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Maroc |

Publié le 04 mai 2016

50% des Marocains sont corrupteurs, mais le gouvernement lance sa stratégie…

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Les chiffres sont effarants, la corruption se porte tellement bien au Maroc que cela en donne le tournis… 48% des Marocains, selon une étude réalisée par Transparency International (TI), ont « versé » dans cette pratique, donnant de l’argent ici et là, ainsi que partout ailleurs. Le phénomène a pris tellement d’ampleur que le gouvernement a lancé une stratégie de lutte contre la corruption, déclinée en pas moins de 239 projets sur 10 ans. Mais…

Les chiffres de Transparency International

L’étude a porté sur 10 000 personnes dans 9 pays et territoires arabes, dont le Maroc… où le constat a été fait que la corruption est loin d’avoir régressé. Que l’on en juge.

La justice tient la pole position dans ce sondage… 49% ont donné un « petit quelque chose » aux personnels judiciaires pour faire avancer, ou gagner, une affaire. Viennent ensuite la police et la gendarmerie, avec 39%, puis les hôpitaux publics, 38%...

Les autres services et administrations gangrénées par la corruption sont ceux du permis de conduire ou la CIN, 33%, puis 29% dans les administrations d’une manière générale et, très inquiétant, même si le chiffre est relativement bas, les écoles publiques, pour et dans lesquelles 13% des personnes interrogées affirment avoir versé un pot-de-vin !

Il ressort de l’enquête que les citoyens pauvres sont plus sollicités, ou plus à même d’avoir à « graisser la patte » de fonctionnaires : 66%, contre 31% pour les populations considérés aisées.

Les deux tiers des Marocains, soit très exactement 64%, estiment que le gouvernement ne fait pas assez pour luter contre le fléau, et 89% estiment que la dénonciation ne servirait à rien. C’est normal, puisqu’ils sont un sur deux à avoir corrompu la justice. La logique est là ! L’enquête montre que le cinquième des Marocains considère que rien ne changera, même en cas d’action du gouvernement, dont les actions répétées ont toutes été vouées à l’échec.

Alors le gouvernement, heureuse coïncidence,  a annoncé le même jour que la conférence de presse de TI une grande stratégie nationale de lutte contre la corruption…

La stratégie du gouvernement…

Les choses ont été faites en grande pompe… une grande cérémonie présidée par le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, flanqué de son ministre chargé de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, Mohamed Moubdiî, et signature de dix conventions relatives au programme d'amélioration des services aux citoyens, portant sur 239 projets et mobilisant un investissement de 1,8 milliard de DH ! Comme si l’argent pouvait régler un problème moral… Mais les effets d’annonce, en revanche, se portent bien car cette stratégie avait déjà été annoncée fin décembre…

La dite stratégie est donc décennale, et éclatée en trois phases distinctes : la première, pour 2016, prévoit un budget de 840 millions de DH, la seconde, allant de 2017 à 2020, sera dotée d’une enveloppe de 940 millions de DH et, enfin, la troisième et dernière phase, mobilisera la petite somme de 18 millions de DH et ira de 2021 à 2025. Cela donne un total de 1,8 milliard de DH, soit une moyenne annuelle de 180 millions de DH.

Et tout ça pour un objectif de réduction de la corruption de 75% à 45% à l’horizon 2025, et aussi de porter le classement du Maroc dans l’indice de TI de 39 actuellement sur 100 à 60 !

Les dix axes du programme gouvernemental s’articulent autour, notamment, de l’amélioration des services au citoyen, du renforcement de l’administration électronique, de la vulgarisation de l’éthique et de la transparence, de la fin de l’impunité avec un rôle plus accru de la justice, de l’efficacité du secteur privé. Le plan se base aussi sur l’amélioration du cursus scolaire.

En chiffres, ces dix axes seront ventilés comme suit : 1,3 milliard de DH pour la prévention, 306 millions de DH pour la communication en vue de la sensibilisation des masses, 90 millions de DH pour la gouvernance, 46 millions de DH pour la répression, pour et 25 millions pour l’éducation.

Le ministre de la Fonction publique a affirmé, la main sur le cœur, que la stratégie portera sur les secteurs les plus touchés, justice, santé, police. Mais le SG de TI Maroc, Fouad Abdelmoumni, peu convaincu et inquiet de la gravité et de l’ampleur du phénomène, explique que la stratégie ne porte pas sur des mesures efficaces en matière de protection des dénonciateurs.

AB

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