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Publié le 05 novembre 2017

Tout cela pour un baiser, un simple baiser ?, par Kawtar Bentaj

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Qui peut nier avoir été attiré, dans son enfance ou son adolescence, par une jeune fille de son entourage ? Qui oserait oublier s’être passionné par l’amour d’une jeune fille au printemps de sa vie ? Qui peut dire qu’il n’a jamais volé un baiser furtif d’une jeune fille, dans leur jeunesse, ou au moins avoir vaguement tenté, ou solidement pensé, ou réellement envisagé, de le faire ? JE ne pense vraiment pas que quelqu’un ait pu vaincre ses instincts et envies charnelles lors de son adolescence, dans cette ô combien délicieuse transition entre l’enfance et la découvert de soi et de son corps !

Nier des actes aussi affectueux, aussi tendres, aussi doux, qui nous effrayaient jadis à leur simple évocation dans nos pensées, des actes que nous faisons ressurgir dans nos mémoires, aujourd’hui, avec une délectation assumée, des actes qui nous ont fait comprendre notre être et notre corps… nier tout cela serait étaler au grand jour cette schizophrénie qui nous habiterait, surtout lorsque l’on commente un doux baiser entre deux adolescents, et encore plus quand on accable la partie « faible » de l’étreinte, celle du sexe éponyme, en maugréant que « si c’était ma fille, je l’aurais tuée »…

Et de fait, la société a occis, aujourd’hui, une jeune adolescente, âgée de 16 printemps, pour avoir échangé un baiser avec un de ses camarades de classe… elle l’a tuée, en dépit du fait que ce baiser a été échangé dans une salle de cours. Cette jeune fille de Meknès a été mentalement détruite par son exclusion de son établissement, une exclusion définitive… Puis elle a été encore plus sauvagement ravagée par la foultitude de commentaires daechiens, par les quolibets de ses amies, par la stupeur de ses parents, par le fait qu’elle ait été sanctionnée elle et non son « partenaire » de baiser, étant entendu que l’exclusion ne doit la frapper ni elle ni son camarade.

Nous tous aspirons à l’amour et nous tous en avons besoin, en cette époque où nous sommes même incapables de nous aimer nous-mêmes, alors a fortiori aimer quelqu’un d’autre que nous. En chacun de nous vit un sentiment de beauté, un besoin de tendresse, peut-être un baiser furtif mais un baiser qui caresse nos sens les plus profonds, et qui bat avec notre cœur, en silence, en souffrance, attendant ce moment magique où il sortirait à la surface de nous, de notre être, en dépit du temps, des contraintes. Et des gens.

Exclure une jeune fille et mettre un terme à ses études en raison d’un câlin est une chose inadmissible ! Recevoir l’annonce d’une exclusion, qui retentit comme un coup de tonnerre, comme la foudre, et se savoir seule exclue, est une discrimination négative, à une époque où tous ne parlent que de discrimination positive en faveur des femmes et des jeunes filles, au nom de cette nouvelle approche du genre, seule à même de libérer et de laisser s’épanouir la moitié des membres de notre société.

Il faut dénoncer ce qui s’est produit, le dénoncer et même le condamner. Ce qui s’est produit est en effet tragique et indique que celui qui a pris cette funeste décision de sanctionner est un être malade requérant les soins d’un Dr House marocain au fait des troubles et émois de notre société !

Exclure des jeunes élèves n’est aucunement une solution et cette décision qui a été prise montre l’étendue de l’ignorance de l’enseignante et du directeur – et quel directeur ! – des méthodes pédagogiques les plus élémentaires pour traiter un fait que je considère comme tout à fait naturel et ordinaire dans l’existence de tout un chacun. Cette sanction prise sans réfléchir se réduit à une sinistre réaction épidermique, voire capricieuse,  qui ne prend aucunement en considération l’avenir d’une jeune fille dans une société impitoyable !

N’aurait-il pas été meilleur de voir cette enseignante attirer l’attention des jeunes tourtereaux sur le fait qu’une salle de cours n‘est pas l’endroit idoine pour échanger un baiser… et n’aurait-il pas été sain et salvateur que cette enseignante « saisisse » l’occasion de ce câlin pour le transformer en occasion de dispenser à ses jeunes un cours d’ « éducation sexuelle », si cruellement absente dans les programmes scolaires et si dramatiquement proscrite dans les esprits de celles et ceux qui les conçoivent ?

Il aurait été si bon que le directeur et l’enseignante se remémorent leurs années de jeunesse et leurs souvenirs d’adolescence, qui les auraient conduits à plus de magnanimité, peut-être même amusée, qui les auraient amenés à mieux appréhender ce cas « exposé » devant eux. Cela aurait d’autant plus salvateur que ces deux personnages ont revêtu les habits de juges, officiant dans un tribunal aux décisions aussi terribles que leurs conséquences sont graves.

N’aurait-il pas été possible pour ces deux responsables de prendre une décision plus douce que celle consistant à détruire le doux souvenir d’un doux baiser, que la jeune élève aurait pu un jour raconter, avec nostalgie et douceur, avec humour et bonne humeur, à ses amies, lors d’une de ces soirées  « en pyjama », entre filles ?

L’enseignante et le directeur n’ont-ils donc rien trouvé dans la circulaire de leur ministère sur la discipline, en dehors de l’exclusion, en guise de sanction contre les deux jeunes élèves ? Il semblerait que les membres de la commission de discipline n’aient pas lu cette circulaire jusqu’à sa dernière page, pour s’enquérir des mesures y préconisées en cas de faute, et qui prévoient de soumettre l’élève indiscipliné, en dehors de ses heures de classe, à des sanctions alternatives, comme les travaux d’intérêt général, le nettoyage de la cour et des salles,  des travaux de jardinage ou en bibliothèque, ou encore dans les réfectoires…

Rappelons et insistons sur le fait que la fameuse circulaire du ministère affirme ceci : « Bien évidemment, les mesures disciplinaires doivent préserver la dignité et à al considération de l’élève concerné, qui ne doit être soumis à aucune forme de mépris ni exposé à un quelconque danger ».

Et  en se fondant sur l’esprit et la lettre de la circulaire que je dis à ceux qui ont pris la décision d’exclure la jeune fille qu’ils ne se sont pas conformés aux instructions de leur ministère et, pire encore, qu’ils se sont rendus coupables d’offense et de trouble psychologique pour la jeune élève, qui en gardera des séquelles toute sa vie durant en raison de cette honte qui l’a accablée suite à son affaire… mais honte, honte encore et honte toujours sur les responsables qui ont fait cela !

Avoir décider d’exclure une jeune fille pour cause d’un baiser, même si le ministère est revenu sur cette décision, est, reste et sera toujours un mépris pour l’amour et, a contrario, un encouragement à la haine en cette époque où les appels à la haine fleurissent et prospèrent. Et il se trouve que c’est le grand corps, la grande famille de l’enseignement, qui est supposé former et éduquer pour les protéger contre ces pensées obscurantistes !

Cette décision approfondit les nœuds et les complexes que nourrissent déjà les jeunes adolescents, elle encourage l’abandon scolaire et toutes ses néfastes conséquences. Tout ce qui aura été fait dans le domaine de l’Education nationale est mis à mal, malheureusement, par ce genre de décision irréfléchie et irresponsable.

Kawtar Bentaj est journaliste à Mowatine.com

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