Panorapost



Opinions |

Publié le 29 août 2017

« Nous avons besoin d'actes forts pour faire vivre au quotidien les acquis de la réforme constitutionnelle » (Mohamme

Partager cet article :

À quoi vous attendiez-vous avant le discours du 20 août?

L'expérience m'a montré que développer une pensée politique n'est pas une chose aisée. Surtout quand les fausses informations envahissent la toile et les réseaux sociaux. Comprendre et analyser une parole politique nécessite de la distance et de la retenue, et cela est d’autant plus fort et vrai quand cette parole émane d'une personne qui incarne la permanence et la légitimité populaire, en particulier dans les moments de doute et de crise politique. Le Roi a consacré le discours du 20 août à l'Afrique, c'est une manière de rappeler les choix stratégiques du Maroc.

L'Afrique est notre espace naturel, là où se trouvent les gains de croissance. C'est là aussi où se concentrent tous les défis de l'humanité. C'est donc là que le Maroc  doit affirmer son leadership. Mais cette stratégie suppose que le Maroc va se débarrasser des pratiques et des oripeaux du passé. L'Afrique a besoin de démocratie et dans  sa stratégie africaine le Maroc se doit d'être un exemple sur le plan démocratique et de l'État de droit.

Pourquoi selon vous le roi n'a pas évoqué la situation intérieure du pays?

Le discours de la fête du Trône du 29 juillet a été entièrement consacré à la situation intérieure. Sans ambages, avec la plus grande clarté, Sa Majesté s'est fait l'écho de la colère sourde  qui ronge la société. Il a pointé du doigt toutes les carences, toutes les entraves, toutes les gabegies dont souffre les Marocains, et qui font obstacle au développement économique et social et à la mise en œuvre des acquis de la réforme constitutionnelle de 2011. Revenir donc, à quelques jours d'intervalle à l'occasion de la fête de la Révolution du Roi et du Peuple  du 20 août, sur la situation interne, c'est prendre le risque de vider le discours du 29 juillet de sa substance, et de la force qui l'a caractérisé. Le discours du 29 juillet va infuser, et compte tenu de son caractère exceptionnel, il constitue un événement politique majeur. Et comme l'a dit Engels  : « chaque événement crée sa logique ».

Le discours du 29 juillet est en soi un discours qui entraînera une nouvelle logique. C'est pourquoi les effets de ce discours ne manqueront pas de bousculer les vieilles habitudes et l'atonie de notre classe politique dont les  réactions ne poussent jamais l'audace au-delà du coup  de gueule médiatique. Les partis politiques ont raté beaucoup d'occasions  pour faire vivre notre constitution. Les exemples ne manquent pas et j'en citerai UN qui résume à lui seul l'atonie régnante de la classe politique compte tenu de l'actualité.

Lors de la mise en place de la cour constitutionnelle, et conformément aux dispositions en la matière, le Roi à choisi six personnalités parmi lesquelles une femme alors que le parlement, émanation des partis politiques, n'en a nommé aucune, au mépris de l'article 19 de la constitution et laissant penser que la celle-ci ne s'applique qu'au Roi. Cela donne forcément le sentiment  que la majorité des hommes qui forment la classe politique ne veut pas appliquer la constitution au détriment de leurs ambitions personnelles.

Nous avons besoin d'actes politiques forts pour faire vivre au quotidien les acquis de la réforme constitutionnelle. C'est le rôle des partis politiques.

Quel est selon vous la prochaine étape du traitement de la question d’al Hoceima ...?

Dans l'accumulation des inégalités sociales et des souffrances toutes les sociétés se radicalisent. À Al Hoceima, en plus de la fragmentation sociale, la mort tragique d'un des leurs a entraîné une réelle souffrance et un traumatisme. La mort de Mohcine Fikri est dans toutes les mémoires. Elle constitue, qu'on le veuille ou non, une circonstance atténuante qui doit bénéficier à tous ceux et celles qui ont été arrêtés lors des manifestations. On peut difficilement parler de prochaine étape car les événements d'Al Hoceima  doivent être analysés dans le cadre du processus démocratique engagé par le Maroc et surtout pas en dehors de ce processus.

L'État ne doit pas rester seul face aux manifestants car son obligation de maintien de l'ordre public lui laisse peu de marge de manœuvre. Il faut agir de concert avec les organisations collectives, qu'elles soient politiques, syndicales ou associatives. C'est là une occasion pour les partis politiques de retrouver de la vitalité en proposant des actes politiques forts, comme par exemple  une initiative de loi d'amnistie pour les prisonniers d'Al Hoceima. Une telle démarche serait à même de ramener la sérénité tout en accélérant les projets de développement économique créateurs d'emplois, dans le cadre d'une bonne gouvernance.

--------

Mohammed Abdi est militant associatif et ancien conseiller spécial du gouvernement français

Partager cet article :

Commentaires