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Publié le 29 octobre 2018

La méthode Skills d’OCP à Khouribga, une voie à suivre partout au Maroc

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Le Centre Khouribga Skills (CKS), une infrastructure sociale du groupe OCP… Cela, c’est pour faire court. Pour être plus juste et plus proche de la réalité, un centre d’accompagnement et d’épanouissement pour les jeunes gens de Khouribga et des environs. La ville a connu voici quelques années des émeutes, conduisant les jeunes de la ville à exprimer bruyamment, et violemment, leurs souhaits de recrutement. OCP a fait mieux, il s’est donné comme objectif de créer une nouvelle génération d’entrepreneurs, appuyée sur l’innovation et la technologie. L’idée est simplement de travailler le mental sans intervenir sur la mentalité, les mentalités.

Le centre a été pensé et conçu pour accompagner les jeunes, les acteurs locaux et les forces vives de Khouribga, bâtie sur environ le tiers des réserves mondiales de phosphates, ce qui crée des devoirs pour OCP. Aussi, le centre incarne le programme d’investissement social du Groupe, à travers la construction de projets sociaux, ou économiques, ou les deux. L’idée première est que pour faire venir les jeunes, leur faire rencontrer des conseillers et les faire encadrer par des experts, il fallait créer la confiance, la construire et l’installer durablement. Sept ans après la création du centre, c’est, peut-on dire, chose faite.

Les échanges – car ce sont de véritables échanges, pas des cours, pas des séances de coaching au sens classique du terme – se déroulent en français et, si possible, et c’est de plus en plus possible, en anglais. C’est le focus langue, qui précède, ou accompagne, le focus entreprenariat axé sur le marché, son fonctionnement, ses règles et ses contraintes. Comment créer une entreprise, comment la faire vivre, puis prospérer ? Elément primordial : durant les échanges, l’échec n’est jamais considéré comme un obstacle pour demain, mais comme un atout, car on apprend de ses erreurs. La démarche est anglo-saxonne, et c’est très heureux car si les concepteurs du centre ne peuvent ni ne veulent agir sur les mentalités, ils savent qu’ils doivent plus et mieux travailler sur la pédagogie, mais une pédagogie transverse et non sectorielle.

La méthode est aussi originale qu’efficace, elle tient à ce mot d’ordre : « Il faut être simple… il faut aider à passer de l’idée au projet »… et pour cela, deux étapes sont nécessaires, à savoir la méthodologie, puis la démarche scientifique  ce qui passe inévitablement et nécessairement par la discipline, l’entraînement, le mentoring, les langues, le sport…

Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, en pensant OCP, on ne pense argent qu’en fin de parcours, le parcours des « 3M ». D’abord le mentoring, l’accompagnement mental, technique et administratif, ensuite vient money, mais uniquement une mise initiale pour amorcer le projet (frais divers), et enfin le marché, les mentors intervenant là aussi pour conduire les jeunes à créer et renforcer des partenariats.

Etape 1. Prise de contact, démarrage et orientation.

L’idée est simple : chacun recèle en lui-même un talent. On peut être industrieux ou commerçant, comme on peut être attaché à la culture sous l’une ou l’autre, ou même plusieurs, de ses formes, comme on peut simplement être imaginatif et en quête d’idées… Le principal est d’être apte à créer une chaîne de valeur en entreprise, une tâche où le jeune est souvent appelé à travailler seul. Personne n’est tenu d’avoir un diplôme pour être écouté, encouragé, éventuellement financé. Il faut simplement avoir un talent, une compétence : « Comment un guitariste peut-il donc être chômeur, alors qu’il possède son art ??!! », répètent, passionnés, les responsables du centre.

Les formations ou assistances ou mentoring dites en tronc commun concernent donc des domaines très divers, comme les langues, l’entreprenariat, le digital, la culture, le marketing, et même le développement personnel. Le Centre touche à tout et s’intéresse à tout pour concerner tout le monde. Sans prise de tête inutile…

En effet, si en 2014-2016, il y avait obligation de suivre des procédures, déclinées en plusieurs étapes, depuis 2016 les choses sont bien plus simples : on se pose et on cause, partant du principe que les discussions sont libres, que la hiérarchie est proscrite dans le centre, que tout peut créer une chaîne de valeur et que surtout, avant et au-dessus de tout, il faut donner leurs opportunités aux jeunes.

