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Publié le 11 octobre 2018

Le pape sur l'IVG : « c’est comme avoir recours à un tueur à gages », oui mais …

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Dans l'homélie prononcée lors de l’audience accordée traditionnellement par le pape François sur la place Saint Pierre au Vatican et dont le sujet était le commandement de la Bible « de ne pas tuer », il évoque une question qui divise : l’avortement. Devant un publique consterné par ses propos, il compare la pratique de l’avortement au recours à un tueur à gages. Il interroge ses « fidèles » présents sur la place : « Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ? ». Il affirme ensuite qu’il serait injuste d’ôter la vie à un être humain, même s’il est petit. 

Quel serait le sort de ce fœtus qui deviendra nourrisson, enfant, adolescent et adulte ? Est-il au courant que dans les sociétés à forte traditions les relations sexuelles hors mariage sont taboues et même réprimées socialement ? Un enfant issu d’une telle union, pourrait subir pendant son enfance voire tout au long de sa vie une lourde pression sociale.

Il y a quelques mois aussi, en juin dernier, il avait assimilé les pratiques d’eugénisme « nazis », à la pratique de l’avortement en cas de handicap fœtal. « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs », avait-il déclaré. A l’époque, les allemands tuaient les personnes atteintes d’anomalies (physiques ou mentales) estimant qu’ils ne méritaient pas de vivre à la charge de la société.

En condamnant ce type d’avortement et en le qualifiant d’eugénisme en « gants blancs », on devine aisément l'avis du pape sur la question. Et là encore, pourquoi des parents devraient-ils infliger à leur enfant de vivre et peut être même à vie avec un handicap, tant il est vrai qu'il n’y a pas plus cruel que ne pas laisser un enfant profiter pleinement de sa jeunesse.

Où en est le droit à l’avortement dans le monde ?  

En 2017, 42 % des femmes n’avaient pas accès librement à l’avortement dans la mesure où dans la majorité des pays d’Afrique, d’Amérique du sud et de l’Asie du sud, les IVG sont totalement interdites ou autorisées dans des cas bien définis, lorsqu’il s’agit de préserver la santé de la femme, en cas de handicap fœtal ou en cas de viol.

Au Honduras, toute femme qui recourt à l’interruption de sa grossesse risque 8 ans de prison. Au Salvador, l’avortement est défini comme étant un crime aggravé. La sentence est donc plus dure : 30 ans de prison. A Malte, en 2018, la pratique de l’avortement est réprimée à 3 ans d’emprisonnement même en cas de viol ou de danger pour la femme.

Maroc ?

Au Maroc, après une longue bataille menée par les partisans de la légalisation de l’avortement en 2015, l'IVG est autorisée que dans les cas définis par le code pénal : lorsque la grossesse présente un danger pour la femme, en cas de viol ou en cas de handicap fœtal. Hormis ces situations, l’avortement est passible de 2 ans d’emprisonnement.

Résultat : les femmes qui veulent avorter dans les pays où c’est illégal, le font clandestinement. Et les chiffres le prouvent. En 2017, 50 % des avortements pratiqués dans le monde étaient clandestins. Au Maroc, les chiffres sont alarmants. En 2016, l’association marocaine de lutte contre les avortements clandestins (AMLAC) estimait que le nombre d’avortements effectués par jour, varient entre 600 et 800.

En 18 ans, entre 2000 et 2018, 21 pays ont légalisé la pratique de l’IVG. Ainsi, on compte 76 pays qui permettent à la femme de mettre volontairement un terme à sa grossesse. A cette cadence, les paroles du pape François à ce sujet seront très vite oubliées même si d’un point de vue religieux, il est interdit de mettre fin à la vie d’autrui. La question de l’avortement continuera à creuser un écart entre les camps moderniste et conservateur.

Meriem Boucetta 

 

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