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Publié le 12 juillet 2018

Xi Jinping à la conquête de l’Afrique à partir du 20 juillet

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Le président chinois Xi Jinping (photo) effectuera, du 20 au 27 juillet, une nouvelle tournée africaine qui le conduira au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud.

Durant son séjour de trois jours à Dakar, le dirigeant chinois devrait signer plusieurs accords de coopération économique avec son homologue sénégalais, Macky Sall, et prendre part à la réception officielle du Musée des civilisations noires de Dakar, une infrastructure culturelle financée par l’empire du Milieu.

Au Rwanda,  Xi Jinping devrait aussi signer des accords de coopération avec son homologue Paul Kagamé, président en exercice de l'Union africaine. Les entretiens entre les deux hommes porteront également sur les préparatifs du prochain sommet Chine-Afrique, prévu en septembre 2018, à Pékin.

Le leader chinois se rendra ensuite en Afrique du Sud, où il participera au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), un groupe de puissances émergentes qui se considèrent comme des « acteurs-clés du passage de l'unipolarité américano-centrique à l'ordre mondial post-occidental ». Il devrait rencontrer, durant ce sommet, son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, ainsi que le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. 

Ce n’est pas la première fois que le président chinois se rend sur le continent. Il avait déjà effectué une première tournée de huit jours en Tanzanie, en Afrique du Sud et au Congo-Brazzaville, quelques jours seulement après son élection en mars 2013, et un second périple africain qui l’avait conduit au Zimbabwe et en Afrique du Sud, en décembre 2015.

Les prochaines visites de Xi Jinping au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud marqueront cependant la première tournée de « l’homme du rêve chinois » sur le continent, depuis sa réélection en mars denier. 

La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique en 2009.

Selon des données de la China Africa Research Initiative, la valeur des stocks des investissements chinois sur le continent est passée de 2,5 milliards de dollars en 2003 à 34,6 milliards en 2016, ce qui représente une progression annuelle de 33% durant cette période.

Depuis l’an 2000, la Chine a également déversé plus de 140 milliards de dollars en Afrique sous forme de prêts, contribuant ainsi à stimuler la croissance économique et la création d’emplois dans les pays récipiendaires. 

Le prochain sommet Chine-Afrique aura pour thème « Construire ensemble une communauté de destin sino-africaine encore plus solide pour réaliser la coopération gagnant-gagnant ».

La Chine déjà très puissante

Selon l’Agence Ecofin, la Chine détenait 72% de la dette publique bilatérale du Kenya au 31 mars 2018, a rapporté Ecofin, le 2 juillet, citant des documents officiels du ministère des Finances. Ce taux n’était que de 57% au 31 décembre 2016, a-t-on ajouté de même source.

La croissance rapide de l’endettement du Kenya auprès de l’empire du Milieu a contribué à faire passer le stock total de la dette extérieure de la première économie d’Afrique de l’Est à 2560 milliards de shillings, soit un peu plus de la moitié de la dette publique totale du pays, qui s’élève à 5100 milliards de shillings (50 milliards de dollars).

 

Début mai dernier, le Kenya a rejoint la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), une institution financière multilatérale créée par la Chine, et qui débloque des crédits, loin de toute forme de conditionnalité. 

L’explosion de la dette du Kenya suscite déjà de vives inquiétudes à l'échelle mondiale. En février, l'agence de notation financière Moody's a dégradé la note souveraine de ce pays d’Afrique de l’Est, en raison de la hausse des niveaux d'endettement. Le Fonds monétaire international (FMI) a, quant à lui, gelé le décaissement d’un prêt d’appoint de 1,5 milliard de dollars à Nairobi, après avoir constaté un dépassement de la barre minimale de déficit budgétaire conditionnant l’accès à cette facilité de crédit.  

Un rapport publié en juin 2017 par le cabinet d’audit et de conseil américain McKinsey a d’autre part tordu le cou à certaines idées reçues, en révélant que les financements chinois contribuent à créer assez d’emplois localement. 89% des employés de 1000 entreprises chinoises sondées dans le cadre de cette étude étaient africains, soit près de 300 000 emplois.

Poétiquement intitulé «La danse des lions et des dragons» (Dance of lions and dragons), le rapport de McKinsey a fait remarquer par ailleurs que le montant global des accords de financement de projets d’infrastructures conclus par la Chine au Sud du Sahara, sur la seule année 2015, s’est élevé à 21 milliards de dollars, soit une enveloppe beaucoup plus élevée que celle relative aux accords signés sur la même période par le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA), qui regroupe la Banque africaine de développement (BAD), la Commission européenne, le Banque européenne d'investissement (BEI), la Société financière internationale (IFC), la Banque mondiale et les pays membres du G8 !

Prêts contre ressources naturelles et contrats juteux

Un peu partout sur le continent, Pékin n’a en réalité fait qu’occuper le terrain laissé par les bailleurs de fonds traditionnels, de plus en plus sourcilleux en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme et la gouvernance démocratique. Les financements des bailleurs de fonds occidentaux sont souvent corrélés à un ensemble de conditionnalités visant à réformer les économies africaines dans un sens libéral (privatisations, réduction des effectifs de l’administration, libéralisation des secteurs stratégiques, etc.) et à encourager les pays à s’engager sur la voie de la démocratie et de la bonne gouvernance. En l’absence de progrès dans ces domaines, ces bailleurs de fonds traditionnels se réservent le droit de fermer le robinet du financement.

La République populaire de Chine a desserré l’étau de cette conditionnalité. Ce bailleur de fonds émergent s’en tient à sa politique de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays africains, dont les dirigeants apprécient l’absence, de la part de la Chine, de sermons sur les droits de l’homme et la corruption.

Le fondement de cette politique non interventionniste se trouve dans les «cinq principes de la coexistence pacifique», présentés par Zhou Enlai, alors premier ministre chinois, lors de la Conférence de Bandung en 1955: respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, non-agression mutuelle, non-ingérence mutuelle, bénéfices mutuels, coexistence pacifique.

Certains experts occidentaux remettent cependant en cause l’inconditionnalité des prêts chinois. D’autant plus que Pékin assujettit souvent ses prêts à l’accès au marché pour les exportations chinoises et pratique une «aide liée» (Tied Aid), dans le cadre de laquelle le pays bénéficiaire est obligé d’avoir recours aux biens ou services des entreprises du pays prêteur pour mettre en œuvre les projets financés.

Mouhamet Ndiongue

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