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Publié le 09 mars 2018

Affaire Bouachrine, le procès commence… le show de Me Ziane aussi

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Jeudi 8 mars, le procès du journaliste Taoufiq Bouachrine commence, houleusement. C’est le juge Farah qui officie, et préside le procès à la Cour d’appel de Casablanca. Et c’est l’avocat Me Mohamed Ziane, connu pour son éternelle mauvaise humeur, qui est à la manœuvre. Pour ce premier jour du procès, l’avocat a tenu toutes ses promesses, provoquant pas moins de cinq suspensions d’audience.

Ce qui frappe d’entrée de jeu est l’absence de soutiens politiques, ou même familiaux, de l’accusé Bouachrine, poursuivi pour plusieurs chefs d’inculpation, comme la traite d’êtres humains, le viol et tentative de viol, avec violences, le harcèlement et les menaces et intimidations de ses présumées victimes. Seuls deux membres du PJD étaient là, Abdelali Hamieddine et Amina Maelainine, parlementaires et grands amis du journaliste. Même sa famille proche n’était pas là, mais cela est compréhensible vu la nature des chefs d’inculpation.

Les avocats de Bouachrine, nombreux, cèdent la vedette à Mes Mohamed Ziane, Abdessamad el Idrissi et Abdellatif Bouachrine. Le premier demande des éclaircissements et met en accusation tant la Brigade nationale de la police judiciaire que le parquet. Puis on passe à l’appel des plaignantes, mais leurs avocats demandent un report pour pouvoir examiner les dossiers de leurs clientes, arguant pour la plupart n’avoir été mandatées que la veille.

Me Ziane hurle que les avocats de l’inculpé sont prêts et que le procès peut démarrer. Mais comme les plaignantes ne répondent pas toutes présentes, il est difficile d’accéder à sa demande.

D’autres problèmes surgissent dans cette affaire décidément pas comme les autres, les plaignantes étant tantôt accusatrices de Bouachrine, tantôt de la BNPJ, comme le dit Me Ziane concernant A.B. qui aurait selon lui déposé une plainte contre la police pour faux PV.

Par ailleurs, l’avocat Bouachrine a demandé à la Cour de donner suite au témoignage du technicien d’Akhbar Alyaoum, qui avait déclaré aux enquêteurs que l’appareil d’enregistrement trouvé dans le bureau de l’accusé n’appartenait pas à l’entreprise, ce qui en creux signifie qu’il « aurait été placé là »… Par qui ? La Cour répondra à cette question, de même qu’elle devra réagir à la plainte de Taoufiq Bouachrine contre le parquet pour falsification de preuves, toujours au sujet de la caméra.

Le procès est donc une cacophonie, parsemée de violentes joutes entre la défense de Bouachrine et le parquet, les uns et les autres s’accusant et s’envoyant des piques.

Bref, le procès a commencé sans véritablement commencer. Sa nature est très particulière car il s’agit d’affaires de mœurs où les plaignantes subissent des pressions, disent-elles, de la part de la famille du prévenu, où les tabous sociaux remontent à la surface, certaines plaignantes disant tout et son contraire.

Le juge Bouchaïb Farah, conscient de la difficulté du procès de par sa nature et la qualité de Bouachrine, dirige les débats avec une certaine sérénité, proposant tantôt à Bouachrine de prendre un siège « si tu es fatigué », tempérant tantôt les ardeurs de Me Ziane, presque heureux de cette tribune qui lui est offerte pour faire son show et remettre en cause toutes les institutions du pays. Le juge, pour ramener le calme dans la salle, suspend cinq fois la séance, et lance aux avocats que leur « comportement ne sied pas à une affaire de cette importance »… Las.

Report pour le 15 mars, donc, pour laisser le temps aux avocats des plaignantes de se familiariser avec le dossier, et à Me Ziane de reprendre son souffle.

AB

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