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Publié le 31 décembre 2017

Jerrada : la société marocaine entame sa crise d’adolescence, par le Dr Jaouad Mabrouki

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Lorsque j’essaie de psychanalyser le nouveau comportement de la société marocaine en tant qu’entité individuelle, en me basant sur les événements survenus ces derniers mois, je constate qu’elle traverse une véritable crise d’adolescence ! Elle hausse la voix, qui devient alors grave,  portante et imposant son opinion dans le fonctionnement global du système national.

Bien entendu, une crise d’adolescence ne peut échapper à une confrontation entre le pouvoir parental et les exigences d’indépendance identitaire de l’adolescent.

L’adolescence n’est pas un trouble de comportement, ni une révolution contre les parents. Elle est plutôt une phase de mutation au monde adulte. Par ailleurs, le pouvoir parental dans notre société est « dictateur » et cherche à garder toute son autorité sur l’enfant en le dévalorisant, le violentant, en ignorant son avis, en décidant pour lui, sans le consulter, car elle le considère comme un « idiot » irresponsable qui ne sait rien. Ainsi l’adolescent hausse la voix et défie, non pas  les parents, mais le pouvoir parental !

Si les parents étaient bien préparés pour accompagner l’adolescent en tissant avec lui un dialogue, en le considérant comme un être à part entière qui possède des capacités latentes inimaginables, en l’accompagnant par l’encouragement, en l’aidant à révéler ses capacités enfouies en lui, en le traitant comme un membre de la famille aussi important que les autres, en discutant avec lui sur tout ce qui le concerne et qui concerne aussi la famille… S’ils faisaient tout cela, les parents n’auraient pas à vivre une épreuve de force permanente avec leurs adolescents.

Continuer au moment de l’adolescence une éducation traditionnelle à sens unique, basée sur le rapport « commandant/commandé » est impossible ! Effectivement,  l’adolescent ne supporte plus la dictature du pouvoir parental et de la hogra et se révolte alors, mais uniquement pour exprimer ses doléances, sa souffrance et son étouffement !

Je considère la société marocaine comme un seul individu. Lorsque j’observe le changement de son comportement depuis quelques années et surtout ces derniers mois, je remarque qu’il s’agit du même comportement que celui d’un adolescent qui commence à agir de manière inhabituelle en usant de nouvelles expressions,  et cela m’évoque ce que tous les parents répètent « je ne reconnais plus ma fille, on dirait une autre, elle nous manque de respect et ne nous crains plus ! ».

Je viens de visionner une vidéo sur ce qui se passe à Jerada, dans laquelle une petite fille prend le micro, hurle et exprime des souffrances du quotidien, en pleurant face à la foule ! Ceci est totalement inédit dans le comportement de la société marocaine ! Cette nouvelle manifestation comportementale sociale m’a rappelé la crise de colère de l’adolescent, lorsque chaque partie de son corps s’agite aussi. La voix de cette fille n’est autre qu’une partie du corps social marocain qui défend indépendamment ses droits.

Nous ne devons pas considérer la crise d’adolescence comme une révolution contre les parents et  nous ne devons pas être en guerre avec les adolescents. C’est là le piège dans lequel tombent les géniteurs. Nous devons au contraire prendre cette crise comme une expérience positive, nous permettant le passage d’une étape à une autre, bien meilleure : c’est une phase de transition ! La crise d’adolescence nous permet de remettre en question le système du pouvoir parental (et non les parents)  et la dynamique relationnelle, afin d’évoluer vers un autre rapport « responsable/responsable » au lieu de « commandant/commandé ».

Nous remarquons tous comment finissent certaines crises d’adolescence (toxicomanie, prostitution, prison, suicide…) lorsque des parents refusent la consultation et le rapport « responsable à responsable ». D’ailleurs, ils répètent tous cette phrase « donc c’est elle qui va gagner si on lui demande son avis » comme s’ils étaient en guerre avec leurs propres adolescents.

Or, la consultation, en dialoguant entre petits et grands, reste le seul moyen de chercher ensemble la planification de la coexistence, du respect mutuel, de l’échange, de la responsabilité individuelle et collective, du sens d’appartenance sociale (une seule famille), de l’égalité dans les droits et dans les chances dans tous les secteurs, essentiellement l’enseignement et la santé, et enfin l’abolition de l’extrême pauvreté et l’extrême richesse.

Nous sommes tous les feuilles du même arbre, les gouttes du même océan. Tous des citoyens, tous des membres d’une seule famille.

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Le Docteur Jaouad Mabrouki est psychiatre et psychothérapeute à Meknès

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