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Publié le 09 février 2018

En Europe, un arsenal juridique anti-migrants

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La crise migratoire demeure un épineux problème pour les pays européens. En 2017, les importants moyens juridiques, humains et financiers mis à contribution ont atténué des flux migratoires venus par mer.

Le durcissement de la politique migratoire de l’Union Européenne a donné ses fruits pour l’année 2017 : le nombre de migrants arrivés sur le Vieux Continent  par mer en 2017 a été réduit d'un peu plus de la moitié par rapport à 2016, d'après des chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Deux ans après l'arrivée de plus d'un million de personnes dans l’UE, ils sont ainsi 171.635 migrants à avoir débarqué en 2017, contre 363.504 l'année précédente, selon l'OIM.

Le combat contre l’immigration est plus que jamais d’actualité, selon les autorités européennes. Le président français Emmanuel Macron, en plus de durcir avec la Première ministre anglaise les accords de Touquet, décide de renforcer le dispositif juridique avec une loi (en projet) qui crée la polémique actuellement en France, car jugée inhumaine d’un côté et insuffisante de l’autre.

Une loi qui déchire

En septembre dernier, en effet, Macron avait promis une refondation complète de la politique d'asile et d'immigration de la France. Annoncé le 12 juillet 2017, le plan gouvernemental présenté comme voulant « garantir le droit d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires » comprend cinq axes : mieux maîtriser les flux migratoires, améliorer les traitements des demandes et les conditions d'accueil, lutter plus efficacement contre l'immigration irrégulière et d'éloignement, refondre la politique d'intégration, et attirer davantage les « talents et des compétences ».

A côté, les associations et certains cercles d’intellectuels contestent ce projet de loi et le jugent "coercitif". Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l'Homme, a dénoncé une « vision technocratique et inhumaine des migrants ». Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde, s'inquiète quant à elle de « vraies brèches dans le droit d'asile ».

"Déni d’humanité"

Le prix Nobel de Littérature français Jean-Marie Le Clézio ne supporte pas « le tri » fait entre les migrants qui fuient leur pays pour des raisons politiques et ceux qui fuient la misère, y voyant « un déni d’humanité insupportable ».

« Est-il moins grave de mourir de faim, de détresse, d’abandon, que de mourir sous les coups d’un tyran ? », poursuit le prix Nobel qui rappelle avoir été lui-même un migrant. « J’ai été l’un d’eux jadis, quand ma mère nous a emmenés mon frère et moi traverser la France […] pour fuir la guerre. Nous n’étions pas des demandeurs d’asile […] Nous cherchions un endroit où survivre ».

« Prenons garde à ne pas dresser autour de nous des frontières mentales encore plus injustes que les frontières politiques », insiste l’auteur de « Désert ».

L’écrivain s’insurge contre la politique devenue « un monstre froid » qui agit en suivant « des lois et des instructions qui ne tiennent pas compte du sentiment humain ».

« S’il est avéré que pour faire déguerpir les migrants qui dorment sous une bâche par six degrés au-dessous de zéro les milices crèvent leurs tentes […] S’il est avéré qu’on pourchasse les misérables comme s’ils étaient des chiens errants. Eh bien, cela est dégueulasse. Il n’y a pas d’autre mot », soutient le romancier.

Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, estime quant à lui que « la France pourrait faire plus et mieux » pour l’accueil des migrants. « Il nous faut avoir l’audace de regarder positivement ces personnes qui arrivent […] Le devoir d’humanité doit être plus fort que nos appréhensions », ajoute l’archevêque de Marseille.

Mouhamet Ndiongue

 

 

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