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Maroc |

Publié le 24 décembre 2017

Un drame à Jerada tourne à la contestation sociale

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Vendredi 22 décembre, deux frères travaillant dans la mine de charbon désaffectée de Jerada (sud d’Oujda) œuvrent à ouvrir une conduite d’air, mais la mine est inondée par les eaux qui s’écoulent par le conduit percé. Les deux hommes périssent, et leurs corps ne sont extraits que le lendemain, suite à l’intervention, présentée comme sous-équipée, des éléments de la Protection civile. De fait, plusieurs milliers se regroupent et présentent des revendications sociales plus globales.

Histoire de la mine

La mine de Jerada a été ouverte en 1927, du temps du protectorat français. L’anthracite qu’on y extrait est l’un des meilleurs au monde par sa qualité, mais il y a  une vingtaine d’années, les pouvoirs publics ont décidé de fermer la mine car les coûts d’exploitation et d’extraction sont devenus beaucoup trop chers en comparaison avec le charbon importé.

La ville de Jerada, située à une soixantaine de kilomètres au sud d’Oujda, s’est alors vue progressivement dépeuplée, sa population passant de 1994 à 2014 de 60.000 âmes à un peu plus de 40.000.

Cela étant, 2 à 3.000 mineurs désœuvrés ont continué d’extraire avec leurs moyens de fortune les quelques 35.000 tonnes de charbon qu’ils vendaient annuellement au tout-venant, fours et bains maures, ménages, entreprises… Cette activité ne saurait se perpétuer sans le concours d’intermédiaires donc une sorte de mafia locale, qui ne peut agir non plus – à quelques kilomètres de la frontière algérienne – sans que les autorités ne soient informées. Mais elles ferment les yeux.

Le drame

Après le décès des deux jeunes hommes de 23 et 30 ans, il aura fallu plus de 24 heures pour extraire les corps des décombres. Mais leur famille a refusé toute inhumation avant l’engagement des autorités à trouver une solution à cette mine de Jerada. Les membres de la famille se divisent alors en deux clans, les uns affirmant que la religion commande d’enterrer les morts le plus rapidement possible, et les autres tenant à arracher un accord aux autorités.

Samedi 23 au soir, les pouvoirs publics tentent d’enterrer nuitamment les deux corps mais les manifestants les contraignent à reporter leur tâche. Et une manifestation en direction de la préfecture de Jerada a été organisée ce dimanche 24.

Selon Saïd Zeroual, de l’Association marocaine des droits de l’Homme, les centaines de manifestants réclament des solutions et des alternatives économiques, en l’occurrence des activités économiques qui évitent aux jeunes d’aller risquer leurs vies dans les tunnels de la mort, non renforcés, régulièrement inondés et particulièrement friables en cette saison des pluies.

Le gouvernement

Deux hommes sont morts vendredi à Jerada, leur famille a empêché leur inhumation samedi, et dimanche, une grosse manifestation s’est tenue aux abords de la ville. Mais le gouvernement semble être en weekend… Ni le chef du gouvernement Saddeddine Elotmani, ni son ministre aux mines Aziz Rabbah n’ont jugé utile de s’exprimer sur cette affaire. Et pourtant, l’heure est à la reddition des comptes et à la bonne gouvernance… et pourtant, l’affaire al Hoceima a déjà donné le « la ».

A suivre…

AB

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