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Publié le 16 mai 2017

Hassan Mjidly : « Le budget accordé à l’enseignement est insuffisant pour répondre aux défis de l’enseignement public au Maroc »

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L’autorisation des enseignants du public à exercer de nouveau dans les établissements privés, le budget de l’enseignement sur le PLF 2017... Tels sont les axes débattus par le pédagogue et doctorant en sciences politiques et droit constitutionnel Hassan Mjidly, dans un interview accordée à Panorapost.com.

Le projet de loi de finances 2017 a consacré 3,8 milliards de DH pour le soutien des stratégies sociales dans l’enseignement et l’enseignement supérieur. Selon vous, ce budget est-il suffisant pour couvrir les lacunes du système éducatif ?

En tant que pédagogue, je trouve que ce budget ne peut absolument pas soigner les défaillances du système éducatif. 3,8 MMDH est un budget très faible si on le compare aux attentes des enseignants et du corps pédagogique dans son ensemble. Personnellement, j’anticipais une baisse du budget. Même les budgets consacrés au secteur avec les gouvernements précédents ne permettaient pas d’insuffler une nouvelle dynamique à la réforme du système.

Ceci est le résultat de la crise économique que vit le Maroc actuellement. On a remarqué que seuls deux parlementaires ont voté pour l’augmentation du budget de l’enseignement lors de la séance plénière de la Chambre des conseillers qui s’est tenue jeudi dernier… à méditer.

Comment percevez-vous la décision du ministre Mohamed Hassad sur l’autorisation des enseignants du public à enseigner dans les établissements privés? Quel sera l’impact de cette décision ?

Une telle décision est loin d’être efficace et ne peut en aucun cas participer à une quelconque réforme du système éducatif. L’impact sera négatif vu que la productivité des enseignants sera de moins en moins importante, et cela passera au préjudice de la qualité d’apprentissage de l’élève.

Mais pourquoi cette décision a-t-elle été prise ? Tout d’abord, la raison principale consiste dans la pression du « lobby » des écoles privées sur le ministère. Secundo, le département de Hassad écarte le scénario de la hausse des salaires, sous prétexte que certains enseignants des établissements publics gagnent plus d’argent en travaillant dans les établissements privés. Et les choses sont encore plus grave quand on sait que la situation économique actuelle ne permet de toutes les façons pas toute augmentation des salaires.

Le secteur privé doit contribuer à la promotion de l’enseignement public !

Tous les facteurs démontrent que l’Etat seul ne peut en aucun cas assurer une bonne gouvernance des établissements publics. La réforme de l’enseignement ne dépend pas seulement du ministère et des académies régionales, mais aussi de tous les acteurs sociaux des différents secteurs, à savoir les entreprises, les associations, et bien d’autres organismes.

Et le ministère de l’éducation nationale ?

Je suis conscient que le ministère est entre le marteau du financement et l’enclume de la situation sociale et administrative précaire des enseignants, qui ont manifesté leur mécontentement.

Sur ce point, il va sans dire que la réforme du système éducatif et la promotion de la qualité de l’enseignement s’articulent autour de trois axes :

- La révision de tous les programmes d’enseignement ;

- La réforme de la situation sociale et administrative des enseignant(e)s ;

- L’approbation d’un budget important pour appliquer les deux premiers axes.

Pour information, le levier quatre de la Charte nationale de l’éducation et de la formation stipule que l’école publique doit disposer d’une totale autonomie morale et matérielle, afin d’assurer une bonne gouvernance pour chaque établissement public. Si ce levier était respecté, les résultats seraient aujourd’hui meilleurs. Et cela est d’autant plus vrai que l’autonomie des établissements publics (primaire, collégial, secondaire qualifiant) va garantir une certaine qualité de l’enseignement, éviter les encombrements dans les classes, voire même promouvoir la productivité des enseignants.

Malheureusement, ces éléments relèveraient du miracle, du moins tant que la crise économique que vit le Maroc et le monde persiste…

Un autre constat qui a aggravé la situation de l’enseignement est la mal gouvernance du Plan d’urgence « appliqué », et qui a coûté à l’Etat 3,3 milliards de DH. Ce programme est un  échec et ses objectifs n’ont pas été atteints. Et de plus, je m’interroge sur le sort du budget concerné. Plusieurs violations ont été enregistrées dans l’application du programme de Plan d’urgence après l’enquête du Conseil supérieur de l’éducation.

(Propos recueillis par Imane Jirrari)

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