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Publié le 10 mai 2017

Jaâfar Heikel : « La démocratisation de l’alimentation accentue le mauvais comportement du consommateur »  

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Le médecin spécialiste en prévention des maladies infectieuses et maladies chroniques, épidémiologiste et professeur agrégé en médecine, Jaâfar Heikel décortique la tendance des consommateurs marocains, tant dans leur vie quotidienne que lors du mois de ramadan. Eclairages.

Comment peut-on percevoir la tendance des consommateurs marocains ?

La tendance actuelle de la consommation chez les Marocains est inquiétante vu que la plupart d’entre eux n’exercent aucune activité physique ou sportive.De même, la qualité et la quantité de nutrition ne sont pas bénéfiques pour le corps.

Un autre constat qui est important est la durée des repas. Certaines gens mangent plus vite, soit 7 minutes par repas, ce qui cause des problèmes de digestion, et ainsi le corps se trouve exposé aux maladies et à l’obésité.

Dans les vingt dernières années, c’étaient les maladies contagieuses qui causaient la mortalité. Actuellement, 75% des cas de décès au Maroc sont dus aux maladies chroniques, à savoir le diabète, l’hypertension artérielle, les cancers.

Les normes de l’apport énergétique ne sont pas respectées…

L’activité sportive demeure un facteur primordial pour la santé. Les statistiques du Haut-Commissariat au Plan sont alarmantes dans ce sens : 78% des Marocains ne font pas de sport !

En termes de chiffres, dans les années soixante, l’apport énergétique ne dépassait pas 2.100 calories par jour. De nos jours, les Marocains consomment plus, soit 3.200 calories quotidiennement. Plus le taux de graisse augmente, et plus on est exposé aux maladies, et donc à l’obésité.

Lors du mois de ramadan, la consommation est plus dense et les gens deviennent agressifs. L’apport énergétique peut aller jusqu’ à 4.000 calories par jours, alors que notre corps n’a besoin que 2.000 à 2.200 calories qui est la moyenne internationale de consommation énergétique chez les êtres humains. Les femmes, quant à elles, n’ont besoin que de 1.800 et 2.200 calories par jour, alors que les hommes nécessitent entre 2.000 et 2.500 calories par jour.

Ainsi, ces constats sont parmi les raisons majeures pour lesquels certains Marocains gagnent du poids lors du mois de Ramadan, au lieu de maigrir.

Il y a par ailleurs de deux types de transitions qui font que l’état de la consommation et la santé s’orientent vers l’obésité et la mortalité :

  • La transition démographique. A l’horizon de 2030, 15% de la population Marocaine aura plus de 65 ans.
  • La transition épidémiologique; l’accroissement des maladies infectieuses et contagieuses qui coûtent cher à l’Etat et les citoyens.

On ne parle plus de la malnutrition mais de la mal bouffe

En tant que médecin, j’observe de plus en plus des enfants obèses. Ce n’était pas le cas dans les vingt dernières années parce que les enfants souffraient de malnutrition.

S’ajoute à cela que les parents donnent souvent à leurs enfants des confiseries, des biscuits, ainsi que des produits chimiques sans les inciter  une activité physique régulière. 55% des jeunes de moins de 25 ans ne pratiquent aucune activité sportive. Les jeunes adultes ayant plus de 18 ans souffrent d’une hypertension artérielle, 10% souffrent du diabète, 29% souffrent de l’hypercholestérolémie ! Ces maladies sont liées directement à la qualité de vie et non pas aux facteurs génétiques, qui ne représentent que 18% de taux de risque.

En outre, l’OMS a fait savoir que la moyenne de consommation de sel ne doit pas dépasser 5 grammes quotidiennement. Au Maroc, cette consommation s’élève à 9 grammes par jour ! La même chose pour le sucre, la moyenne internationale de consommation de sucre s’établit entre 60 et 70 grammes par jour par personne, alors que le Maroc en consomme plus, soit 98 grammes, surtout quand il s’agit des sucres rapides (confiseries, gâteaux.)

