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Maroc |

Publié le 21 décembre 2017

L’adhésion du Maroc à la Cédéao n’est pas gagnée… Les patronats ouest-africains hésitent

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En juin dernier, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ou Cédéao, donnait son accord de principe à l’adhésion du royaume. L’acte final d’admission devait être signé lors du 52ème Sommet, tenu la semaine dernière à Abuja. Mais les choses se compliquent pour Rabat, car si les dirigeants ouest-africains, dans leur majorité, sont d’accord, il n’en va pas de même semblerait-il pour les confédérations patronales.

Au-delà de l’enthousiasme de départ et de l’engouement à la perspective d’une intégration africaine et d’une meilleure coopération sud-sud, les entreprises et les secteurs sociaux commencent à prendre la mesure de cette adhésion sur les économies des 15 pays déjà membres.

Ainsi, au Sénégal et au Nigéria, les craintes commencent à émerger de voir les équilibres économiques déjà fragiles se déliter un peu plus. Pour les organisations patronales nigérianes, le constat est simple : le Maroc n’est pas un pays à économie industrialisée, mais en revanche il a signé une soixantaine d’accords de libre échange avec d’autres nations dont les produits manufacturés risquent d’inonder les 15 économies de la Cédéao. Quant à l’agriculture, les Nigérians craignent de voir l’avantage du Maroc dans ce secteur étrangler les économies agraires de la Communauté.

De plus, et avant même la tenue du 52ème Sommet de la Cédéao (photo), un Comité  regroupant, notamment des organisations patronales et professionnelles, des syndicats de travailleurs, des associations de la société civile et des représentants du monde universitaire de certains pays, avait été mis en place pour examiner la nouvelle donne constituée par l’entrée du Maroc sur l’appareil de production et l’emploi des 15 pays.

En outre, certaines voix politiques, tout en se félicitant de la meilleure ouverture diplomatique que procurerait l’adhésion du Maroc, craignent toutefois une prééminence de Rabat sur la politique de la Cédéao, ainsi que l’ « importation » du conflit du Sahara dans cette Communauté. De plus, si le Maroc est admis, rien ne pourrait permettre de refuser une telle démarche à la Tunisie et à l’Algérie.

Et le document du patronat nigérian de conclure par cet appel à son gouvernement : « Nous appelons le gouvernement nigérian à déployer, dans l’intérêt national et de toute urgence, les mécanismes diplomatiques nécessaires pour mettre fin à la demande du Maroc de rejoindre pleinement la CEDEAO qui a été examinée par la Communauté lors de sa réunion de juin 2017 au Liberia ». En fait, l’arrivée du Maroc au sein de la Cédéao pourrait faire de l’ombre au leadership incontestable du Nigéria sur les 14 autres pays, et cela, les Nigérians n’en veulent pas !

Cet  appel résonne avec la décision prêtée au président sénégalais Macky Sall de « laisser faire les spécialistes », par l’étude et l’examen détaillé de l’étude d’impact réalisée en vue de la prise de décision finale. En effet, selon des sources du journal Le Quotidien, le président Sall a été l’un de ceux qui ont demandé que l’on laisse les techniciens faire leur travail et soumettre des conclusions qui leur permettraient de se prononcer sur la candidature de ces pays ; pour certains, les pressions du Conseil national du patronat (CNP) auprès du chef de l’Etat sénégalais y seraient pour quelque chose. 

Toujours est-il que si du côté marocain, on a vendu l’idée d’un Sommet extraordinaire de la Cédéao en janvier pour acter l’adhésion du Maroc, rien de tel n’a été mentionné dans le communiqué final du 52ème Sommet, qui a fixé la date de la prochaine réunion des chefs d’Etat, « ordinaire », en juin. Et plus inquiétant encore, cette annulation/report de la visite du roi Mohammed Vi en Guinée, sans raison ni justification.

Lire document de Cheikh Anta Seck sur l’étude d’impact de l’adhésion du Maroc à la Cédéao.

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