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Publié le 13 juillet 2017

Le PJD se prépare à son congrès, entre le « je », les jeux et les enjeux

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Le PJD est le parti politique qui dirige le gouvernement, et en constitue l’ossature, mais c’est aussi un parti en pleine tourmente, traversant une rude zone de turbulences. La cause en est le changement à la tête du gouvernement, d’Abdelilah Benkirane à Saadeddine El Otmani, ce fameux 17 mars, et l’enjeu en est l’identité du prochain secrétaire général du parti, entre un El Otmani qui semble vouloir l’être et Benkirane qui paraît vouloir le rester. Eclairages sur les prochains événements à venir dans la grande maison PJD.

La réunion du secrétariat général de ce 13 juillet

Après plusieurs semaines de gel de cette instance, les réunions ont repris depuis une quinzaine de jours. Dès après son départ du gouvernement, Abdelilah Benkirane était parti en Arabie Saoudite, et même après son retour, courant du mois de juin, il n’avait pas réuni l’instance exécutive du parti.

Depuis, plusieurs événements ont eu lieu.

1/ La réunion du SG de la semaine dernière avait donné lieu à des tensions entre les dirigeants du parti, les uns soutenant El Otmani, comme Mustapha Ramid ou encore Mohamed Yatim ou Lahcen Daoudi, et les autres comme Abdelali Hamieddine étant favorables à Benkirane. Mais favorables à quoi, concernant Benkirane ? A un possible 3ème mandat de l’ancien chef du gouvernement, à la tête du parti depuis 2008, et qui ne peut être réélu une seconde fois.

2/ Le discours de Benkirane devant des élus de son parti, le 1er juillet, a presque clairement laissé entendre que sa carrière « pourrait » ne pas être finie, lui qui, avant les élections législatives du 7 octobre dernier, avait dit dans une conférence « ne voir personne d’autre que (lui) pour remplir ses fonctions actuelles »… Entretemps, la donne a changé, le chef du gouvernement aussi, et aujourd’hui, on attend le vote du congrès.

3/ La convocation du Conseil national extraordinaire du 15 juillet. Elle a été annoncée par surprise la semaine dernière, en pleines tensions entre ce qu’il faut désormais appeler les deux camps en présence. Selon les informations disponibles, l’ordre du jour est axé autour de la préparation du prochain congrès électif, ce qui suppose des discussions sur l’organisation et la tenue des congrès régionaux, « où la base est acquise à Benkirane, mais où les élus locaux et régionaux restent attachés à la légalité statutaire du parti ». On en saura plus à l’issue du SG de ce jeudi soir.

Plusieurs questions se posent sur les jeux et les enjeux des six prochains mois, le congrès devant impérativement se tenir avant la fin 2017.

Comment le PJD élit son secrétaire général ?

C’est le Conseil national préparatoire et antérieur du congrès qui désigne les candidats au secrétariat général. Les membres, environ 250, remplissent un bulletin de vote avec plusieurs noms et, à l’issue du décompte, on retient les trois noms ayant engrangé le plus de voix. Il faut qu’ensuite les trois concernés marquent leur accord pour rester en course.

A titre d’exemple, en août 2014, lors du congrès du Mouvement Unicité et Réforme, l’aile de prédication du PJD, le nom de Saâdeddine El Otmani avait été retenu, mais ce dernier avait décliné, annonçant se consacrer à l’action politique et non prédicatrice.

Après  le 7ème congrès du PJD, en 2012, le Conseil national élu a élaboré son règlement intérieur qui indique en son article 38 que le secrétaire général est élu par les deux Conseils nationaux, le sortant et l’élu, selon la procédure décrite plus haut. Les postulants à la fonction ne se déclarent donc pas eux-mêmes, mais sont adoubés, puis ils annoncent leur accord, ou non, dans le cadre de ce qu’on appelle la « délibération ». Ce n’est qu’ensuite que le congrès se prononce sur les candidats restés en lice, et en élit un.

