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Publié le 07 août 2017

Discours du roi, Hirak, Blocage, Benkirane dit tout à Fès

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C’est la sortie la plus forte de Abdelilah Benkirane depuis qu’il a été démis de la présidence du gouvernement. Cela s’est passé dans la soirée du dimanche 6 août à la 13ème   rencontre nationale de la jeunesse du PJD organisée à Fès sous le thème "la démocratie d'abord".  Sur  un ton grave, le secrétaire général du PJD a fait le tour de la situation politique et partisane du pays, l’occasion pour lui d’envoyer des messages tantôt clairs tantôt codés à qui de droit.

Benkirane a commencé son discours en saluant la jeunesse de son parti et «le bien qu’elle apporte au parti et à la société». «Votre rencontre aujourd’hui en ce moment, aussi nombreux, avec cette chaleur et dans cette ville bénie est la preuve que le PJD n’est pas un parti qui ne se réunit que pour l’organisation de ses congrès», a répondu Benkirane dans une allusion claire à la critique formulée par le roi lors du dernier discours du trône à l’encontre des partis politiques.

"Je ne me réjouis pas du discours du roi"

Il est revenu ensuite sur le discours qu'il commente tout en expliquant qu'il ne le commentera pas…  «Je ne veux pas vous parler comme si de rien n’était […] non, la situation est grave, je ne peux pas vous mentir. Il y a des choses désolantes, des choses qui font mal, des choses qui ont poussé Sa Majesté le Roi à faire un discours rude sur les partis politiques, l’administration et un certain nombre d’acteurs dans la société», a expliqué Benkirane à une audience majoritairement jeune.  L’ancien chef du gouvernement a poursuivi sur le discours du roi en affirmant «je ne suis pas de ceux qui se réjouissent des discours durs, et je suis contre cela. A contrario, celui qui se réjouit de ce genre de discours a besoin d’un psychiatre comme Ssi Saad (Saadeddine El Othmani, ndlr) qui prend des coups et s'en réjouit». Et d’ajouter qu’«il y a une façon positive de prendre les discours rudes, c’est les prendre comme un nouveau départ».

Benkirane a ensuite rappelé l’histoire de l’ascension politique de son parti. En passant de 14 députés lors des législatives de 1997 à 42 en 2002 avant que n’arrive le drame en 2003 avec les attentats terroristes de Casablanca. Une époque lors de laquelle certains milieux politiques voire étatiques avaient envisagé l’idée de dissoudre le PJD. Une idée qui ne s’est pas concrétisée finalement après le refus du roi, insiste Benkirane.  Les pressions se sont maintenues sur le PJD, notamment en imposant au PJD de ne pas se représenter dans un nombre de circonscriptions aux communales de 2003. Un évènement qui sert à Benkirane pour expliquer le faible taux de participation aux législatives de 2007 qui avait atteint 37% des inscrits aux listes électorales. Selon Benkirane qui cite une analyse de son défunt ami Abdellah Baha, «la société a répondu à ceux qui disaient qu’ils pouvaient, à eux seuls, diriger,  qu’ils n’en étaient pas capables ; et à nous (PJD, ndlr) que nous sommes d’honnêtes gens, mais qui n'en peuvent  mais».

"Al Hoceima est un crève coeur"

Bien qu’il s’est dit heureux que le gouvernement actuel soit dirigé par Saadeddine El Othmani, Benkirane s’est néanmoins demandé : «si on a bien lancé des enquêtes sur des projets de développement freinés, pourquoi ne pas ouvrir une enquête aussi sur le blocage qui a duré 5 moins et qui a arrêté tout le pays». Et pour montrer patte blanche à la fraction de son parti qui l’accuse de rivalité avec Saadeddine El Otmani, le chef du PJD a affirmé que « le plus important dans tout cela est que nous soyons venus aujourd’hui moi et le Dr Saad. Vous devez comprendre ce message».

Sur al Hoceima, il a dit que ce qu’il lui arrive «crève le cœur […]les Hoceimis sont nos frères, et les forces de l’ordre nos frères», Abdelilah Benkirane a interpellé le roi pour qu’il intervienne et régler la situation à al Hoceima. «Avec ses prérogatives, il peut intervenir et régler ce problème. Il saura ce qu’il y a lieu à faire, parce qu’à chaque fois qu’on est égarés, on revient à Sa Majesté, et il ne peut pas nous en vouloir pour cela. C’est pour ça que Dieu l’a placé là où il est ».

Dans une  envolée lyrique, l’ancien chef de gouvernement a affirmé qu’il est encore prêt à payer le prix de son engagement «et s’il fallait que nous le payons d’une façon différente à celle qu’on est en train de payer maintenant, on est prêts». Pour lui « il y a toujours un moment où les porteurs d’idées finissent par payer le prix de leurs idées […]il n’y a aucun parti qui peut faire ‘’une assurance tout risque’’ pour que ne lui arrive jamais rien»

« Lors du congrès de 2008, on ne savait pas qui allait gagner, moi ou Saad, la course vers le poste du secrétaire général et rebelote en 2012 ; il n’y a rien sans liberté et sans indépendance. On doit se remettre en cause et s’il faut que nous revoyions notre constitution, on va la revoir, pour savoir qui est responsable de qui et qui parle à qui» a-t-il affirmé avec ambiguïté sur le mot constitution : S'agit-il de "leur constitution", au sein du PJD, ou de la Loi fondamentale du pays ?  Abdelilah Benkirane maintient le suspense sur un 3ème mandat à la tête du PJD.

Nizar Bennamate

 

 

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