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Publié le 28 décembre 2018

(Billet 1) Après Imlil, pas de communication de crise, mais crise de la communication

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Heureusement que nous n’avons pas beaucoup de crises dans ce pays, parce que nous ignorons, ou plutôt nos gouvernants sont dans une ignorance spectaculaire de ce qu’est une communication de crise. Le Maroc a connu Imlil et désormais, en matière de lutte antiterroriste, et pour plusieurs raisons qui ne sont pas l’objet de ce billet, il y aura un avant et un après Imlil.

Deux touristes scandinaves sont égorgées et décapitées, communiqué du procureur, allusif… Puis un communiqué de la police, plus précis… et un autre du parquet, un peu moins imprécis… et enfin la police dit tout, par communiqués, « off », et passage à la télé de son porte-parole.

Les forces de l’ordre mettent à peine trois jours pour appréhender les meurtriers, la société civile se mobilise et va se recueillir à Imlil, puis devant les deux ambassades de Norvège et du Danemark. Un temps condescendants, sans doute sous le coup de l’émotion, les deux ambassadeurs ne tarissent plus de remerciements et de reconnaissance pour les services sécuritaires, efficaces, et pour les Marocains, compatissants. Mais pas un mot pour les politiques, absents, tétanisés, cafouilleux, ennuyeux.

Et de fait, où sont les politiques ? Dans leurs trous. En dehors de quelques tweets convenus, le chef du gouvernement a attendu paisiblement le Conseil du gouvernement, quatre jours après, pour nous délivrer sa bafouille. Le porte-parole a également patienté tranquillement jusqu’à son point de presse hebdomadaire, pour dire deux ou trois trucs gentils sur l’islam marocain, sur l’horreur de l’acte et sur la grandeur du Maroc. Le ministre de l’Intérieur ne parle aux députés que – presque – contraint et forcé. Certains chefs de parti se sont fendus de communiqués insipides, pour rester poli. Le ministère des Affaires étrangères envoie des explications insuffisantes…

Sous d’autres cieux (Strasbourg, Paris, Berlin, Bruxelles…), après un attentat, les procureurs ne quittent plus les caméras, les ministres de l’Intérieur aussi, et les porte-paroles squattent les plateaux télé. Le public est informé en temps et en heure et se sent protégé par des responsables politiques tous sur le pont.

Ces dernières années, entre blocage politique, boycott économique, crises sociales à répétition, les responsables politiques ont montré qu’entre eux et la communication de crise ou la communication tout court, il y a un monde, voire deux. Les sécuritaires agissent, les populations frémissent, et chacun tient son rôle, sauf les politiques.

On n’a pas toujours les gouvernants qu’on mérite…

Aziz Boucetta

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