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Publié le 15 février 2018

Mondial 2026, quelques utiles précisions sur la candidature du Maroc…

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Entre communication et mutisme, organisation et multidimensionnalité d’une candidature, les choses vont bon train, ou du moins on l’espère. Le Comité de candidature Maroc 2026, enfermé (à double tour) dans sa tour d’ivoire, s’active pour répondre aux directives d’une FIFA aux aguets, pointilleuse à l’extrême pour faire oublier les déboires de l’ère Blatter.

Le Comité de candidature a trois phases, distinctes et devant être gérées chacune d’une manière spécifique. Jusqu’au 16 mars, les Marocains prépareront leur dossier technique, avec 14 stades et 110 normes à satisfaire, et ne se concentreront que sur cet aspect de leur candidature. Ensuite, il faudra « gérer » les choses jusqu’à la tenue du Conseil qui devra se prononcer sur notre candidature, en convainquant la FIFA du bien fondé de notre dossier, et en se rapprochant des 207 fédérations qui voteront le 13 juin pour choisir entre le Maroc et le trio nord-américain. Enfin, il faudra s’adresser aux Marocains pour leur expliquer ce que le monde attend de nous en 2026, ou ce que nous ferons si nous ne sommes pas retenus…

« Jusqu’au 16 mars, il faut boucler notre dossier de candidature, en vue de le soumettre aux meilleures conditions, et il faudra respecter les normes (plaire au Conseil) de la FIFA, qui décidera de sa recevabilité, ou non, début juin. Et puisque nous sommes convaincus de la solidité de notre dossier, il faudra simultanément plaire aux fédérations nationales, et il y en a 207. Une fois l’organisation attribuée au Maroc, il s’agira d’expliquer ce qui s’est passé à notre opinion publique, en vue de lui plaire et de la satisfaire. Et c’est le plus important », explique ce responsable économique au sein du Comité à PanoraPost.

Et de fait, et comme le disait Rachid Talbi Alami lors de sa conférence de presse improvisée, pour les seuls stades, ce sont environ 10 milliards de DH qui seront dépensés pour la construction des nouveaux stades dans les 14 villes que sont Casablanca et Marrakech, avec deux stades chacune, el Jadida, Nador, Rabat, Tanger, Agadir, Tétouan, Fès, Meknès, Oujda et Ouarzazate

Les bons comptes font les bons amis, dit-on… et les bons dossiers aussi ! Ainsi, si on prend comme base de calcul un coût de 20 à 25.000 DH par siège dans un stade et qu’on retienne la fourchette haute, qu’on retienne aussi un volume de 40.000 sièges pour les stades ordinaires, on a un coût maximum de 1 milliard de DH par stade. Or, nous avons déjà trois stades aux normes (Agadir, Marrakech et Tanger) et un autre en construction à Tétouan, budgétisé hors investissement Mondial. Cela laisse 7 stades à construire, hors Casablanca, soit 7 milliards de DH. Le Grand Stade de Casablanca, lui, avec ses 100.000 places (confortablement) assises, est évalué à 2,5 milliards de DH. Pour la capitale économique,  et sachant que le complexe Mohammed V ne répond pas aux normes FIFA,  deux sites devront être trouvés, celui aux environs de Benslimane pouvant poser finalement problème.

Nous sommes à 9,5 milliards de DH, dans la fourchette énoncée par le ministre de la Jeunesse et des Sports Rachid Talbi Alami. Mais il faudra très certainement prévoir des rallonges, par définition non estimables. Cela est une autre affaire.

Mais pourquoi donc des villes qu’on pensait dans la liste ne le sont finalement pas ? Parce que la FIFA a des conditions précises et chiffrées, extrêmement détaillées, pour admettre des villes.

Ainsi, une longue liste égrène ces conditions, comme un raccord ferroviaire et/ou autoroutier, ce qui exclut les villes du Sahara. Il faut également une population minimale de 200.000 habitants pour assurer le public lors des rencontres. Il est également exigé qu’avant la remise du dossier à la FIFA, chaque ville candidate doit disposer d’une capacité hôtelière de 3.000 lits au minimum, avec un objectif de 5.000 à l’arrivée. Sachant qu’un hôtel classé aligne environ entre 200 et 300 chambres, soit 500 à 800 lits, ce sont 4 à 5 hôtels à construire par ville hôte qui n’a que 3.000 lits. A 250 millions de DH l’unité, il faut ajouter un milliard de DH par ville, hors Casablanca, Rabat, Agadir, Marrakech et Tanger.

Les villes candidates seront aussi « notées » sur d’autres critères, comme le fait d’avoir un club local en Botola Pro ou en 2nde division, une météo favorable ou « aménageable », une voirie convenable… et des prisons. On ne sait jamais, mais on sait l’engouement de certains publics, quelque soit le résultat de leur équipe…

La FIFA est une organisation supranationale effroyablement structurée et exigeante. Elle doit avoir des interlocuteurs précis, et de préférence bien informés sur leurs secteurs, ou blocs. Il existe donc 24 blocs (logistique, infrastructures, médias, sécurité, hébergement, santé, transport et déplacement…), et chaque bloc a son responsable, qui peut - s’il le veut et s’il en la compétence communicationnelle - s’exprimer sur ses objectifs.

Il apparaît donc que la tâche des membres du Comité national de candidature, ainsi que cela avait été annoncé, mais peu relevé dans la presse, coiffent tous les blocs, et il y en a 24 au total. Seuls Moulay Hafid Elalamy, Rachid Talbi Alami et Fouzi Lekejaa ont tenu la tête d’affiche, mais les ministres qui étaient à la conférence de présentation du Comité, en charge des blocs, sont aussi membres de plein droit du dit Comité. Le président Moulay Hafid Elalamy est seul habilité à représenter le Maroc auprès de la FIFA, et non avec sa casquette politique, mais technique, celle du Mondial.

Pour avoir l’info, il faut donc faire le tour de la vingtaine de membres du Comité. Mais, malheureusement, ils sont soit très occupés, soit particulièrement taiseux, soit passablement terrifiés par la lourdeur de leur mission. Soit les trois à la fois.

PanoraPost continuera de s’intéresser à cette candidature marocaine à l’organisation du Mondial 2026, dont le cahier des charges pourrait constituer une sorte de modèle économique à lui seul. Le roi Mohammed VI n’appelait-il pas de ses vœux la mise en place d’un tel modèle, après le constat de l’échec de l’ancien ? A bon entendeur…

Aziz Boucetta

 

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