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Publié le 30 juin 2018

Le Portugal veut davantage d'immigrants, des scientifiques suggèrent la « rationalité »

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A contre-courant de la plupart de ses partenaires européens qui voudraient réduire l'afflux de migrants, le gouvernement portugais mise sur l'immigration pour enrayer le déclin démographique.

« Nous avons besoin de plus d'immigration et nous ne tolérons aucun discours xénophobe », clamait le Premier ministre portugais António Costa (photo) sous les applaudissements des militants socialistes lors du congrès de son parti à la fin mai.

Témoignant de sa politique d'ouverture, le Portugal a été cette semaine parmi les premiers pays à accepter d'accueillir une partie des migrants qui se trouvaient à bord du navire humanitaire Lifeline.

Et, quelques heures avant que les dirigeants de l'Union Européenne ne parviennent vendredi à un accord sur ce sujet, l'exécutif socialiste lusitanien prenait des mesures pour devenir plus attractif.

« Cela a été un sommet très difficile et le consensus apparent exprimé dans l'accord ne cache pas les divisions profondes qui menacent aujourd'hui l'Union Européenne », a regretté Antonio Costa à l'issue de la réunion de Bruxelles en rappelant que son pays prône une politique « responsable et solidaire » en matière de migrations.

D'après une étude de la Fondation Francisco Manuel dos Santos, le Portugal a besoin de 75.000 nouveaux résidents chaque année pour maintenir une population active stable, qui aujourd'hui ne compte que pour la moitié du total de 10,4 millions d'habitants.

Dans ce contexte, l'exécutif socialiste a adopté jeudi en Conseil des ministres plusieurs mesures pour simplifier les procédures de demande de visa soumises par des étudiants ou par des entrepreneurs voulait créer une start-up.

Ce décret ouvre également la voie à un « mécanisme de régularisation » de quelque 30.000 ressortissants étrangers qui sont entrés au Portugal légalement, mais qui ensuite s'y sont installés sans autorisation de résidence ni de travail.

Au cours des trois années de récession qui ont suivi la crise financière de 2011, plus de 300.000 Portugais ont quitté leur pays en quête de meilleures conditions de vie, parmi lesquels de nombreux jeunes diplômés.

En 2017, le solde migratoire portugais est redevenu positif pour la première fois depuis six ans, a constaté l'Institut national des statistiques.

Cette même année, les autorités portugaises ont délivré 61.400 nouveaux permis de résidence, soit une hausse de 31% sur un an, ce qui s'est traduit par une hausse de la population étrangère de 6%, à 422.000, selon un rapport de la police des frontières publié mercredi.

Le pays a renoué avec la croissance, notamment grâce au boom de la filière touristique et de l'investissement étranger dans l'immobilier mais, selon les représentants du patronat, la reprise reste bridée par un manque de main d'œuvre qualifiée.

L'accord européen obtenu vendredi prévoit notamment que les migrants secourus dans les eaux européennes soient répartis dans les différents Etats membres de l'UE, sur une base volontaire.

Le Portugal participe déjà à un programme volontaire de réinstallation de réfugiés en Europe proposé en janvier par la Commission européenne, qui vise à accueillir dans l'UE en deux ans au moins 50.000 réfugiés venant de pays d'Afrique et du Moyen-Orient.

Dans le cadre d'un précédent programme de réinstallation, qui courait de 2015 à mars 2018, le Portugal a accueilli 1.552 réfugiés, ce qui le place sixième des pays d'accueil, derrière l'Allemagne, la France, la Suède, les Pays-Bas et la Finlande.

Cependant, seule une moitié d'entre eux se sont fixés au Portugal, les autres l'ayant aussitôt quitté pour rejoindre des pays offrant de meilleures perspectives économiques, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni.

Des scientifiques appellent à une approche plus scientifique

Quelque 500 universitaires, principalement européens, appellent à une approche plus scientifique des politiques d'immigration dans une lettre publiée dans le quotidien britannique The Guardian, alors que l'Europe se déchire depuis des mois sur la question des migrants.

Ces chercheurs, dont l'économiste français Thomas Piketty ou le directeur de l'Institut Max Planck Steven Vertovec, réclament "une réunion d'urgence de scientifiques et d'experts pour éclairer la prise de décision politique".

Ils réclament aussi qu' « il soit mis fin à des solutions politiques de court terme et inadaptées qui nous mènent à des crises politiques et humanitaires" et la création d'un "panel international sur la migration et l'asile ».

Cette lettre paraît alors qu'au petit matin vendredi, les 28 pays membres de l'Union Européenne sont difficilement parvenus à un accord sur les questions migratoires, lors d'un Conseil européen à Bruxelles, prévoyant notamment des « plateformes de débarquements »  de migrants.

Depuis des semaines, un bras de fer diplomatique est engagé en Europe autour de navires transportant des migrants secourus en Méditerranée, auxquels Rome refuse de rester seul à autoriser l'accostage.

Selon les universitaires, « l'afflux récent de demandeurs d'asile syriens en Europe a imposé aux leaders européens et aux citoyens une grande prise de conscience de la crise mondiale qui a lieu en grande partie dans l'hémisphère sud ».

Leur lettre pointe le manque de données fiables, et au-delà du problème des chiffres, souligne qu' « une politique uniforme et basée sur l'idéologie ne fonctionne pas ».

Ils relèvent que l'accès rapide au logement, à l'éducation comme au marché du travail améliore l'intégration des migrants et des demandeurs d'asile dans les pays d'accueil, en plus de réduire les inégalités.

« La fermeture des frontière restreint non seulement la mobilité mais aussi les échanges et les transferts d'argent, le savoir-faire et les idées à travers les frontières », affirment-ils encore.

Mouhamet Ndiongue

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