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Publié le 06 mars 2018

Mondial 2026 - Petites manœuvres pour un grand événement !

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Têtus sont généralement, voire souvent,  les faits. Et le président de la FIFA ne déroge pas à leur règle… Gianni Infantino revient en effet à la surface avec une autre affaire. Cette fois-ci, le patron de la FIFA est confondu par le redoutable journaliste Danois Steve Menary, du site d’information « Play the Game », pour des actes s’apparentant au délit d’initié.

Le patron de la FIFA a été surpris ce mois de février à deux reprises pour favoritisme pour la candidature nord-américaine…  La première fois, c’était quand, au tout début de février, sur le sol marocain, il était intervenu avec une très moyenne courtoisie pour empêcher le président de la CAF Ahmad Ahmad de faire la promotion de la candidature du Maroc pour le Mondial 2026, avant de faire la même chose le même jour et dans le même contexte avec Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération marocaine de football.

Deux semaines plus tard, et comme pour le narguer, l’ancien président de la fédération américaine de foot et toujours président de la triple candidature nord-américaine  Sunil Gulati va en Afrique du Sud faire une présentation de la candidature américaine à Johannesburg, devant les 14 membres du Conseil des associations de football d'Afrique australe (COSAFA).

Mais au lieu de réprimander Gulati, que pensez-vous qu’il arriva ? Ce fut la FIFA qui bava…  deux communiqués ! Le premier par le biais de son Comité d'éthique, où elle annonce que « Gulati ne violait aucune règle », et le second communiqué pour modifier ses textes, la FIFA y affirmant expressément que « de telles réunions sont maintenant autorisées » Du coup, les règles sont modifiées en plein jeu ! De la haute voltige…

Le 3ème délit de favoritisme auquel Gianni Infantino est confronté est quand, en pleine compétition, le flamboyant et prévoyant président de la FIFA est surpris à discuter déjà des droits de télés du Mondial 2026 avec certains médias américains, en présence du très présent et puissant Sunil Gulati.

Et pourquoi s’arrêter à trois actes de favoritisme, quand on peut en faire plus ?!  Cette fois, les infos nous viennent du site d’information Play the Game, qui nous raconte une étrange histoire.

Assimilation de délit d’initié

Play the Game fait partie des lanceurs d’alerte comme Wikileaks, Inside the Game, Follow the Money… mais sa spécialité va au sport. Play the Game est une initiative internationale de communication qui vise à renforcer les fondements éthiques du sport et à promouvoir la démocratie, la transparence et la liberté d'expression dans le domaine sportif.

Dans sa publication datée du 1er mars 2018, ce site a révélé la puissante stratégie du patron de la FIFA.

Et ainsi donc, dans son article, le journaliste Steve Menary a rappelé un fait très important qui pourrait, voire devrait, réveiller les soupçons quant aux intentions d’Infantino. Le journaliste évoque le congrès de la FIFA à Bahreïn où Infantino, voulant offrir l’organisation de la Coupe du monde 2026 aux Etats Unis et à ses alliés, avait proposé une période d’exclusivité d’un an pour la triple candidature.

Pour rappel, lors du congrès de Bahreïn de mai 2017, où se tenait le 67ème congrès de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino avait fait passer son projet de Coupe du monde à 48 équipes, et forcé le passage pour la mise en place de l’arbitrage vidéo pour le Mondial 2018. Et le président de la FIFA de proclamer que « le Mondial 2026 nécessitera de solides infrastructures dans des pays en bonne santé économique, car il sera le premier à se disputer à 48 équipes, contre 32 aujourd'hui ». « Ridicule ! », avait titré le journal France Football avant de mettre à sa Une photo très explicative de cette initiative.

L’autre projet soumis par Infantino lors de ce congrès, c’était de proposer une période d'exclusivité d'un an pour l’organisation de la Coupe du monde 2026, et de la réserver au projet nord-américain, lui laissant ainsi le temps pour ficeler son dossier technique (pour rappel, en mai 2017, le Maroc n’avait pas encore officiellement soumis sa candidature). Suite à cela, le prochain congrès de la FIFA devait décider de la validité du dossier américain.

Face à ce coup de force, le journal français le Parisien, dans son édition du 9 mai 2017 titrait sur son site qu’ « Infantino veut asseoir son pouvoir et pousser la candidature nord-américaine pour 2026 ». Le journal développe alors, pour dire qu’ « un an et demi après son arrivée à la tête de la FIFA, Gianni Infantino préside à Bahreïn un Congrès où il va tenter d'affermir son pouvoir et de dégager le terrain pour une candidature commune USA/Canada/Mexique pour le Mondial-2026 ». Le journal poursuit et précise que « concrètement, cette instance - rassemblant 211 fédérations de football affiliées - se réunit jeudi et devrait accorder au projet nord-américain une période d'exclusivité d'un an pour ficeler son dossier technique ».

Le journal suisse le Temps daté du 11 mai 2017 titrait à son tour : « A Bahreïn, la FIFA sous la coupe de Gianni Infantino ». Tous ces journaux ne peuvent avoir, tous, tort ! Infantino a bel et bien essayé de faire aboutir la candidature nord-américaine.

