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Publié le 01 août 2018

Un discours royal rationnel en réponse à une attente populaire émotionnelle, par Aziz Boucetta

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Le Maroc est ainsi fait que sa vie politique prend son impulsion durant l’été. C’est en effet lors de cette période de l’année que le roi adresse ses discours à la nation ; avec celui du parlement, le chef de l’Etat s’exprime quatre fois, dans des discours généralement thématiques qui donnent le ‘la’ pour les dix mois à venir. Cette année, les choses se sont présentées d’une manière particulière.

Du limogeage de quatre ministres à la crise de Jerada, du boycott de certains produits de consommation aux condamnations des « 53 » d’al Hoceima à des peines lourdes, de l’UE à l’UA, de l’ONU à l’accord de pêche, ces dix derniers mois furent riches en événements qui ont secoué le Maroc et sa société, qui ont ébranlé la classe politique et ses dirigeants. Et tout le monde attendait le discours du roi Mohammed VI, ce 30 juillet. Il l’a livré le 29, au soir, un dimanche, tard, pour que les gens aient le temps de rentrer des plages et piscines. C’est quand même l’été.

Qu’a dit le roi ? 10% de son discours fut une réponse aux différents troubles, dysfonctionnements, questionnements qui agitent le Maroc depuis plusieurs mois, et 90% sur le social, l’emploi, l’eau… autant de domaines qui marquent la vie quotidienne des Marocains. Contrairement aux précédents discours du trône qui dressaient un tableau exhaustif sur l’état de la nation, cette fois-ci, le roi Mohammed VI a, dans un premier temps, décliné sa lecture du malaise social ambiant, et ensuite, il a exposé les mesures d’urgence à prendre, avec délais à la clé.

Dans une démarche méthodologique inédite, le chef de l’Etat a ainsi reçu les patrons de la Cour des Comptes et de Bank al-Maghrib, qui lui ont présenté les maux dont souffre le pays, puis il a réuni les dix ministres les plus importants du gouvernement, pour mettre en musique la partition qu’il a rédigée sur la base des remarques de Driss Jettou et d’Abdellatif Jouahri. Et le tout s’est passé à al Hoceima, dans un geste hautement symbolique.

Immédiatement après la fin du discours, les réseaux sociaux se sont partagés, entre ceux qui ont déclaré être resté sur leur faim, et les autres, plus optimistes. Et pourtant, le chef de l’Etat a répondu, à sa manière de chef d’Etat, aux interrogations, voire aux inquiétudes, exprimées face aux boursouflures sociales de cette année 2018. Il a dit ceci : « Les Marocains libres ne se laissent jamais affecter par les aléas de la vie, pour accablants qu’ils puissent être parfois. Mieux encore, face aux vicissitudes, pour affronter les épreuves et relever les défis, leur foi s’en trouve fortifiée et leur détermination décuplée. (…) Je suis persuadé qu’ils ne permettront pas aux négativistes, aux nihilistes et autres marchands d’illusions d’user du prétexte de certains dysfonctionnements, pour attenter à la sécurité et à la stabilité du Maroc ou pour déprécier ses acquis et ses réalisations ».

Pour ceux qui veulent y croire, pour ceux qui veulent aller de l’avant, pour ceux qui s’inquiètent mais restent confiants, tout est dit. Encore une fois, à al Hoceima. Ils sont ainsi, les chefs d’Etat (à l'exception de l'Américain Trump et du Philippin Duterte), ils ont des discours de chefs d'Etat, tout en allusions, banissant l'émotion et la passion. Et c'est tant mieux.

Le Maroc, à l’instar des autres pays, a son lot de contestations et de protestations, de remises en cause et en question, de soubresauts et de ruades sociales. La mutation sociologique est là, due aux réseaux sociaux, et la transition politique se profile, due au renouvellement des dirigeants politiques, bien qu’hués et rabroués par les populations. Quelle est cette raison qui empêcherait le Maroc de tanguer, comme les autres pays ? Aucune. Et le tangage est là.

Alors le chef de l’Etat observe, constate, analyse, et déroule sa réaction. « Aléas de la vie », « accablants », « vicissitudes », « épreuves », « défis », « dysfonctionnements », les termes sont là, pour rappeler le malaise, le réel mal-être qui parcourt le corps social du royaume. Mais, pour autant, ajoute le chef de l’Etat, il ne faut pas se laisser tenter par les sirènes grinçantes des « négativistes, nihilistes et autres marchands d’illusions ».

Et de fait, les acquis et réalisations sont là. Le PIB a été multiplié par 2 en 18 ans, et comme le montre le tableau ci-dessous, pour l’évolution du PIB (en USD constants 2010, source Banque mondiale), le Maroc est plutôt bien loti.

Les acquis et les réalisations, ce sont les infrastructures, une politique d’industrialisation visionnaire et de plus en plus excédentaire en termes de balance commerciale sectorielle (automobile, aéronautique essentiellement), un Groupe OCP qui a réussi une véritable mue et s’impose comme géant mondial de plus en plus présent dans de plus en plus de pays, africains principalement.

Alors, que et où sont les « aléas de la vie », « accablants », « vicissitudes », « épreuves », « défis », « dysfonctionnements » ? Dans le social, avec un Maroc rangé durablement semble-t-il dans le dernier quart des nations du monde dans tous les classements de développement humain. Les raisons sont multiples : Une mauvaise répartition des richesses créées, et une création de richesses très nettement perfectible, des secteurs sociaux à l’agonie (éducation et santé surtout), un esprit d’entreprise souffreteux, un Etat qui n’aide en rien l’entreprise… et une classe politique que les Marocains sont unanimes à trouver pusillanime, indigente en d’idées, manquant d’audace, opportuniste et dépourvue d’esprit d’initiative, attendant toujours les ordres venant d’en haut.

Dès lors que le constat est posé, que s’agit-il de faire ? Lire le reste du discours, et œuvrer à l’appliquer autant que possible et au mieux possible. La constitution conférant de larges pouvoirs au gouvernement et au parlement, il appartient donc aux politiques de faire le travail, tel qu’il doit être fait, ou s'éclipser et céder la place à d’autres solutions. La constitution en prévoit...

 

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