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Economie |

Publié le 19 janvier 2018

Abdellatif Jouahri et Mohamed Boussaïd expliquent la flexibilité du DH, et se veulent rassurants

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Lui, c’est Mohamed Boussaïd et il est ministre des Finances, et à côté de lui, Abdellatif Jouahri, wali de la banque centrale de son état. Les deux sont à la barre pour défendre le nouveau régime du dirham. « Régime flottant ? », demande tout le monde ; « non », répondent à l’unisson les deux responsables, « seulement flexible ». Le problème reste entier, même si les explications se veulent apaisantes et rassurantes.

A les entendre, un avenir fleuri attend l’économie marocaine. Ainsi, l’introduction de la flexibilité du dirham aura une répercussion heureuse sur la croissance, de l’ordre de 0,2%, et même l’inflation s’en portera mieux (0,4%). Lisant dans les pensées de son auditoire, lors de cette conférence de presse commune, le patron de Bank al-Maghrib affirme que le Maroc restera loin, très loin, des inflations à deux chiffres relevées ailleurs. L’exemple de l’Egypte est dans tous les esprits.

« Ce n’est pas un flottement, c’est une flexibilité », martèlent à l’unisson Abdellatif Jouahri et son lointain successeur au ministère des Finances Mohamed Boussaïd, qui répètent autant de fois qu’il le faut que cette première phase d’un flottement – pardon, d’une flexibilité –  oscillant dans un tunnel de 5% (+/- 2,5%) a été fondée sur un certain nombre de pré-requis  (niveau des réserves de change, inflation…). Et la seconde phase, jurent-ils la main sur le cœur, ne sera mise en application que si les autres pré-requis  requis sont au rendez-vous.

Et puis, il ne faut pas avoir la mémoire courte, rappelle M. Jouahri, rappelant dans son accent inimitable que « le dirham s’est apprécié de plus de 7% par rapport au dollar et a reculé de 5% face à l’euro sans que personne ne s’en aperçoive »… Renchérissant, le ministre a martelé que le Maroc dispose d’atouts, et que ces atouts sont le développement de l'industrie, la hausse des exportations et la compétitivité du commerce extérieur. Tout le monde pense au programme dit « d’accélération industrielle », mais personne n’en parle, par pudeur sans doute.

Alors le supposé très sobre wali de la banque centrale se laisse aller à son humour bien connu… « Le flottement est l’objectif ultime, et ressemble au mariage chez nous. Nous en sommes à une simple ‘commande’ (rachm en VO), et le reste du parcours nous attend, comme les présents (hadiya), les échanges, la cérémonie, l’acte, et tout ce qui s’en suit... ». Puis il poursuit, mais c’est  nettement moins convaincant : « Un mariage, c’est un acte volontaire, non imposé ; il est voulu, souhaité, désiré ». Sauf que cela reste à prouver : parfois, la famille, avec un « f », comme « FMI », peut imposer certaines choses, mais on ne le dit jamais.

Allez, souvent, même un mariage « suggéré » réussit… restons optimistes et croyons nos grands argentiers, ultra-diplômés et sur-expérimentés, quand ils nous prédisent un avenir rose. Sauf qu’ils ne s’avancent pas à propos de la seconde étape, quand la question a été posée. « Nous continuerons à observer, à évaluer, à faire des projections, et puis nous aviserons si nous poursuivons la progressivité de cette flexibilité/flottement, ou non », disent en substance les deux hommes.

En somme, faire des comptes, ne jamais cesser de réviser et corriger ces mêmes comptes, avec en filigrane une reddition des comptes.

AB

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