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Maroc |

Publié le 14 mars 2018

A Jerada, tension, manifestations, arrestations et communication

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La situation est toujours tendue dans la ville minière de Jerada où plusieurs personnes ont trouvé la mort ces deux derniers mois. Le gouvernement a lancé un train de mesures et de politiques de développement, mais cela semble ne pas suffire, disent les manifestants. Et « ça suffit », répond le ministère de l’Intérieur.

Depuis le décès de deux mineurs dans une mine désaffectée fin décembre, la situation dans cette ville de l’oriental est tendue. Contrairement à ce qui s’était produit pour al Hoceima, le gouvernement a été prompt à réagir, lançant une vaste stratégie de développement multisectorielle à Jerada (lire panorapost.com). Cela avait calmé les esprits, mais les manifestations ont été maintenues.

Voici quelques jours, quatre personnes ont été arrêtées, et cela avait remis le feu aux poudres. Et même un communiqué du parquet n’y avait  rien changé, le procureur ayant affirmé que l’arrestation des deux jeunes hommes n’était en rien liée aux événements que connaît la région.

Alors, pour protester contre ces arrestations, les premières depuis le début du mouvement, des milliers de personnes ont manifesté dimanche 11 mars à Jerada selon les manifestants, entre 600 et 700 selon les autorités locales. Des manifestants ont marché une cinquantaine de kilomètres vers une localité voisine.

Ce mardi 13 mars, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué, soulignant « son droit d’appliquer la loi en interdisant les manifestations illégales et pour préserver la sécurité, (en répondant) avec fermeté aux agissements et comportements irresponsables ».  

Le ministère de l'Intérieur affirme ainsi qu’ « en dépit des efforts déployés par l'Etat pour résoudre les problématiques posées au niveau de la province de Jerada, certaines parties s'obstinent à décrédibiliser ces efforts en tentant par tous les moyens d'exploiter les revendications légitimes exprimées et à inciter la population de manière continue à manifester sans respect aucun pour les dispositions légales, chose qui perturbe le cours normal de la vie dans la région ».

Le ministère rappelle les mesures prises par le gouvernement et annoncées par le chef du gouvernement Saadeddine Elotmani en personne, lors de son déplacement à Oujda le 10 février. Et ce qui énerve encore plus le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit est que, dit son communiqué, « les instances politiques, syndicales et les acteurs de la société civile dans la province, outre les présidents des collectivités territoriales, ont publié des communiqués à travers lesquels ils ont exprimé leur grande satisfaction de l’interaction positive des autorités publiques avec les attentes et les aspirations de la population, estimant que l’approche adoptée est de nature à donner une forte impulsion au développement de la province ».

Contacté par PanoraPost, un membre du gouvernement a expliqué que « la récurrence et la succession des mouvements sociaux  (al Hoceima, Zagora, Beni Mellal, Jerada…) n’est ni normale ni anodine. Le gouvernement a pourtant pris des mesures fermes et immédiatement applicables, et même le roi a demandé à réfléchir à un nouveau modèle économique, mais les manifestations durent et perdurent… Nous nous attendons à de tels mouvements sur au moins un ou deux ans, et il serait opportun d’en chercher la véritable origine, qui ne se trouve pas forcément au Maroc… ». C’est sans doute à l’aune de cette confidence qu’il faut lire les communiqués du parquet et de l’Intérieur.

AB

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