Du coup, on est face à une certaine « démocratisation » de l’accès alimentaire, qui a accentué le mauvais comportement alimentaire.

Le stress « oxydatif » affecte les cellules

De nos jours, tout le monde est devenu stressé, peu importent la fonction et le statut social. Le stress « oxydatif » est un type de stress affectant les cellules, et causant ainsi plusieurs types de cancers, ou favorise l’apparition de cellules favorisant l’obésité.

Comment les Marocains devraient-ils donc se préparer pour Ramadan ?

Pendant le jeûne, le corps est déshydraté et en hypoglycémie. Il est donc recommandé de rompre le jeûne par un verre d’eau ou un jus naturel pour hydrater le corps. Ensuite, prendre une soupe de légumes ou Hrira, accompagnée de sucres rapides comme les dattes mais à quantité mineure, soit une ou deux dattes.

S’agissant du diner, il est conseillé de manger des protéines (viande, poisson, poulet), des légumes ou encore des lentilles, haricots, riz. Sans oublier, de l’eau pour hydrater le corps. Il est également conseillé de manger du yaourt, fromage, du pain complet ou encore les céréales.

Les Marocains font une inversion alimentaire pendant Ramadan

En effet, je ne pense pas que le jeûne au Maroc soit bien pratiqué au niveau alimentaire. Les Marocains ne jeûnent pas dans le vrai sens du mot. Pourquoi ? La plupart font une inversion alimentaire, vu qu’ils gagnent du poids. Ce qui n’est pas acceptable scientifiquement, car le jeûne devrait conduire à perdre du poids. Malheureusement, le mois sacré de Ramadan est devenu un concept de comportement social plus qu’un concept religieux.

Cette inversion alimentaire est la résultante de la perturbation du système digestif du corps. Pour les gens qui sont en bonne santé, il n’est pas du tout obligatoire de se réveiller à 4 heures du matin pour manger, parce que le degré de métabolisme décline et donc nous n’avons pas besoin de nourrir nos cellules.

Que pensez-vous des gens qui pratiquent le sport pendant le jeûne ?

Il est dangereux de pratiquer le sport pendant le jeûne parce que le corps humain est déshydraté et en hypoglycémie, ce qui cause des évanouissements ou des crampes.

Par contre, la marche est préférable. Je conseille aux gens de faire des activités physiques une heure ou une heure et demie après le ftour.

Le  jeûne est-il bénéfique pour les personnes ayant des maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle...) ?

Il est primordial de consulter le médecin dans ces cas. C’est plus la responsabilité du médecin que des consommateurs. A titre d’exemple, les personnes souffrant du diabète déséquilibré et ayant besoin de médicaments ne doivent pas jeûner. Chaque médicament possède des notifications pharmacologiques précises.

Pourquoi  constate-t-on autant de gens souffrant d’une faiblesse physique pendant le jeûne ?

Premièrement, la qualité du jeûne est catastrophique parce qu’on change notre rythme de vie et on ne dort pas bien. Le rythme social nous impose de ne pas respecter la moyenne de sommeil.

L’OMS signale que la moyenne de sommeil est de 8 heures par jour, précisément de 22h à 6h du matin. Au-delà, le sommeil n’est plus bénéfique et sa qualité décline.

Deuxièmement, la quantité de nutrition et la vitesse d’alimentation pendant le jeûne jouent un rôle majeur. On donne des ingrédients qui ne sont pas corrects pour le système digestif. Ce qui augmente le facteur de la fatigue et la faiblesse.

Des conseils pour le consommateur marocain ?

Il est primordial de lire les étiquettes des produits alimentaires achetés. Malheureusement, c’est très rare de remarquer un consommateur lisant les étiquettes des emballages et les gens n’en sont pas conscients.

Propos recueillis par Imane Jirrari

 

 

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