Lors de ce congrès à Bahreïn toujours, l’UEFA avait ainsi admis s’être sentie contrainte de voter pour l’élargissement de la Coupe du monde à 48 équipes, de peur d’être par la suite lésée dans la répartition des places.

Selon l’AFP, après son élection en février 2016, Gianni Infantino avait  fait le ménage, avec plus de 80 départs à Zurich, « parfois assez brutaux », dans le but « d’asseoir son autorité et mieux contrôler l’administration », selon une source interne.

A Bahreïn, il a obtenu le non-renouvellement des mandats des deux responsables de la Commission d’éthique, le Suisse Cornel Borbély et l’Allemand Hans-Joachim Eckert. Ces deux juristes sont des personnes jugées compétentes et intègres, mais Gianni Infantino, très «mitterrandien», n’a pas hésité à en faire des hommes du passé et du passif. Ont-ils payé le prix pour avoir ouvert en 2016 une enquête préliminaire à l’encontre du président Infantino, procédure qui avait ensuite été classée ? On n’en saura sans doute jamais rien avec certitude…

Le journaliste, donnant la parole à un expert du football, s’entend dire que « même avant que le processus ne commence, il était biaisé ». Et le même d’ajouter, de préciser, qu’ « élargir la Coupe du monde à 48 équipes était un autre moyen de s'assurer que personne d'autre ne pourrait entrer en compétition avec l’Amérique du Nord ». Sans commentaire…

Le New York Times, pour sa part, a rapporté ces propos de Gulati : « Les finances de la FIFA dépendent lourdement et fortement d'un événement majeur, la Coupe du monde masculine. Il y a donc un lien direct entre le financement des programmes dans le monde et ce qui se passe à la Coupe du monde, et les revenus y générés ». Sachant que la FIFA faisait face à un déficit financier, Play the Game rapporte qu’en janvier 2018, Sunil Gulati, également membre du Conseil de la FIFA, avait murmuré que son soutien était le seul moyen pour l’instance suprême du foot mondial de maintenir ses rentrées d’argent...

Faisant le parallèle entre les deux dossiers, Steve Menary explique dans son article que la FIFA a accepté l’improbable offre conjointe Etats-Unis/Canada/Mexique, en dépit du fait que l’Amérique de Donald Trump insiste sur son projet de mur de séparation, et que la candidature commune pourrait voler en éclats à la première mesure effective pour la construction de ce mur. En parallèle, ajoute M. Menary, la FIFA n’a pas trouvé à son goût  l’offre de candidature commune Maroc et Espagne, bien qu’ils soient à seulement 14 km de chaque côté du détroit de Gibraltar et qu’ils aient développé des liaisons maritimes quotidiennes.

4 adversaires pour le Maroc

Au vu des réactions et parti-pris de la hiérarchie de la FIFA, le Maroc ne devra compter que sur lui-même pour l’emporter face à ses adversaires. Une Coupe du monde jouée à l’avance, donc, par Infantino, comme l’a titré PanoraPost, mais les successions des éléments concordants donnent bien raison au site.

La plateforme Play the Game détaille en effet les éléments actuellement non favorables au Maroc. Ainsi, il existe un nombre important de cadres supérieurs de la FIFA qui sont issus des pays de la candidature nord-américaine, et ces dirigeants observent une curieuse neutralité au sein de l’instance pour tout ce qui concerne la triple candidature. Il y a aussi le fait qu’aucun des pays hôtes potentiels n'a droit de vote, mais les Samoa américaines, Guam, Porto Rico et les îles Vierges américaines, qui sont directement liées économiquement et politiquement aux États-Unis, obtiendront un vote qui profitera sûrement à l'Amérique du Nord.

Enfin, Play the Game soutient que la question de savoir si le vote sera privé ou public reste également à résoudre, bien que les statuts de la FIFA  prévoient des votes à main levée. Un vote secret faciliterait la rétribution ultérieure d'une offre par les États-Unis et celui que certains pensent être leur principal soutien - Gianni Infantino.

L’association Infantino-USA

Steve Menary révèle que Gulati, dans son rôle précédent en tant que président de la CONCACAF, fut un allié clé dans l'élection d'Infantino, et la sécurisation de la Coupe du monde 2026 est considérée comme un retour sur investissement. Et il ajoute que « si les Etats-Unis perdent, ce sera une défaite politique pour Infantino et cela aura des conséquences énormes pour sa réélection », clame le Pr Chadwick, expert en questions de football.

En plus de tous ces enjeux, une épée de Damoclès semble planer sur la tête de Gianni Infantino (le président de la FIFA Gianni Infantino alors secrétaire général de l’UEFA avait été accusé de corruption par le lanceur d’alerte “Follow the Money” qui affirmait détenir la preuve d’un arrangement mettant en cause l’ancien secrétaire-général de l’UEFA dans le cadre de l’affaire des matches truqués ayant secoué la Turquie entre 2011 et 2015). A travers les propos de Steve Menray et du Pr Chadwick, Infantino se verrait-il obligé d’attribuer une Coupe du monde aux USA ?

La possibilité de retirer la Coupe du monde au Qatar pour 2022 pour la « confier » aux USA n’est-elle pas une alternative pour suppléer le probable échec des USA face à la ténacité du Maroc. Wait and see ! 

Mouhamet Ndiongue

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