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Publié le 18 mai 2017

Législatives françaises : au Maroc, les Marcheurs trébuchent

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Au Maroc, la politique a ses raisons que la raison ignore… et cela est vrai même quand il s’agit de la politique franco-française au Maroc, comme par exemple les élections législatives pour la 9ème circonscription des Français résident à l’étranger. La candidature d’En Marche pour le Maroc continue de poser problème, en raison de l’opacité dans les centres de décision à Paris. D’où cafouillage…

Ainsi, Mjid El guerrab, 34 ans, est-il le candidat (autoproclamé) d’En Marche, le mouvement du président Macron, pour cette 9ème circonscription. Cela était prévu d’avance, et depuis longtemps, avant qu’un grain de sable ne vienne gripper sa machine électorale, qui l’avait conduit un peu partout au Maghreb et en Afrique de l’Ouest durant la présidentielle. Et ce grain de sable est une dame nommée Leila Aichi, investie (ou auto-investie) au nom du « Président de la République, du MoDem et de la République en Marche ».

Or, sur le site de ladite République en Marche, le nom de Mme Aichi ne figure pas, ne figure plus... Pas plus d’ailleurs que le nom d’un quelconque candidat pour cette 9ème circonscription. Et voilà que Mjid El guerrab arrive. Lui, il est militant d’En Marche depuis longtemps et, à ce titre, il a été de tous les voyages d’Emmanuel Macron en Afrique pour les besoins de sa campagne. Or, Macron n’était pas venu du Maroc, et c’est du Maroc que les couacs d’En Marche apparaissent. Pas de lien certes, mais le constat est là.

Et ainsi, donc, El guerrab a déposé sa candidature, précise-t-il, au nom d’En Marche pour cette 9ème circonscription. Ce qui n’est pas confirmé par En Marche sur son site. Que signifie cela ? Qu’un accord a dû être passé entre les états-majors d’En Marche et du MoDem pour ne présenter personne contre Leila Aichi, proche de François Bayrou, président du MoDem et depuis hier Garde des Sceaux et ministre d’Etat. C’est dire s’il compte pour Macron…

El guerrab persiste et signe. « Je ne m’occupe que de ma campagne », affirme-t-il lors de sa conférence de presse tenue hier mercredi 17 mai au QG de campagne qu’il s’est choisi à Casablanca. Serein et souriant, ferme et confiant, il compte mener sa campagne à son terme, et il a de solides chances de l’emporter, puisque la 9ème circonscription regroupe 152.000 inscrits, dont 30% environ sont des Marocains (binationaux bien évidemment).

Conclusion en un mot comme en cent : Macron fait connaissance avec la vraie politique, en dehors des slogans de campagne et des professions de foi enflammées. Il a à gérer les égos et les ambitions, en plus des équilibres. Le Maroc semble ne pas faire partie de ses préoccupations immédiates. C’est une erreur dont il n’a pas encore conscience aujourd’hui, mais cela viendra… Laisser faire un accord pour épauler Mme Aichi, qui a les positions que l’on sait sur le Sahara, est une bourde politique à l’égard de Rabat, qui sait, quand il le faut, montrer sa mauvaise humeur, et qui en a désormais les moyens.

Pour l’instant, Les Marcheurs marchent peut-être en France, courent même, mais au Maroc, ils trébuchent, bafouillent, bredouillent, et bidouillent... El guerrab, diplômé de Science-Po Aix-en-Provence, cadre à la Caisse de Dépôts et Consignations, petit-fils de guerrab du Moyen-Atlas, déroule pourtant des promesses de campagne très intéressantes : baisse des frais de scolarité AEFE, exonération des frais fonciers pour non-résidents en France, et autres projets qui lui apporteront sans nul doute beaucoup de voix.

Réponse donc, le 4 juin, au soir du 1er tour d’une élection législative qui promet d’être aussi brutale que la présidentielle.

Aziz Boucetta

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