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Maroc |

Publié le 03 août 2017

La moralisation de la vie publique passe, inévitablement, par celle du parlement

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Après le très musclé discours du Trône délivré le 29 août, les choses sont claires, et elles devraient désormais plus l’être. En effet, le champ politique, gangréné par des années, voire des décennies, de mauvaises pratiques, a donné ce qu’on voit aujourd’hui à al Hoceima, une population qui tourne le dos à la classe politique, en qui elle voit des incompétents au mieux, des véreux au pire, souvent les deux. Ce qui n’est pas le cas de tous les politiques, mais le Maroc gagnerait à faire le tri. Et le ménage.

« Si le Roi du Maroc n’est pas convaincu par certaines pratiques politiques, s’il ne fait pas confiance à nombre de politiciens, que reste-t-il, donc, au peuple ? »… Ainsi s’exprimait le roi Mohammed VI en ce 29 juillet, le ton grave et la mine sombre. Et bien le peuple, pour répondre à la question, est désabusé.

Quand on regarde la composition des deux Chambres du parlement, on constate que plusieurs élus de la Nation, des législateurs donc, sont soit poursuivis en justice, soit condamnés, soit en instance de condamnation. L’un des cas les plus emblématiques est celui d’Abdellatif Abdouh, ancien président istiqlalien de la commune de Menara Guéliz à Marrakech, condamné en février 2015 par la Cour d’appel de Marrakech à 5 ans de prison ferme pour corruption et abus de pouvoir. Durant tout son procès, il devait demander au parquet l’autorisation de quitter la ville pour aller… légiférer à Rabat.

Comment cet homme a-t-il pu se présenter aux élections de 2015 pour la Chambre des conseillers ? Par la loi… En effet, tant que son jugement n’est pas définitif, un citoyen a le droit de se présenter aux élections, car il bénéficie toujours de ses droits civiques. C’est le cas d’Abdouh, et le ministère de l’Intérieur, si tant est qu’il ait eu la volonté d’interdire sa candidature, n’aurait pas pu le faire. Mais si la loi est ainsi, il faut alors changer la loi…

Or, il existe une chose que l’on appelle la moralisation de la vie publique, qui relève elle-même de l’éthique politique. A ce titre, il appartient aux partis politiques de ne pas aligner des candidats à l’image d’Abdouh, ou de toute autre personne en délicatesse avec la justice. Mais il ne faut pas en attendre autant de nos partis politiques, quels qu’ils soient…

Il revient alors aux instances institutionnelles, parlement et surtout gouvernement, de présenter un projet de loi de moralisation, empêchant toute personne suspectée de faits comme la corruption, crimes, détournement ou abus de confiance, de se porter candidate aux élections. Il serait intéressant d’observer quels seront les partis qui refuseraient une telle proposition et, au vote à main levée, il serait encore plus édifiant de voir quels seront les élus qui voteraient non !

La Cour constitutionnelle pourrait certes retoquer une telle législation, mais les juges chevronnés de cette Cour seraient aussi inspirés de lire et de relire le discours du chef de l’Etat, de voir et de revoir les images d’al Hoceima, et de montrer de l’audace et de l’implication dans la moralisation de la politique au royaume du Maroc.

Aussi, que M. Saadeddine El Otmani, chef du gouvernement venant d’un parti qui a fait de la lutte contre le « fassad » son mot d’ordre, pense à introduire un tel texte de loi. La moralisation de la vie publique et de la classe politique commence par insuffler une sérieuse dose d’éthique aux législateurs, source d’un Etat de droit…

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