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Publié le 07 novembre 2017

Que se passe-t-il au PJD ? Ahmed Raïssouni s’interroge et répond

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L’ancien président du Mouvement Unicité et Réforme, la matrice du PJD et dont le PJD est le prolongement politique, Ahmed Raïssouni a fait une sortie remarquée sur sa page Facebook. Le thème ? Les heurts et malheurs prévalant aujourd’hui au sein du parti. Le théologien connu et exégète réputé, membre du plusieurs organisations internationales, apporte sa vérité sur la situation au sein du PJD.

Il commence par le constat que ces événements, somme toute internes au PJD, font les choux gras des médias, analystes, politiques  et autres commentateurs en tous genres. Puis il dresse une chronologie de la chose : le fameux « blocage » politique qui a, dit Raïssouni,  empêché le chef du parti de former son deuxième gouvernement, puis les élections législatives partielles, dont les PJDistes ont fait les frais, puis la révocation d’Abdelilah Benkirane et son remplacement à la tête du gouvernement par le Dr Saadeddine Elotmani, puis le second « blocage », interne cette fois au PJD, puis les différents débats et antagonismes en cours dans le parti, et essentiellement autour du « 3ème mandat ».

Beaucoup de choses ont été dites sur cela, et plus encore sera dit dans les semaines et mois à venir, dans tous les formats et tous les supports, numériques ou non, verbaux ou pas…

Et Raïssouni de raconter qu’un des siens étaient venu le voir, dernièrement, et ils ont parlé de ce désormais fameux « 3ème mandat ». Les deux hommes ont échangé et le visiteur a dit à son hôte : « Tu vois et analyses les choses selon l’angle théologique mais, sais-tu, la politique c’est autre chose »…

De la relation entre la prophétie et la politique

Ahmed Raïssouni explique que selon certaines écoles de pensée, et dans le domaine de la recherche de la sagesse et de la vérité, c’est la philosophie qui approche le plus de la religion, alors qu’en réalité c’est la politique qui est proche de la religion. En effet, si la philosophie a ses sagesses et ses vérités, elle emploie la pensée pour les établir et les imposer… alors que, contrairement à cela, religion et politique ont chacune leurs approches, et leurs manières de les imposer. Et c’est d’ailleurs pour cela, argumente Raïssouni, que la plupart des prophètes étaient également, d’une manière ou d’une autre, peu ou prou, des leaders politiques.

Puis, s’appuyant sur de grands théologiens, l’ancien président du MUR affirme que tant les politiques que les prophètes aspirent à améliorer et multiplier les bienfaits, et à atténuer et réduire les maux… Il va même jusqu’à citer Ibn Qayyim (13ème siècle) quand il affirme que « la politique est une partie et une branche de la charia ».

Quant à ceux qui ont éloigné la politique de la religion, et de sa morale, ce sont eux, insiste Raïssouni, citations à l’appui,  qui ont perverti l’action politique et éloigné les populations de tout ce qui est politique.

Ensuite revenant au Maroc, Ahmed Raïssouni rappelle que lorsque  certains des dirigeants du mouvement islamique moderne au Maroc avaient décidé de rejoindre les rangs de la politique, c’était pour lier la politique à la religion et réconcilier la morale à l’action politique, ce en quoi ils ont grandement réussi. Et de citer un professeur universitaire de Rabat en renfort de sa théorie.

Et de fait, se réjouit le théologien dirigeant de la mouvance islamique, avec les gens du PJD, les populations ont découvert une nouvelle approche de la politique, et une nouvelle conception de la gestion de la chose publique, dans les principes de « la participation et non la domination », « l’entraide »… Et tout cela a été reconnu et loué par tous, politiques, électeurs, décideurs…

Les débuts des dysfonctionnements

Mais après 2011 et les succès engrangés, Raïssouni a commencé à percevoir un autre langage chez ses « islamistes », celui du triomphalisme et celui de l’ego des puissants. Désormais, au PJD, on n’aspire plus au bien, mais au pire, dit Raïssouni… et cela est visible au parlement, où les discours ont baissé de valeur et de niveau, et au sein même du parti, où les réunions, électorales ou non, sont devenues de plus en plus insipides, pour ne pas dire plus… mais Raïssouni dit plus, qualifiant ces réunions de parti de stériles, agressives, sarcastiques…

Et tout cela a commencé, commente Raïssouni, avec le décès d’Abdallah Baha fin 2014, qui a laissé un grand vide, le défunt ayant de tous temps été et en toute circonstance le modérateur, celui qui tempère et rapproche les vues, apaisant tous sur tout. Mais du fait que le langage ordurier a pris place et est devenu la règle au sein du parti pour affronter les adversaires, sans que personne n’y trouve rien à redire, jusques-y compris au sein du secrétariat général, il s’est alors imposé comme méthode de dialogue entre grands et petits au PJD et plus seulement pour affronter les compétiteurs/concurrents.

Et les choses sont allées assez loin pour qu’aujourd’hui, nous assistions à des attaques ad hominem  portées contre des membres fondateurs qui ont subi les affres de la lutte et du militantisme politiques.

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