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Maroc |

Publié le 21 septembre 2017

Plus de détails sur la rencontre Saadeddine Elotmani/CGEM

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Le 19 septembre, le chef du gouvernement Saadeddine Elotmani recevait au siège de la présidence du gouvernement une forte délégation de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), conduite par  sa présidente Miriem Bensalah Chaqroun. Une rencontre plus approfondie que celle du 12 avril, mais une rencontre où des choses ont été dites, et surtout ressenties par le patronat. En trois heures, on échange beaucoup d’idées…

Ainsi, pour Abdelkader Boukhriss (photo ci-dessous), président de la Commission fiscale de la CGEM, qui participait à la rencontre, « il fallait relancer les discussions entre gouvernement et patronat, bloquées depuis deux ans, durant lesquels les deux parties ne communiquaient qu’à travers les médias ». Il y a urgence en effet, sachant que 37.000 emplois ont été détruits cette année, un record, et sachant aussi que le pays a réalisé en 2016 une croissance de 1,2%, ce qui est très faible, mauvaise pluviométrie ou pas.

Cela fait 5 mois que le gouvernement Elotmani a été investi par le parlement, et cela fait 5 mois que le chef de ce gouvernement écoute, se concerte, prospecte et discute. Cela n’est pas une mauvaise chose en soi, en  cela que le métier de chef du gouvernement est un métier à plein temps qui s’apprend… Et cela s’apprend avec les professionnels.

Avec la CGEM, le principal était donc de relancer la dynamique des concertations et des échanges de points de vue, et sur ce plan, tout y est passé, et principalement la réforme fiscale à mettre (enfin) en œuvre, les mesures pour relancer l’investissement et les incitations pour la création d’emplois.

Mais le plus important dans cette réunion, au-delà des décisions, par essence difficiles, voire impossibles à prendre dans des laps de temps aussi courts, est la perception du nouveau chef du gouvernement, accompagné par des ministres ayant fait partie du gouvernement précédent, par les patrons, en place eux depuis plusieurs années. A ce propos, Abdelkader Boukhriss  explique que « Saadeddine Elotmani est un chef du gouvernement qui  prend le temps d’écouter, aussi bien ses interlocuteurs externes que ses ministres.  Il joue le rôle de chef d’orchestre et dirige les partitions de ses ministres pour leur donner un sens global ».

En effet, nous l’avons souvent dit et nous le redisons encore, à la différence d’Abdelilah Benkirane, qui était un chef du gouvernement exerçant ses fonctions d’une manière personnelle et autoritaire, s’attirant plusieurs fois les foudres de ses ministres, Saadeddine Elotmani  encourage le débat entre ses ministres, privilégie la concertation et opte pour les décisions prises en groupe.

Par ailleurs, la délégation de la CGEM a également demandé au chef du gouvernement de se pencher sur la problématique de l’administration. Ecoutons Abdelkader Boukhriss : « Le discours de Sa Majesté le Roi, en louant le secteur privé dans son discours du Trône, nous a conduit à prendre la mesure de nos responsabilités ». Autrement dit, le secteur privé fonctionne bien et devrait encore mieux fonctionner, et pour cela, il faut qu’il y ait en face une administration efficiente. D’où la nécessité de mettre en œuvre les orientations royales. Pour cela, les patrons ont demandé à Saadeddine Elotmani de « réfléchir et prendre des mesures pour simplifier les démarches administratives aux entreprises, accélérer la digitalisation des procédures administratives, ouvrir des voies de recours contre les refus d’autorisations ou les retards de l’administration et limiter, voire supprimer, tous les doublons administratifs, comme les incessants renvois et allers-retours entre services».

Le chef du gouvernement s’est engagé à  mettre sur pied un comité pour examiner ces problématiques. Une commission, alors, pour mieux enterrer la chose ? Réponse pleine d’humour d’A. Boukhriss : « Non, ce sont les commissions qui enterrent, pas les comités ».

Enfin, pour la charte d’investissement, présentée devant le roi Mohammed VI en juillet 2016 par le ministre du Commerce et de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy, ce dernier s’était engagé à en intégrer les différents éléments dans la loi de Finances en cours d’élaboration.  Le chef du gouvernement, soucieux d’aller vite malgré des apparences d’attentisme, l’y encourage. Et la CGEM aussi.

Ainsi, et contrairement aux  syndicats qui commencent déjà à tirer à boulets (presque) rouges sur le gouvernement et son chef,  les patrons semblent bien disposés à l’égard d’Elotmani et sont plutôt satisfaits de son approche pleine d’écoute attentive et de posture prospective, avant d’adopter une politique active.

Aziz Boucetta

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