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Publié le 08 février 2018

Chasse aux porcs : Justice ou maccarthysme ?

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Les violences sexuelles commises envers les femmes sont présentes, à différents degrés, dans tous les pays du monde. En France, une enquête menée en 2006 indique que 16 % des femmes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie. Une jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir subi des attouchements au cours de sa vie et près d’une sur 10 (respectivement 8,9 et 8,4 %) des conversations à caractère pornographique ou des tentatives de rapport forcé. Les attouchements surviennent très majoritairement pendant l’enfance et l’adolescence : 50 % des femmes concernées les ont subis avant l’âge de 10 ans.

Révolution des femmes, l’élection de Trump comme déclencheur

La campagne victorieuse de Donald Trump face à Hilary Clinton, a été le déclencheur de mobilisation pour protéger les droits des femmes, surtout par rapport à l’attitude de ce dernier à leur égard.  Et, dès le lendemain de son investiture, la marche des femmes rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes à Washington et ailleurs dans le monde, le 21 janvier 2017.

Le mouvement est original dans l’histoire féministe car il mobilise de très nombreuses femmes sans émaner d'une structure militante. Il ouvre des débats dans l'espace privé, menant des femmes à raconter à leurs proches des agressions subies. La démarche va parfois jusqu'à aborder le sujet dans le monde du travail, voire à s'engager dans des associations militantes.

Les témoignages dénoncent une atmosphère et des agressions omniprésentes, faisant s'interroger de nombreux hommes sur leur silence coupable jusque-là.

Balance ton porc et Me too

Déjà en mai 1968, des mouvements commençaient à se développer, des groupes de femmes qui réfléchissent à l'oppression qu'elles ressentent du fait de la société patriarcale prennent le combat en main. « C'est à nous, disent les femmes ,de prendre en charge notre propre libération ».

Suite à la publication des enquêtes accusant le producteur américain Harvey Weinstein d'agressions sexuelles, l'actrice américaine Alyssa Milano propose de la reprendre sous forme d’hashtag pour partager des témoignages de violences sexuelles et sexistes dans différents milieux. Le 14 octobre, la journaliste française Sandra Muller propose sur Twitter le mot-dièse francophone #balancetonporc pour que « la peur change de camp », et il est repris 200 000 fois en quelques jours.

L’assaut qu’a lancé le mouvement féministe mondial a fait ses premières "victimes" non sans décider de s’arrêter. Harvey Weinstein, Steven Seagal, Gerard Darmian Kevin Spacey, Roman Polanski, Steve Marlet, Woody Allen, Dustin Hoffman, James Toback, Tarik Ramadan… sont lâchés à la vindicte populaire.

« Bien sûr, le phénomène #MeToo produira des excès, des exagérations et des réticences. Mais ce débat est sain : c’est la preuve que nous vivons un tournant historique » se réjouit une féministe italienne.

Vu du monde arabe, des signataires d’une tribune contre les campagnes #MeToo et #BalanceTonPorc ont dénoncé l’excès de puritanisme lié à cette campagne. La même tribune sera reprise par l’actrice française Catherine Deneuve et 99 autres femmes qui s’insurgent contre les excès de ces femmes. Puritanisme est le mot central de leur texte, car elles ramènent le débat à la différence culturelle – en voie de résorption – entre l’Europe continentale d’un côté et la culture anglo-saxonne de l’autre, c’est-à-dire surtout britannique et américaine.

Le cas de Aziz Ansari comédien humoriste de 23 ans récemment récompensé au Golden Globe, peut laisser penser que le mouvement #MeToo va trop loin et on croit même se retrouver au temps des procès staliniens à l’époque du sinistre procureur Vychinski. Le Journal britannique The Atlantic considère Aziz comme une victime expiatoire d’un mouvement qui vire à la délation.

« Aziz Ansari était un homme très admiré, dont le travail […] avait aussi une fonction sociale importante. Pour les jeunes Américains d’aujourd’hui, c’était le premier musulman médiatisé à être aussi drôle et à partager la même culture qu’eux. Un type dont ils auraient pu avoir envie de suivre l’exemple. Professionnellement, c’est aujourd’hui un homme mort. Assassiné par le récit anonyme d’une femme », fait savoir Caitlin Flanagan du journal qui établit une comparaison avec un «Revenge porn”, comme on désigne l’acte de rendre publics des détails croustillants ou des photos d’une relation intime par pur esprit de vengeance.

Et à se demander derrière cette révolution fantastique des femmes à qui profite le crime ? Bien entendu qu’il y’a des porcs et derrière les porcs, il y a hélas des loups, des loups qui chassent en meute, des loups qui utilisent le sujet pour solder d’autres comptes.

Au final, il faut balancer son porc, certes, mais il faut veiller à ce que cela ne vire pas à la chasse à l’homme, à la revanche, à la vengeance… Il faut en effet balancer son porc, mais attention à certaines truies… parce que, elles aussi, elles peuvent exister.

Aziz Boucetta et Mouhamet Ndiongue

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