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Publié le 16 juillet 2017

Au Conseil national, Benkirane livre un discours presque résigné, mais tourné vers l’avenir du parti

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Lors de Conseil national extraordinaire du PJD, qui s’est tenu samedi 15 juillet à Rabat, le secrétaire général Abdelilah Benkirane a prononcé une allocution de plus d’une heure où il est revenu sur son départ du gouvernement, sur l’état du parti et sur les perspectives d’avenir. Tout le monde avait en tête, en l’écoutant, l’idée d’un 3ème mandat à la tête du PJD. Mais Benkirane a semblé plus mesuré cette fois. Verbatim

« Maintenant, je sais ce qu’est un homme blessé, et je sais aussi ce que signifie être sous pression », confiait voici quelques jours un ministre PJD en parlant de Benkirane. Et de fait, ce dernier a commencé son discours en revenant sur la période allant du 15 mars, date de sa révocation, au 15 juillet, jour du Conseil national extraordinaire, rappelant son refus de tenir les réunions hebdomadaires du secrétariat général. « Mais aujourd’hui, la réunion de notre instance, et ma présence, sont des éléments très positifs et une victoire sur nous-mêmes », lance Abdelilah Benkirane à la salle qui applaudit…

L’ancien chef du gouvernement est très profondément meurtri, même s’il affirme que ce n’est pas pour son départ du gouvernement. « Je n’avais pas eu le choix, et ai été obligé de tenir la réunion du SG, qui a failli dégénérer, et de Djeddah, j’ai pensé à vous envoyer ma démission », explique-t-il aux membres du CN.

Puis, soudain  combattif, Benkirane rappelle l’histoire de son mouvement, depuis les années 80 jusqu’à son passage au gouvernement, « réussi et avec des réalisations concrètes et très fortes », en glissant sur les événements de 2003 et les velléités de dissolution du PJD.

Pour lui, les troubles à al Hoceima ne sont dus ni à la non mise en œuvre des programmes de développement ni à rien de social ou d’économique, mais à la victoire surfaite du PAM, qui a vendu de l’illusion sans rien après.

Puis, revenant sur la situation difficile du parti, Benkirane affirme que « personne n’a traité personne de trahison,… mais des interprétations existent et des erreurs ont été commises, et moi j’ai dit que ceux qui peuvent aider  Saâdeddine (El Otmani) le fassent, et que ceux qui ne le peuvent pas se taisent. Mais quand il a fait sa majorité, je lui ai dit que je ne pouvais pas le soutenir, au risque de me désavouer, mais rien qui évoque la trahison de qui que ce soit »… Puis il ajoute qu’ « il y a des engagements avec SM le Roi, qui nous a fait dire par Saâdeddine qu’il voulait continuer de travailler avec le PJD, et aujourd’hui, le PJD est à la tête du gouvernement, au parlement en force, à la Chambre des conseillers, et il dirige toutes les grandes villes ».

Benkirane fait cet déclaration étrange : « On ne joue pas avec l’Etat car il est dépositaire des intérêts des gens, de la sécurité et de la stabilité, mais aussi parce que l’Etat est dur et rude ! (…) Cela ne veut pas dire qu’il faille qu’on ait peur, même si on est des humains et que les humains ont naturellement peur (…)… On paiera un jour le prix de nos succès et on le paie aujourd’hui ».

« Mais laissons derrière nous ce qui s’est passé avant, on n’en a plus rien à faire : nous avons notre gouvernement et notre parti est toujours unifié. Cela étant, nous sommes là pour réformer, ce qui est notre raison d’être ».

L’orateur est revenu sur la nécessité de la liberté, la liberté d’exprimer ses vues et ses opinions, sans intimidation ni menaces. « Les menaces de ne pas donner les investitures m’a inquiété et m’a fait mal plus que le départ de la présidence du gouvernement »…

Benkirane achève son allocution par les divers points qui sauveront selon lui le parti : la liberté, la vérité, la confiance, et le référentiel islamique. Puis il évoque les propos d’une chikha (danseuse populaire) qui a dit en substance qu’après la pluie le beau temps… « Une chikha comprendrait-elle donc les choses mieux que nous, les amis ? »… ET le secrétaire général s’en va, non sans que Saadeddine El Otmani lui rappelle de dire au revoir pour clore son mot !

Un Benkirane donc pas tellement en verve, assagi, accusant le coup des derniers mois. Un Conseil national pas très emporté par la fougue habituelle du chef du parti, applaudi 6 fois seulement en 66 minutes de discours, des salves molles et courtes, peu d’éclats de rire… L’ambiance des grands jours est derrière, mais le chef n’a pas évoqué, même allusivement, un hypothétique 3ème mandat, dans l’esprit de tous.

Benkirane aurait-il donc définitivement jeté l’éponge ? Les semaines à venir apporteront leur réponse.

AB

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