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Maroc |

Publié le 25 décembre 2018

Que devient (vraiment) le PAM, et que veut (réellement) le RNI ?

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Le PAM, vous vous souvenez, c’est ce parti Authenticité et Modernité classé second aux élections législatives d’octobre 2016… Il s’était promis d’arriver premier, mais hélas il a raté de peu, et il s’est classé deuxième, après le PJD. Depuis, pas de nouvelles très importantes de ce parti, sauf peut-être un changement à sa tête, qui n’a pas changé grand-chose…

En effet, après son élection formelle en 2016 au poste de secrétaire général, Ilyas el Omary a essayé de remporter le gros lot, c’est-à-dire la pole position aux élections, qui lui aurait confié les rênes du gouvernement. Le PAM a bénéficié d’aides et de soutiens d’ici et de là, qui se reconnaîtront, mais rien n’y a fait, le bulldozer Benkirane était trop fort, et le PAM d’el Omary trop faible. Peu convaincant, peu percutant, peu ancien, peu crédible…

Cela ne l’a tout de même pas empêché d’obtenir un nombre confortable d ‘élus, dépassant même le seuil des 100 députés. La suite, on la connaît… Benkirane, reconduit par le roi Mohammed VI, s’est démêlé comme un beau diable (si on ose dire…) pour mettre en place une majorité, mais il y a échoué. Il a été remplacé par Saadeddine Elotmani qui, lui, a constitué majorité et gouvernement en un temps record… Puis les choses ont repris, malgré les prix et les déprimes.

Et pendant ce temps-là, le PAM… Un parti arrivé second mais qui vit en hibernation depuis. Grave faute politique s’il en est car la politique, comme la nature, a horreur du vide. Et ce vide a été comblé par le RNI d’Aziz Akhannouch qui, de meetings en congrès, d’universités d’été en rencontres thématiques, a réussi à emplir le paysage politique et à se positionner seul face au PJD. Le PAM s’est décidé à ne rien faire et, ce faisant, il s’est condamné à la déliquescence car, avec déjà une popularité en berne et une crédibilité approximative, il lui aurait fallu plus d’entrain et de dynamisme pour se maintenir. Là, il s’effondre. El Omary a disparu des radars et la présidente du Conseil national Fatima Zahra Mansouri n’y est jamais vraiment apparue…

Alors les autres caciques ont décidé de prendre le taureau par les cornes et d’essayer de revivifier une formation au bord de l’apoplexie. Un comité des « Sages » s’est constitué pour sauver le peu qui peut encore l’être. Les très taiseux présidents de Régions Ahmed Akhchichène, Mustapha Bakkoury et Abdennabi Bioui, en plus du tonitruant benkiraniste Abdellatif Ouahbi et le jeune ancien député et futur quelque chose Mehdi Bensaïd vont donc sillonner le royaume, réunir ce qui est épars, rapprocher les points de vue, en vue d’un Conseil national qui déboucherait sur un congrès électif. Hakim Benchamas, l’actuel patron, est très contesté par ses bases et ses gradés et Fatima Zahra Mansouri, cheffe du Conseil national, fait des ronds dans l’eau.

L’objectif de ces grand-messes est de préparer les élections de 2021, mais avec le RNI en pleine puissance, malgré les coups rudes du boycott et les doutes qui ont suivi, et avec l’Istiqlal de Nizar Baraka qui se reconstitue, c’est pratiquement peine perdue. Né sans âme ni états d’âmes, sans programme autre que celui de (com)battre le PJD, le PAM vit peut-être ses derniers mois. Pourquoi ?

Parce que le parti s’est lui-même condamné à la léthargie, voire à l’auto-euthanasie, quand il n’a pas gagné les législatives, et un parti qui ne croit plus en lui-même ne peut décemment demander à personne de croire en lui… Parce que aussi plusieurs cadres du PAM, malgré les dénégations et les rudes protestations de ses dirigeants, lorgnent du côté du RNI… Celui-ci, toujours discret, toujours très regardant sur sa réputation, toujours timoré, ne veut surtout pas passer pour un parti « prédateur », ne comprenant pas que la conquête de la présidence du gouvernement passe nécessairement, forcément, inévitablement, par une forme de prédation politique.

Et on en est là, en cette fin d’année 2018… 2019 sera l’année des derniers réglages avant le sprint final de 2020 qui nous placera en 2021, juste pour les élections. Le PJD est cabossé, abîmé, tourmenté, divisé, et l’Istiqlal se remet péniblement de la période Chabat ; le RNI reprend des couleurs, malgré les dures remontrances royales contre certains de ses dirigeants. Et le PAM n’en finit pas de payer le prix de la période el Omary.

C’est tout ce monde-là qui s’apprête à croiser le fer électoral, si tant est qu’il n’y ait pas d’appels au boycott des urnes, une éventualité plus que probable.

Aziz Boucetta

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