Etape 2. Le démarrage de l’activité.

Une fois sorti du tronc commun, dans l’un ou l’autre des domaines choisis, le jeune choisit sa voie et le choix lui appartient à lui et à lui seul. CKS est là encore, et ses mentors commencent le programme, en allant sur l’idée d’une start-up, d’une coopérative ou de toute autre forme envisageable et retenue.

Là, l’action se fait en collectif, le but étant d’encourager le travail en groupe, en série, plutôt que seul. La création de valeur passe en effet souvent par la mise en commun en amont et en aval des talents, et la culture de communauté est indispensable.

Et s’il le faut, après avoir passé les étapes et donné satisfaction, après s’être intégré dans les programmes et apporté la preuve de sa volonté, le jeune reçoit son aide au démarrage, mais une simple aide d’accompagnement, une amorce au démarrage. Parfois, le CKS accorde des « prêts d’honneur », allant de 2.000 à 25.000 DH, sans garantie, sans intérêt, sur simple parole, pour créer une start-up, une coopérative, une TPE ou une structure en auto-entreprenariat.

Le principal encore une fois n’est pas l’argent, mais la naissance d’une vocation entrepreneuriale., le principal est d’axer sur le profil d’entrepreneur plus, bien plus que sur l’entreprise. En effet, l’entreprise étant le fait d’un entrepreneur, c’est ce dernier qu’il faut faire germer ; après, lui crée des entreprises, comme c’est le cas pour plusieurs jeunes venus ne sachant que faire et aujourd’hui qualifiés affectueusement de « serial entrepreneurs » par les mentors souriants.

Résultats et perspectives.

Le CKS est le plus grand centre d’innovation sociale en Afrique et, de fait, ce sont 15.000 bénéficiaires qui en sont sortis en 2017. Les programmes sont déclinés en formats de 6, 12 ou 18 mois selon leur nature et leur complexité, et au terme de son mentoring, c’est le « mentorisé » qui évalue son « mentor », coach, expert ou accompagnateur.

Les mentors peuvent provenir d’horizons divers, et il existe un programme appelé Act4Community (action pour la communauté), une initiative personnelle du président Mostafa Terrab, qui consiste à libérer pour 4 semaines tout collaborateur du Groupe désireux d’exercer une activité de coaching, d’expertise ou d’aide, en un mot pour servir la communauté.

CKS est donc la mise en commun de talents pour servir d’autres talents, et quand les premiers existent au sein d’OCP, ils sont « détachés » pour faire éclore et accompagner les seconds. Un acte citoyen par excellence, de la part du collaborateur désireux d’aider et de son entreprise qui le lui permet, à ses frais à elle.

Il ne manque plus qu’à généraliser le modèle au Maroc, pour faire bénéficier les autres viles d’un programme qui a montré ses effets et son succès à Khouribga. Ainsi le centre a-t-il entamé un rapprochement avec l’académie régionale de l’éducation pour développer des échanges et coopérations technologiques et informatiques. L’objectif semble, à terme, de changer l’approche scolaire, d’abord localement, puis ensuite, progressivement, régionalement, avant d’en arriver à l’échelon national.

Cela passe par une labellisation de l’expérience Skills, qui procède quelque part, peu ou prou, de la méthode maïeutique, faisant jouer l’empathie des mentors pour leurs « poulains » et adoptant une approche anglosaxonne de mise en relation et de création de richesses, humaine d’abord, puis économique.

La méthode Skills est axée sur l’humain avec lequel on veut construire, et avec lequel on construit, la confiance. Et c’est ce qui manque à ce pays. Le Centre Khouribga Skills est une esquisse locale de développement économique, global, fondé sur l’individu, ses talents et ses compétences. OCP l’a fait à Khouribga, il ne tient qu’aux autres, organismes publics riches, entreprises privées prospères, pouvoir étatique, de lui emboîter le pas…

Aziz Boucetta

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