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Maroc |

Publié le 02 juin 2017

Pourquoi le roi Mohammed VI a-t-il annulé sa visite au Libéria pour le sommet de la Cédéao ?

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Le Maroc avait présenté en février 2017 sa demande d’adhésion à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, en vue de rejoindre ce groupement de 15 pays, avec lesquels il entretient séparément de solides relations bilatérales. Le roi Mohammed VI devait se rendre au sommet qui doit se tenir ce weekend au Libéria, pour y recevoir la réponse de la Cédéao et aussi pour y prononcer un discours. Mais il vient d’annuler cette visite.

La raison est, bien évidemment, la présence de Benyamin Netanyahou à ce Sommet ouest-africain. Dans un communiqué de la diplomatie marocaine, il est précisé que Mohammed VI « souhaite que sa première présence à un Sommet de la Cedeao n’intervienne pas dans un contexte de tension et de controverse, et tient à éviter tout amalgame ou confusion ».

Pourquoi Netanyahou se rend-il au Libéria ? Parce qu’Israël a mis au point une politique d’implication sur le continent africain, pour y déployer ses hautes technologies dans différents domaines, essentiellement en agriculture. Et aussi parce que des liens étroits, et personnels, ont été noués entre la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, présidente aussi du Sommet de la Cédéao et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, sachant que le second avait reçu la première à Tel Aviv en juin 2016, lors d’une visite qui avait été remarquée en Afrique.

Mme Sirleaf est prix Nobel de la paix 2011, pour avoir contribué à restaurer la paix dans son pays ravagé par des années de guerre civile. Elle a donc été accueillie avec tous les honneurs dus à son rang et sa qualité de Nobel de la paix, et elle avait même rencontré Shimon Pérès. Les deux avaient parlé de paix, et Netanyahou lui avait assuré qu’il était prêt à faire la paix et à discuter avec les Palestiniens, ce que la Libérienne avait volontiers cru. Et l’avait invité à ce sommet des pays de la Cédéao.

Or, cette visite de Netanyahou au Libéria ne convainc pas grand-monde. Ainsi, plusieurs Etats membres de la Cédéao, dont le Sénégal, ont réduit au minimum leur présence à ce Sommet, en raison de la présence de l’Israélien, et d’autres ont fait part de leur étonnement face à cette décision d’inviter et d’accueillir Netanyahou au Sommet de la Cédéao. Et de fait, selon le communiqué des Affaires étrangères à Rabat, « des pays importants de la Cedeao ont décidé de réduire au minimum leur niveau de représentation à ce Sommet, en raison de leur désaccord avec l’invitation adressée au Premier Ministre israélien. D’autres Etats membres ont, également, exprimé leur étonnement par rapport à cette invitation ».

Et dans cette stratégie de l’entrisme israélienne, le gouvernement de l’Etat hébreu agit beaucoup à travers les médias. Ainsi, le Jerusalem Post avait-il laissé entendre une possible rencontre à Monrovia entre le chef de l’Etat marocain et le premier ministre israélien. Mais Mohammed VI reste prudent, un œil sur son front interne, opposé à toute « normalisation » avec Tel Avis, et un autre sur les sensibilités des pays amis. Ainsi, par exemple, le Sénégal, grand ami et allié stratégique de Rabat, est-il en froid avec Tel Aviv, Israël ayant retiré son ambassadeur à Dakar suite au vote du Sénégal en faveur d’une résolution de l’ONU en décembre 2016, condamnant les colonies israéliennes en Palestine. Le roi Mohammed VI ne peut décemment pas serrer la main à Netanyahou et discuter avec lui, alors même que celui-ci mène une politique de représailles contre le Sénégal.

Par ailleurs, Tel Aviv a clairement annoncé son intention d’entrer en Afrique, par le biais des domaines agricole et sécuritaire, mais cela était sans tenir compte de la perplexité de plusieurs nations face à cette politique.  Après s’être rendu au Rwanda, au Kenya et en Ethiopie, le chef du gouvernement israélien va aller au Libéria, puis au Togo, en octobre prochain, pour le 1er Sommet Afrique-Israël.

Après les Sommets Afrique-France, Afrique-Inde, Afrique-Chine, Afrique-Japon, les Etats-Unis arrivent, et d’autres encore devraient suivre. Cela donne plus de relief au discours de Mohammed VI sur les potentialités de développement Afro-africaines et alimente la méfiance à l’égard de ces pays riches qui viennent assurer une présence en Afrique, dans la prévision de s’installer durablement sur le continent.

Aziz Boucetta

 

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