Cela étant, c’est là l’ancienne procédure, adoptée pour la seconde élection d’Abdelilah Benkirane en juillet 2012. Le même article 38 précise bien en son second alinéa que les modalités de candidatures, de délibération et de vote sont fixées par le Conseil national qui convoque le congrès. Il pourrait y avoir du changement pour le congrès 2017, et c’est là tout le problème. Comment Benkirane pourrait-il se faire réélire une seconde fois sans se déjuger et sans apparaître comme un vulgaire chef de parti marocain accroché à son poste qu’il ne quittera que contraint et forcé ?

Combien de mandats ?

Les statuts du PJD, adoptés lors du dernier congrès de 2012, fixent en leur article 16 le nombre de mandats à 2, tant pour le secrétaire général que pour le président du Conseil national. Seul le congrès peut amender les statuts, selon l’article 23 de ces mêmes statuts.

Or, le congrès ordinaire lui-même se réunit et travaille selon un ordre du jour établi par le Conseil national, sur proposition du secrétariat général. Selon les informations disponibles, les premiers échauffements ont commencé, augurant d’un secrétariat général houleux, et d’un Conseil national extraordinaire encore plus houleux, pour proposer l’amendement des statuts, en vue d’y introduire la possibilité d’un 3ème mandat, mais Benkirane lui-même avait souvent dit, du temps où il était au gouvernement, que le chef de celui-ci, s’il était du PJD, devait aussi être secrétaire général du parti.

Le « je », les jeux et les enjeux

Les enjeux de ce congrès tournent tous autour du nouveau chef du parti qui émergera de ce congrès à organiser en 2017. Les uns veulent maintenir Benkirane, même si ce n’est statutairement pas possible, et les autres estiment qu’il est plus logique qu’El Otmani revienne au secrétariat général, une fonction qu’il a occupée de 2004 à 2008.

Si les bases sont plutôt favorables à Benkirane, selon un responsable du parti, et après que les jeunes aient clairement indiqué leur volonté de voir le même  Benkirane rester à l’avant-garde du parti, le dirigeant explique que « les élus, locaux, régionaux ou nationaux savent bien que l’ère Benkirane est révolue, et qu’il est temps de changer de secrétaire général ». Le bras de fer, très feutré, a commencé, et on ne sait encore rien des rapports de force entre les deux camps.

Après la longue suspension des instances par Benkirane, sa démission du parlement, le récent renforcement du secrétariat général avec 4 nouveaux membres et son discours du 1er juillet, où il laissait entendre qu’il se verrait bien avec un troisième mandat, le « je » se pose dans la problématique du congrès ordinaire de la fin d’année. Avnta les élections, Abdelilah Benkirane avait explicitement  dit qu’ « il ne voyait personne d’autre que lui pour assumer ses fonctions », et le 1er juillet, il a dit et répété que les gens lui disaient de ne pas baisser les bras. Il a même repris ses boutades et ses plaisanteries, qu’ils avaient abandonnées après son départ du gouvernement.

Les jeux de pouvoir, eux, se font entre les différents camps, chacun essayant d’attirer le plus de soutiens vers lui. Les petites phrases fleurissent, les attaques au parlement se multiplient entre les députés et/ou conseillers, et les membres du gouvernement, acquis à El Otmani. Les indiscrétions  des uns fusent de part et d’autre sur les autres.

Il faudra donc attendre et observer ce qui va se passer ce jeudi 13 au secrétariat général, puis le surlendemain au Conseil national, pour savoir si Abdelilah Benkirane aura une chance de se maintenir en poste, ou s’il devra sortir de la scène politique. A cet effet, l’exemple du « père spirituel » du PJD, le Dr Abdelkrim Khatib, peut servir d’issue honorable ; en 2004, en effet, lorsqu’il avait quitté le secrétariat général du parti, ce dernier avait été fait président d’honneur.

Aziz Boucetta

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