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Maroc |

Publié le 10 septembre 2017

Un samedi après-midi avec Saadeddine Elotmani

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Une rencontre comme on en fait peu dans ce pays et comme on devrait en faire plus… le chef du gouvernement Saadeddine Elotmani recevait chez lui ce samedi 9 septembre  à sa résidence de fonction à Rabat une demi-douzaine de journalistes, pour discuter de choses et d’autres, deviser de l'état des lieux au Maroc, du PJD, du gouvernement, de la majorité et des difficultés. Le tout dans un cadre informel…

Saadeddine est le numéro 2 de l’Etat, nominalement, et le numéro 2 du PJD, peut-être temporairement. A ce double titre il a des choses à dire. Mais cette conversation n’était pas officielle, et était donc détendue…  fort heureusement d’ailleurs car avec les différents problèmes actuels, un peu de détente ne peut faire que le plus grand bien, pour changer un peu…

Et puis il y a la personne et la personnalité du personnage. Cela aide et cela change d’avoir un chef du gouvernement psychiatre de formation et érudit par passion, qui vous sert souvent une splendide langue de bois… laquelle passe mieux avec une cuillerée de sourire et deux prises  d’humour, une avant le thé, une pendant et deux après. Saadeddine Elotmani a ce don de reconnaître l’existence de tous les problèmes mais de les contextualiser autant qu’il faut.

Tout y passe, à bâtons rompus. On n’apprend rien d’exceptionnel mais on prend la mesure d’un personnage disposé à écouter, et qui écoute beaucoup, énormément, et parle sobrement, sourire à l’affût et assurance en bandoulière. Les problèmes seront-ils résolus pour autant ? Sans doute, peut-être pas, mais l’intention y est. A l’impossible, nul n’est certes tenu, mais à la persévérance et à la persistance, tout le monde, chef du gouvernement compris, chef du gouvernement surtout, est obligé.

Pour les couacs entre majorité gouvernementale et gouvernement, que l’on a récemment vus au sujet de certaines affaires douteuses, Saadeddine Elotmani répond calmement qu’ « il faut faire une distinction entre le gouvernement et les députés… ». Comprendre ici qu’un élu doit s’adresser à ses électeurs et que pour cela, il fait de la politique, au sens le plus trivial. Elotmani est serein, et croit en sa majorité et en la loyauté de tous, même quand des questions de députés peuvent bousculer.

Elotmani est méthodique et studieux. Il prend le temps d'étudier ses dossiers et demande des benchmarks nationaux ou internationaux, cela dépend de la nature des dossiers qui arrivent sur son bureau. Humble, réservé, il démarre son action dans le plus pur style du médecin qui doit savoir quoi traiter avant de décider comment le traiter.

Avec ce chef du gouvernement, on revient à la normale, si on puit dire… Un responsable qui écoute, réfléchit, prend le temps de laisser mûrir, et agit, loin de toute impulsivité et en dehors de toute agressivité. Ainsi, questionné sur les deux grandes problématiques que sont la flexibilité du dirham et la décompensation du sucre, du gaz et de la farine, Saadeddine Elotmani est confiant, laissant entendre que tout se fera, mais le moment venu, comme pour l’éducation. Et comme Mustapha el Khalfi était entretemps venu, ce dialogue s’instaura entre ce dernier et son chef :

- « Nous en sommes au « combientième » gouvernement, Khalfi ?

- Au 31ème, Ssi Saadeddine…». Elotmani se tourne alors vers les journalistes et, son sourire amusé ne le quittant pas, il nous lance : « Et vous voulez me voir faire en 4 mois ce qui prend des années ? »…

Contrairement à un enseignant qui assène des vérités, violemment au besoin, un psychiatre prend le temps d’établir son diagnostic. Aussi, pour la question des banques et de leur engagement, réel et sans détour, en matière de financement des investissements, le chef du gouvernement explique que les choses sont en réflexion, de même que pour l’évolution du système de couverture médicale RAMED, et d’autres grands chantiers aussi.

Cela étant, on relève deux informations importantes : sur le plan fiscal, le chef du gouvernement semble favorable à l’introduction d’un IS progressif, mais l’écueil est la réduction des ressources budgétaires. Au niveau du parti, et sans dire qu’il aspire au secrétariat général du PJD, il affirme qu’il ne se désistera pas s’il y est désigné, car dans son parti, personne ne se porte candidat.

Pjdiste jusqu’au dernier neurone, Saadeddine Elotmani parle avec le plus grand respect de son prédécesseur Abdelilah Benkirane, le met en valeur et valorise son action, de même qu’il précise que son équipe n’a pas changé avec son arrivée au siège de la présidence du gouvernement. Même chef de cabinet, mêmes collaborateurs/trices et mêmes conseillers/ères.

Le grand problème que connaît aujourd’hui Elotmani, mais dont il ne parle jamais, est qu’il doit faire oublier que la politique n’est pas un spectacle, fait de petites phrases, de grandes envolées et d’incessantes pitreries populistes, voire sexistes. Pour cela, il doit agir, et vite. Il semble vouloir s’y atteler, même si la conjoncture sociale, politique et politicienne ne l’y aide pas nécessairement…

Allez, on va le dire… Saadeddine Elotmani privilégie et soigne le style quand son prédécesseur Abdelilah Benkirane brandissait et maniait le stylet.

Aziz Boucetta

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