelle condition. Mais est-ce le cas ? ». El Otmani, puisque c’est lui qui semble visé, appréciera…

« Nous pouvons perdre une bataille, mais nous ne perdrons pas la guerre : la guerre contre la corruption et la guerre contre l’absolutisme »… 3ème mandat à la tête du PJD, pour poursuivre la guerre et remporter les batailles à venir ?

Abdelali Hamieddine est juste derrière le chef du PJD, acquiesçant à ce qu’il entend,  en compagnie du secrétaire général adjoint Slimane el Omrani, mais ni Ramid, ni El Otmani, ni Yatim ni Daoudi ne sont visibles tout au long de la prise de parole d’Abdelilah Benkirane.

On peut s’attacher à la personnalité certes attachante de Benkirane, qui s’en sert copieusement, avec cependant moins d’humour que quand il était aux affaires. Or, force est de constater que si El Otmani sait consentir des concessions, il maîtrise néanmoins ses dossiers et déploie une approche plus technique et plus technocrate dans l’exercice de ses fonctions. Il lui manque la communication, mais entre action et communication, il faut savoir choisir.

Aziz Boucetta

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