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Publié le 16 avril 2017

Incongruité gouvernementale, par Fatiha Daoudi

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L’une des incongruités du nouveau gouvernement marocain est la mise en place d’un ministère d’Etat (s’il vous plaît !) des droits de l’Homme. Cette incongruité se situe à deux niveaux.

Le premier est l’existence même de ce ministère car il vient s’ajouter à la pléthore d’institutions qui existent et s’occupent de la promotion des droits humains ; certaines sont constitutionnelles comme le Conseil National des Droits de l’Homme et l’Institution du Médiateur(Wassit) et d’autres sont administratives, comme la Délégation interministérielle des droits de l’Homme.

Toutes ces institutions semblent marcher allègrement sur les mêmes plates-bandes, faisant parfois double voire triple emploi. Le nouveau ministère pourrait coordonner le travail de ces différents organes, mais quelle autorité pourrait-il avoir sur les institutions constitutionnelles qui relèvent directement du chef de l’Etat ?

Cette pléthore d’institutions pour la promotion des droits de l’Homme pousse à se demander pourquoi les pays démocratiques qui ont une tradition dans l’application scrupuleuse de ces droits n’ont pas besoin d’un département ministériel pour cela ? La réponse pourrait être la conviction que leur promotion est verticale et donc du ressort de tout le gouvernement.

Le deuxième niveau de cette incongruité est la nomination, à la tête de ce nouveau département, d’une personne qui a une vision  et une vie non conformes aux principes de l’universalité des droits humains et de l’égalité des hommes et des femmes que le Maroc s’est engagé à respecter en ratifiant des conventions internationales qui les promeuvent.

En effet, ce responsable défend, à l’exemple des membres de son parti, la spécificité de la culture marocaine et est, de surcroît, polygame. Comment voulez-vous qu’il puisse veiller à l’application de la convention internationale de lutte contre toutes formes de discrimination envers la femme (CEDAW) et de son protocole facultatif pour ne citer que ceux-là, sachant que leur principe fondateur est l’égalité des hommes et des femmes ?

Ses principes fondateurs à lui et ceux des membres de son parti sont la qoama, autrement dit la responsabilité de l’homme sur la femme, donc sa supériorité ainsi que l’obligation pour les adhérentes de porter le voile et de se vêtir de manière à ce que tout leur corps soit couvert et entravé. Ce n’est qu’en contrepartie de cette tenue vestimentaire qu’elles peuvent prétendre à une quelconque visibilité politique.

Dans ce cas et encore une fois, comment pouvoir imaginer le nouveau responsable défendre avec acharnement le principe de l’égalité des hommes et des femmes devant les instances internationales et ailleurs ? Quant à l’application du principe de la parité, elle semble relever de l’utopie !

Vu ce contexte, il est légitime de s’interroger sur l’utilité de la création du nouveau département des droits de l’Homme, et aussi sur l’adéquation de la personne mise à sa tête. La raison serait-elle donc le peu de considération envers les femmes marocaines ?

Il suffit pour être convaincu de ce peu de considération d’examiner la responsabilité donnée aux femmes dans ce gouvernement : une seule ministre et les autres de simples secrétaires d’Etat, dont l’énergie passera dans la quémande auprès de leur hiérarchie d’endroits et de budgets pour pouvoir travailler. Et pour l’anecdote, vous êtes invités à regarder la photo protocolaire prise après la nomination du gouvernement. On n’aperçoit presque pas la gente féminine car elle est reléguée au dernier rang même si on voit certaines lutter pour paraitre dans l’objectif !

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