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Publié le 10 octobre 2017

Un Comité exécutif de « cohabitation » pour Nizar Baraka ?

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Fin donc, de l’homérique lutte au sein de l’Istiqlal pour la « déchabatisation »… Mais tout ça pour ça ?, pourrait-on dire… Certes, c’est Nizar Baraka, ancien ministre des Finances et aussi des Affaires générales, et actuel président du Conseil économique, social et environnemental, qui a été triomphalement élu secrétaire général. Mais avec qui dirigera-t-il le parti fondé voici près de 80 ans par son grand-père Allal el Fassi ?

En effet, le Comité exécutif sorti dans la douleur dans la nuit du 8 au 9 octobre est déséquilibré, et relevant totalement du nouvel homme fort du parti, le maire de Laâyoune Hamdi Ould Rchid. Ce dernier a été élu avec le plus grand nombre de voix au Comité exécutif, soit 710 sur un total de 1.285 membres du Conseil national. A ce titre, il peut briguer, et il briguera très certainement (ou adoubera quelqu’un pour le faire à sa place), la présidence de ce Conseil national, qui est la plus haute instance décisionnelle après le congrès.

Hamdi Ould Rchid a fait élire sur sa liste ceux qu’ils voulaient, et sa famille biologique est arrivée en force au sein du Comité exécutif, à commencer par son fils Mohamed et son gendre Miyara Niîma, par ailleurs chef du syndicat de l’Istiqlal, l’UGTM. Deux autres Sahraouis figurent désormais dans l’instance suprême du parti, Chiba Mae al AInine et Meryem Mae al Ainine. On compte aussi le clan Qayyouh, avec la fratrie Abdessamad et Zineb, qui est objectivement allié à celui d’Ould Rchid.

Nizar Baraka souhaitait, à l’en croire, fédérer autour de lui les courants les plus importants, dont celui de « Bila Haouada » (sans répit), porté par la famille el Fassi mais agrégeant les potentialités et compétences du parti. Las… un seul membre de ce courant a accédé au Comité exécutif, en l’occurrence l’homme d’affaires Hassan Sentissi.

Quant au courant dit de la « 3ème voie », représenté par les anciens « Chabatiens » Abdelkader el Kihel, Abdallah Bakkali et Adil Benhamza, il a été purement et simplement balayé, comme les hommes de Chabat lui-même.

L’ère Chabat est donc bel et bien révolue. Place à celle de Nizar Baraka, mais quel pouvoir aura-t-il ?

En effet, dans la liste des élus au Comité exécutif, figurent des dirigeants qui doivent tout à Hamdi Ould Rchid, et qui ne risquent pas de se retourner contre lui, comme cela avait été le cas pour Hamid Chabat, qui avait dû affronter la rébellion de ses anciens soutiens, comme Yasmina Baddou et Karim Ghellab, eux aussi élus au CE.

Ainsi, Ould Rchid peut compter sur la loyauté extrême de son fils Mohamed, de Miyara Niîma, d’Abdessamad et de Zineb Qayyouh, d’Abdellatif Abdouh, de Hassan Sentissi qui lui est très proche, de Noureddine Mediane, de Chiba Mae Al Ainine et de Meryem Mae al Ainine, d’Aziz Hilali et de Yasmina Baddou, ce qui fait 11 personnes sûres, en plus de lui-même.  Baraka devra compter avec cette donnée… Lorsqu’on voit la composition de ce Comité exécutif, on constate que c’est un Comité de cohabitation, Nizar Baraka n’ayant pas encore de véritables réseaux au sein du parti…

Ce qui est en revanche assez consternant, c’est de constater qu’ils ont été 481 membres du Conseil national à avoir accordé leur suffrage à Abdellatif Abdouh, vice-président de la Commission de la Justice à la Chambre des Conseillers, dans laquelle il siège depuis 1997. L’homme est ancien président de la commune Menara Guéliz (1997-2003) et il est condamné en première instance à 5 ans de prison pour corruption et détournements de fonds publics, et aussi abus de confiance. Ce n’est pas spécialement un signe d’espoir et d’espérance que renvoie le parti à l’opinion publique.

Les Istiqlaliens s’enorgueillissent d’avoir démocratisé leurs instances, et de les avoir ouvertes aux jeunes et nouvelles compétences, mais on constate quand même la présence des familles, à défaut des clans : ainsi de la famille Ould Rchid (3 membres), Qayyouh (2), le frère d’Ansari, celui de Hjira, tous ayant la bénédiction de Hamdi Ould Rchid.

A en croire un ancien membre éminent du parti, l’enjeu sera aujourd’hui pour Nizar Baraka de tempérer les ardeurs gouvernementales d’Ould Rchid. « Oui, l’Istiqlal voudra entrer au gouvernement, et Hamdi Ould Rchid poussera dans ce sens, mais comment réagira Nizar Baraka ? Telle est la question ». On attendra donc la réponse dans les mois qui viennent, car rien ne pourra être décidé avant les décisions qui ne manqueront pas de tomber concernant al Hoceima, et les choses ne se clarifieront qu’après le congrès électif du PJD, quand on saura qui est le nouveau chef de ce parti, un Benkirane reconduit mais forcément affaibli ou Elotmani, consacré secrétaire général mais lui aussi affaibli, pour d’autres raisons…

AB

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