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Publié le 10 janvier 2018

Maroc-Turquie : Où va l’allégeance (de certains députés) du PJD ?

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On le sait, le Maroc a décidé de suspendre les exonérations de droits de douane sur certains produits textiles provenant de Turquie, pour une période d’un an, pour permettre aux textiliens marocains de « souffler » face à cette concurrence agressive à laquelle nos entreprises n’étaient pas forcément préparées. Tout le monde a applaudi cette décision courageuse du gouvernement, à l’exception d’un certain courant du PJD, dans un long article envoyé aux médias par le secrétaire général adjoint (et député) Slimane Elomrani…

Dans cet article publié sur le site officiel du PJD et intitulé « application des droits de douane sur les vêtements turcs… des questions inquiétantes », l’auteur – el Mahjoub Lal – commence par présenter cette décision comme étant conjointe et prise isolément entre les deux ministres des Finances et du Commerce et de l’Industrie. Ce n’est donc pas le gouvernement qui a décidé de cela, estime le site du PJD, et pour cause : le gouvernement est dirigé par le PJDiste Saadeddine Elotmani. En revanche, les deux ministres épinglés par l’article sont RNI.

L’auteur cite un député PJD, en charge des questions financières au sein du groupe parlementaire, Mohamed Khiyyi, qui argumente que la décision a été prise sans préalable et sans préparation, mettant en péril les importateurs des produits textiles turcs. M. Khiyyi se garde évidemment de préciser qu’en avril dernier, l'AMITH (Association Marocaine des Industriels Textile/Habillement) avait commandé une étude montrant le dumping dont font montre les exportateurs turcs, bien que le dumping soit expressément interdit dans l’accord de libre-échange de 2006, liant Rabat et Ankara.

A ce propos, le directeur général de l’AMITH Mohamed Tazi a déclaré ce matin chez nos confrères d’Atlantic Radio que « le Maroc est un Etat souverain qui, quand on lui fournit la preuve que des dommages graves interviennent, actionne tous les leviers en sa possession pour agir ».

Mais le député Khiyyi, chargeant sabre au clair, brandit les grands arguments du manque de confiance futur en le Maroc et du climat des affaires qui sera affecté par cette mesure. Puis il s’interroge sur la raison qui préside au choix de la seule Turquie. A aucun moment, il ne prend fait et accuse pour les quelques 50.000 emplois perdus au Maroc du fait de la concurrence agressive et pas toujours légale des Turcs.

Puis on en arrive à Taïeb Aïss, président de l’association Amal pour les entreprises, qui se présente quelquefois comme concurrente de la CGEM et qui évolue dans l’orbite du PJD. Pour lui, les textiliens au Maroc se divisent en industriels et en importateurs, et il eût fallu à son sens que le gouvernement consulte les deux parties. Mais il omet de préciser qu’en termes de postes de travail, un industriel  emploie bien plus de personnel qu’un importateur. Enfin, argument « massue » de M. Aïss : « on augmente les droits de douane contre les produits d’un pays dans le cadre de la réciprocité ou de la réaction ». Un Etat, selon le président d’Amal, décide d’ériger des barrières douanières contre votre industrie, alors vous lui appliquez la même chose ; pour M. Aïss, il faut rester dans la passivité et non dans la défense de ses produits, de son emploi et de son économie. Et c’est exactement ce que font les Turcs d’Erdogan, dont l’agressivité – voire l’arrogance – est bien connue.

Mohamed Khiyyi va plus loin, en suggérant que la décision du gouvernement, et non de deux de ses ministres, a été prise pour favoriser d’autres importateurs de produits textiles (français, espagnols…) concurrents des Turcs.

On connaît l’amitié d’un certain courant du PJD avec son homonyme turc, allant même jusqu’à lui emprunter son nom. On connaît aussi la proximité du PJD du temps d’Abdelilah Benkirane avec les islamistes turcs, et on se rappelle que l’ancien chef du gouvernement, avant même de se prononcer ès -qualité sur le coup d’Etat de  2016, avait signé une condamnation ferme des putschistes au nom du PJD, en sa qualité de SG du PJD alors.

D’où la question : où vont l’allégeance et l’appartenance de ce courant du PJD, prompt à critiquer, voire dénoncer, et même condamner tout ce qui touche à la Turquie d’Erdogan, véritable maître à penser et modèle de certains PJDistes ? Question subsidiaire : en prenant la défense des textiliens turcs avant leurs homologues marocains, la Frange du PJD concerné ne fait-elle pas d’une pierre deux coups : Porter haut Erdogan et son PJD, et frapper insidieusement Saadeddine Elotmani, encore mal-aimé au sein de son parti… par ce même courant…

Cela étant, si Moulay Hafid Elalamy et Mohamed Boussaïd luttaient un peu mieux contre les rentes de situations, voire même les situations de rente, dénoncées par le même Mohamed Tazi, le secteur s’en porterait certainement mieux…

Aziz Boucetta

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