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Maroc |

Publié le 29 octobre 2016

Qui est Aziz Akhannouch, nouveau président du RNI ?

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Sans surprise et comme tout le monde l’attendait et s’y attendait, le ministre de l’Agriculture sortant et patron du groupe Akwa Aziz Akhannouch a été proclamé président du RNI, par 1.707 voix contre 98 à son challenger Rachid Sassi. La période Salaheddine Mezouar est donc définitivement révolue et une nouvelle ère s’ouvre devant le parti  fondé en 1976 par Ahmed Osman.

 A l’annonce du résultat du vote, Aziz Akhannouch a félicité son challenger du jour puis a remercié les congressistes qui ont voté pour lui. Il a lancé à la salle que « le parti doit aujourd’hui s’ouvrir sur de nouvelles catégories sociales, sur toutes les catégories professionnelles, des agriculteurs, des entrepreneurs et professions libérales, des femmes au foyer, des sportifs et des chercheurs… et si j’en ai oublié certains, qu’ils sachent qu’ils sont dans mon cœur. Mon éducation m’a appris agharas (sérieux), et c’est ainsi que nous allons diriger le parti ».

Aziz Akhannouch, 56 ans, est diplômé de l’université canadienne de Sherbrooke, où il a obtenu un MBA en 1986. De retour au Maroc, il entre dans l’entreprise familiale Akwa, spécialisée dans la distribution de carburants. Il œuvre alors à la diversification de la société, rachète le groupe Caractères (la Vie éco, Maisons du Maroc, Femme du Maroc…), entre au capital de Méditel et lance plusieurs sociétés exerçant dans des métiers très divers, en plus des activités agricoles. L’homme pèse 1.8 milliard de dollars selon la revue Forbes. Héritier « réussi », il a réussi à fructigfier le patrimoine familial, et il compte ainsi parmi les 1.100 milliardaires de la planète et est l’un des hommes les plus riches du Maroc. A son entrée au gouvernement, en 2007, il avait refusé de recevoir son salaire de ministre, et avait pris sur lui le paiement de tous les membres de son cabinet. Sillonant le monde de par ses fonctions, il se sert de son jet privé pour aller plus vite.

Originaire de la Région Souss, il s’implique dans l’agriculture, puis entre en politique, en étant élu président de la Région de 2003 à 2009 sous les couleurs du RNI. En 2007, il est nommé ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Abbas el Fassi, et il est reconduit en 2011 avec Abdelilah Benkirane, mais il a dû quitter le RNI, passé à l’opposition.  En 2015, il a réussi néanmoins à faire réélire à la présidence de « sa » région un de ses fidèles, Brahim Hafidi, du RNI.

Aziz Akhannouch est l’époux de Salwa Idrissi, patronne du Morocco Mall et de plusieurs franchises de marques au Maroc, dont la plus emblématique est Zara. Elle figure parmi les femmes les plus puissantes du monde arabe et entretient des amitiés partout dans le monde.

Véritable initiateur du Plan Maroc Vert et organisateur hors-pair, les proches d’Aziz Akhannouch le qualifient de fédérateur, meneur d’hommes, méthodique, méticuleux et enthousiaste. Il aura fort à faire pour redresser le RNI, ébranlé par son revers cinglant aux élections de 2016, où il n’a obtenu que 37 sièges à la Chambre des représentants, contre 52 dans le parlement sortant.

Le ministre-milliardaire revient de loin au RNI, et il devra prendre de l’élan car son nom a été cité à la surprise de tout le monde, après l’annonce elle aussi surprise du départ de Salaheddine Mezouar pour cause de mauvais résultats aux élections. Ce sera un peu son handicap… être revenu sans raison particulière ni logique précise dans un parti qu’il avait quitté en 2011.

La tâche principale du nouveau président du RNI est de consacrer le RNI comme parti crédible et non ce joker qu’il a toujours été entre les mains du palais, qui est l’image qu’il renvoie aujourd’hui. La tâche secondaire est de discipliner le parti et ses caciques, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, qui avaient eu la bride sur le cou durant les années Mezouar et qui ont bien plus profité du parti qu’ils ne l’ont servi.

Enfin, Akhannouch est connu pour figurer parmi les amis proches du roi Mohammed VI, celui-ci ayant été deux fois souper chez lui, à Casablanca. On ne lui connaît pas d’ennemis, étant un homme courtois et affable, et Abdelilah Benkirane aura donc fort à faire pour contrer cet homme, venu clairement pour l’affronter, au gouvernement ou dans l’opposition. Benkirane sait tout cela, et réagira en conséquence, alliant la ruse à l'agressivité, alternant la carotte et le bâton.

Toutefois, Aziz Akhannouch, excellent technocrate et homme politique avisé, qui a su composer dans le secteur difficile de l’agriculture et de la pêche, qui a dû négocier avec l’Union européenne à des moments difficiles, n’est pas un tribun ni un orateur hors du commun. Son éducation ne l’a pas préparé à cela. Il parle bien, mais il parle peu… Or, la politique et sa nouvelle fonction nécessitent un orateur, surtout qu’en face il a un Benkirane rompu à toutes les formes de populisme, et avec qui il a dû croiser sérieusement le fer en octobre 2015 pour l’affaire dite du Fonds de développement rural. 

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’avec cet homme le RNI ne sera plus jamais comme avant. En prenant sa direction, Akhannouch a accepté de relever un pari difficile, qu’il devrait être capable de relever. Sa première mission sera donc de négocier, dès le début de la semaine prochaine, l’entrée au gouvernement, fort de son groupe de 56 députés, avec l’UC, ou le retour à l'opposition, où il rejoindrait alors un PAM ébranlé et doutant de lui-même. De parti d'appoint, Akhannouch devra transformer le RNI en parti qui sait faire le point mais aussi le coup de poing. 

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