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Publié le 31 octobre 2018

Le problème est aussi, surtout, dans la communication…, par Aziz Boucetta

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Au commencement était le Verbe… tout le monde connaît cette sentence, mais au Maroc, le même verbe est en éternel recommencement. Le gouvernement (fait croire qu’il) gouverne, mais dans un silence admirable. Les ministres et leur chef ne disent rien ou bien n'importe quoi et puis, subitement, ils vous assènent une décision qui changera votre vie, sans qu’eux ne changent leur manière de faire. En plus de pain et de jeux, un peuple intelligent veut entendre des propos intelligibles.

En août, les Marocains médusés apprennent ainsi, et sans autre forme de procès, que le service militaire obligatoire va être instauré. En octobre, une journée avant la date fatidique, on dit aux gens, de but en blanc, que pas la peine de régler leurs montres, le Maroc restera à GMT+1. Ces deux décisions sont de nature à apporter de lourds changements dans le quotidien des gens, mais qui s’en soucie chez nos dirigeants ?

Réinstaurer le service militaire ne saurait pourtant être une mauvaise mesure dans l’absolu, si les choses sont correctement conduites, que les concertations sont convenablement menées et que des résultats soient positivement prévus. Comme l’a dit le chef de l’Etat, faire son service militaire renforcera le sentiment d’appartenance nationale, et Dieu sait qu’en ce moment où tout le monde veut quitter la nation, consolider cette appartenance n’est pas un luxe. Mais quand, comment, qui, combien de temps ? Autant de questions que se posent les populations qui, ne recevant pas de réponse valable et convaincante, ont tendance à regimber, et à penser à partir de plus belle.

Il en va de même pour l’horaire d’été… On murmure ici et là que c’est le patron de Renault Nissan Mitsubishi Carlos Ghosn qui en aurait fait la demande, personnellement, au roi Mohammed VI. Le murmure et la rumeur tiennent lieu de communication et d’action… Et alors, quand bien même l’aurait-il fait, où serait le problème ? Toujours dans la com. Expliquer une mesure et convaincre qu’elle est bonne pour le pays et utile pour son économie aurait permis d’éviter bien des questions, voire des questionnements.

Au lieu de cela, le gouvernement essaie de persuader les populations qu’il réfléchit mûrement à ses décisions, mais il s’étonne que cela ne prenne pas, et que la fracture entre dirigeants et administrés devient faille et s’élargisse de plus en plus. Et voilà que, comble de l’anti-communication, le ministre d’entre autres l’Education nationale publie un communiqué dans lequel il affirme, toute honte bue, que les horaires seront aménagés pour que nos chères têtes brunes arrivent à leurs écoles de jour, et pour que leur sécurité soit garantie ! Voilà donc un ministre, important s’il en est, qui dit le plus simplement du monde que le Maroc, la nuit tombée, est une vaste terre d’insécurité.

Et nous apprenons que le chef du gouvernement va faire une sortie médiatique à la télé, à une heure de grande écoute. C’est un peu comme vouloir soigner un cancer avec une aspirine. Il ne s’agit pas tant de vouloir parler que de savoir parler. M. Elotmani maîtrise certes ses dossiers, il est intègre, érudit et travailleur, mais cela ne suffit pas pour s’exprimer juste et frapper juste où il faut, au cœur et à l’esprit.

Ce qui manque à ce pays, ce n’est pas la prise de décisions, mais la communication autour de ces décisions, et plus encore, la concertation et la consultation en amont de cette prise de décisions. En effet, pourquoi s’étonner face à une grosse colère collective quand on vient dire à des gens peu au fait des arcanes de la politique que leurs enfants partiront de nuit à leurs écoles, en reviendront de nuit, qu’ils mangeront peu et mal et que, majeurs, ils seront appelés sous les drapeaux ?

Et puis, on vient leur expliquer que désormais, ils devront payer un impôt sur la vente de leurs résidences principales, après des décennies d’exonération, alors même que les promoteurs immobiliers hurlent leurs besoins grandissants en cadeaux fiscaux. Cette taxe sera-t-elle supprimée, aménagée, réduite ? On n’en sait rien, et c’est même secondaire : le mal est fait. Et il est grandi par le fait que le ministre des Finances est lui-même un novice en politique, et un grand taiseux devant l’Eternel, présenté en dépit de cela comme un politique du RNI.

Pendant ce temps-là, les Marocains veulent émigrer, certains le font, et une part d’entre eux se fait tirer dessus… Les jeunes attaquent à Marrakech une patrouille de police venue arrêter un malfaiteur présumé… beaucoup de jeunes gens violent ou harcèlent beaucoup de femmes, jeunes et moins jeunes, à la grande indifférence du gouvernement… Les fake news tiennent lieu de news en l’absence de tout signe de vie de l’équipe gouvernementale qui, quand un de ses membres cause, il augmente la sinistrose.

Et tout cela intervient après une longue période de blocage politique, après un étrange et ravageur mouvement de boycott, après une longue et inédite absence du roi Mohammed VI, après l’apparition de « Go fast » pour aider ceux qui veulent partir à partir, et alors que de plus en plus de gens veulent partir car de moins en moins d’entre eux font confiance au gouvernement et aux institutions élues… Les Marocains veulent savoir, veulent qu’on leur parle, veulent qu’on leur explique, et qu’on les considère majeurs et raisonnés, rationnels et raisonnables. C’est peut-être bien d’importer un système de gouvernance de l’Occident, mais c’est mieux de s’intéresser à la communication publique et politique occidentale.

Le problème est certes donc dans un gouvernement atone, mais il l’est plus dans ce refus de communication qui le caractérise. Les débats publics et les dialogues nationaux, c’est fait aussi pour impliquer une population dans les actions publiques, ou du moins le leur faire accroire. A défaut, les administrés ignorent les dirigeants et lesdits dirigeants ne devraient pas ignorer que cela influera négativement, lourdement, dangereusement sur le taux de participation aux prochaines élections.

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