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Publié le 07 septembre 2018

Sommet tripartite à Téhéran pour décider du sort d'Idleb

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Les présidents iranien Hassan Rohani, turc Recep Tayyip Erdogan, et russe Vladimir Poutine, Ankara, Turquie, le 4 avril 2018 (photo)

Le président iranien Hassan Rohani, allié de Bachar al-Assad, a souligné vendredi la nécessité de venir à bout des terroristes à Idleb, tout en disant vouloir épargner la vie des civils, lors d'un sommet avec ses homologues turc et russe qui pourrait sceller le sort de cet ultime bastion rebelle et jihadiste en Syrie.

Se faisant écho des craintes de nombreux pays occidentaux et d'ONG, le dirigeant turc a mis en garde contre un "bain de sang" en cas d'offensive du régime sur cette province du nord-ouest de la Syrie.

L'Iran, la Russie et la Turquie parrainent les belligérants en Syrie, soutenant les autorités de Damas pour Téhéran et Moscou, et les rebelles pour Ankara.

« Combattre le terrorisme à Idleb est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie », a déclaré M. Rohani à l'ouverture du sommet en présence de M. Erdogan et de Vladimir Poutine.

 Des membres de la défense civile syrienne, connus sous le nom de Casques blancs, retirent une victime des décombres d'un bâtiment détruit suite à une attaque aérienne à Idlib, Syrie, 15 mars 2017

Il a néanmoins souligné que ce combat ne doit pas faire souffrir les civils ou entraîner une politique de la terre brûlée.

Une offensive sur Idleb provoquerait « une catastrophe, un massacre et un drame humanitaire », a déclaré de son côté M. Erdogan. « Nous ne voulons absolument pas qu'Idleb se transforme en bain de sang », a-t-il ajouté.

Vendredi, de nouveaux raids aériens russes ont visé des positions rebelles et jihadistes dans le sud-ouest de la province, faisant deux morts, selon une ONG syrienne.

Conquis en 2015 par les insurgés, Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, est leur dernier grand bastion dans le pays. C'est là qu'ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils évacués d'autres bastions de l'opposition repris par les forces loyalistes à travers le pays.

Jeudi, des centaines de civils ont commencé à fuir la zone par crainte d'un assaut imminent des troupes gouvernementales.

Déterminé à reprendre l'ensemble du territoire et fort du soutien militaire russe et iranien, le régime du président syrien Bachar al-Assad a massé des renforts aux abords de la province, frontalière de la Turquie et dominée par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), mais qui accueille aussi d'importantes factions rebelles.

Damas, Moscou et Téhéran doivent cependant tenir compte de la position de la Turquie, soutien des rebelles, qui dispose de troupes à Idleb et craint un afflux massif de réfugiés sur son territoire.

« La situation à Idleb sera l'un des sujets principaux de discussions » du sommet de Téhéran, a déclaré le porte-parole du Kremlin, « nous savons que les forces syriennes s'apprêtent à régler ce problème ».

Avant la réunion, Téhéran et Moscou ont réaffirmé leur soutien au régime de Damas.

« Nous avons tué, nous tuons et nous tuerons les terroristes (...) Et peu importe qu'ils se trouvent à Alep, à Idleb ou en d'autres points de la Syrie », a déclaré jeudi Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe.

Craintes de massacre

Lundi, son homologue iranien, Bahram Ghassemi, avait assuré Damas du soutien de l'Iran et de la volonté de son pays de poursuivre son rôle de conseiller et son aide pour la prochaine campagne d'Idleb.

La rencontre entre MM. Rohani, Poutine et Erdogan pourrait déterminer l'ampleur et le calendrier de l'offensive contre Idleb.

Leurs trois pays ont acquis un rôle incontournable dans le conflit, à travers leur appui militaire crucial aux belligérants et le lancement du processus d'Astana, qui a éclipsé les négociations sous l'égide de l'ONU pour tenter de mettre un terme au conflit, qui a fait plus de 350.000 morts depuis 2011.

Damas, Moscou et Ankara ont été ces jours-ci le théâtre d'un intense ballet diplomatique.

Selon le quotidien syrien pro-étatique Al-Watan, les résultats des discussions seront présentés à la rencontre de Téhéran où les trois puissances « décideront de l'heure zéro de l'opération de l'armée syrienne, qui devrait intervenir immédiatement après le sommet ».

La Turquie, qui dit craindre un massacre et un nouvel afflux de réfugiés à sa frontière, a affirmé qu'elle allait tenter à Téhéran d'empêcher un assaut.

L'Iran, de son côté, a assuré vouloir aider Damas à chasser les insurgés d'Idleb avec le moins possible de pertes humaines et Moscou a fait état d'efforts en cours pour séparer au sol (...) les opposants armés normaux des terroristes.

Au total, quelque trois millions d'habitants vivent dans la province d'Idleb et les quelques poches insurgées dans les provinces voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l'ONU. Près de la moitié sont des déplacés.

Mercredi, les Nations unies ont mis en garde contre un bain de sang à Idleb, craignant qu'une offensive ne provoque une catastrophe humanitaire d'une ampleur inédite depuis le début du conflit syrien.

La Maison Blanche a mis en garde mardi Damas et ses alliés russe et iranien contre un recours aux armes chimiques à Idleb.

« Le monde [...] et les États-Unis regardent [...] de très près » la situation, « si c'est un massacre, le monde sera très très en colère et les États-Unis seront également très en colère », a averti mercredi le président américain Donald Trump.

 

Avec AFP

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