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Maroc |

Publié le 12 août 2017

La rocambolesque histoire de Mohamadi Chellah, victime de la « terreur » de Charles Pasqua

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Il s’appelle Mohamadi Chellah, il est Marocain et il résidait en France où il travaillait dans le bâtiment. En 1994, l’ancien ministre de l’Intérieur français Charles Pasqua avait décidé de « terroriser les terroristes » et suite aux attentats des Algériens sur le territoire français, il avait mis tout le monde dehors, sans vraiment se donner la peine de vérifier… Dans le lot, Mohamadi Chellah, un Marocain qui s’est retrouvé exilé au… Burkina Faso !

On le sait, quand les Français font la guerre au terrorisme, ils sont davantage dans la com’ que dans l’action et l’efficacité… Et cela remonte aux temps de Charles Pasqua, le rugueux ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, puis d’Edouard Balladur. Nous sommes alors dans les années 90, et cinq Français avaient été assassinés à Alger. La situation était tendue et le terrorisme algérien battait son plein, en Algérie et par extension, en France aussi.

En août 1994, donc, M. Chellah (sur la photo en Une, au centre, avec une barbe) avait vu sa vie basculer… Père de huit enfants et trésorier d’une association islamique de la Croix-des-Oiseaux à Avignon, il avait été pris dans un vaste coup de filet qui avait aussi embastillé des informaticiens, des maçons, ou des pharmacies… Il avait été interpellé aux aurores en sortant de chez lui, alors qu’il partait travailler sur un chantier. Placé dans un centre de détention, la justice et l’administration françaises ne savaient pas trop quoi en faire. Mais comme l’une de ses filles s’était à l’époque mariée à un membre du Mouvement de la jeunesse islamique marocaine, qui prônait un islamisme tourné vers la violence, son sort était scellé. Et vive la Françafrique, triomphalement portée par Blaise Compaoré, qui avait accepté de le recevoir… Pasque avait dû en parler à Driss Basri, son homologue et ami marocain.

Et depuis, Mohamadi Chellah croupit dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, la France refusant de le voir revenir et lui souhaitant repartir en France…

Mais ses avocats ont continué de travailler, et en 2011, par une décision signifiée à Mohamadi Chellah, la justice “enjoint” le ministre de l’Intérieur « d’abroger l’arrêté d’expulsion du 17 août 1994 dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement ». Sa présence ne faisait donc plus courir aucun risque à la France, où il n’avait d’ailleurs jamais été interdit de séjour. Ce qui revient à penser que son exil devait s’achever en cette année de grâce 2011. A condition bien sûr qu’il décroche un visa. Ce ne fut pas le cas.

Mohamadi Chellah a donc décidé de revenir au pays, grâce entre autres à l’action du Conseil national des droits de l’Homme. Ce samedi 12 août, l’avion dans lequel il avait pris place à partir d’Ouagadougou a atterri à Casablanca, et l’exilé forcé a trouvé à son accueil deux membres du CNDH, Mbarek Afkouh et Abdeslam Chefchaouni, selon notre confrère Mowatine.com, le premier à avoir rapporté l’information.

Ce Rifain d’origine, heureux de retrouver sa terre natale, a tenu à exprimer ses remerciements au secrétaire général du CNDH Mohamed Sebbar, qui s’était occupé de son cas et en avait personnellement supervisé l’évolution.

Quand la raison d’Etat et Charles Pasqua se rejoignaient, des vies étaient, comme celle de Mohamadi Chellah, bousculées. Durant 23 longues années où il n’a pas vu sa famille s’agrandir pour compter près de 30 membres, entre enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants (photo ci-dessus). On ne connaît pas encore les souhaits du septuagénaire, mais on peut d’ores et déjà prédire qu’il restera, finalement, au Maroc.

AB

 

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