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Publié le 07 décembre 2017

Le PJD à la croisée des chemins, entre vanité et vacuité

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Le parti qui conduit le gouvernement tangue, et il tangue fort. On ne peut pas dire qu’il soit au bord de l’implosion, mais il est très sévèrement fissuré. En cause, même indirectement, le secrétaire général sortant Abdelilah Benkirane... Le conseil national extraordinaire du 25 novembre avait rejeté la motion d’amendement de l’article 16, qui limite à deux le nombre de mandats d’Abdelilah Benkirane, en fonction depuis 2008. Mais ses partisans sont montés au créneau, multipliant les recours contre le texte du secrétariat général et tentant de remettre en selle leur champion.

Dans son communiqué du 2 décembre, le secrétariat général avait insisté sur le fait que « le congrès a pour mission de se prononcer sur les points figurant à l’ordre du jour, que seul le Conseil national a le pouvoir d’élaborer ». Et le texte affirme que le secrétaire général lui-même avait appuyé cette thèse. Dès le lendemain, et sur la base de l’article 104 des statuts du parti, qui donne aussi compétence exégétique au secrétariat national pour ces statuts, les recours se sont multipliés et ont été soumis à l’instance nationale d’arbitrage (photo).

On parle d’une centaine de recours, et l’instance siège, semblerait-il, toujours, puisqu’elle n’a annoncé aucune décision d’acceptation ou de rejet des recours, de confirmation, ou non, de la position du secrétariat général sur le rôle du congrès et du conseil national dans l’élaboration de l’ordre du jour du congrès.

Aujourd’hui, une autre thèse a surgi dans le camp des partisans d’un 3ème mandat d’Abdelilah Benkirane. Elle est audacieuse ! Puisque l’article 16 figure dans les statuts, et que les statuts ont été adoptés en juillet 2012, sans effet rétroactif, comme le stipule l’article 105, alors  le secrétaire général élu en juillet 2012 vient d’achever son premier mandat, celui de 2008-2012 n’étant pas concerné par les nouveaux statuts. Il n’y a donc même pas lieu d’évoquer un 3ème mandat, puisque M. Benkirane n’en serait donc qu’à son second, s’il est réélu dimanche prochain. CQFD.

Le principal intéressé se tait, ne pipe mot, laissant entendre qu’il laisse faire, et que donc il consent à l’action de ses partisans. Il peut nier, ou faire nier, cela, les faits sont là. Et ses partisans, en désespoir de cause, en sont à se presser les neurones pour trouver des idées, les unes saugrenues, les autres non, mais toutes défendables. Les autres dirigeants du parti ne répondent pas au téléphone et ne s’expriment pas, sentant que quelque chose pourrit au PJD.

En effet, quelle que soit la décision de l’instance d’arbitrage, il y aura du remous lors du congrès attendu ce weekend. Si les recours sont rejetés, leurs auteurs pourront profiter de la tenue du congrès pour y jouer les agitateurs et exiger un vote entérinant leur recours ; ils pourraient même aller en justice pour tout contester. Si les recours sont acceptés, cela ouvrirait la voie à un 3ème mandat à M. Benkirane ou, mieux, à un grand discours où il refuserait ce mandat supplémentaire, ce qui lui permettrait de sortir par la grande porte. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui…

Laisser un parti comme le PJD ébranlé de cette façon pour le seul ego d’un homme, qui accepte cela en ne disant rien, et pour les ambitions de quelques-uns, qui poussent autant qu’ils peuvent, est d’une insoutenable légèreté. Indigne d’un PJD dont le mort d’ordre est pourtant « المعقول » (le sérieux).*

Aziz Boucetta

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