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Publié le 30 mars 2017

Gdim Izik – De quoi je me mêle, l’observateur ?, par Fadel Boucetta

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Se tient en ce moment à Salé, le procès dit des « événements de Gdim Izik ». Des observateurs étrangers sont accourus pour vérifier si les prévenus ont droit à un procès « équitable ». Pour rappel, (en bref), les faits ont eu lieu lors d'un démantèlement par les forces de l'ordre d'un campement non autorisé aux abords de Laâyoune en 2010. Questions:

1/ Il y a, dans l'Histoire du Maroc, les notions de « Blad Siba » ( terres de sédition, de révolte) et « Blad al Makhzen » ( territoire contrôlé par l'autorité légitime, à savoir le Sultan). La première notion a disparu depuis longtemps, en même temps que la construction d'un Etat moderne. Donc quand l'autorité prononce une interdiction, elle est dans son droit, et applique la loi, conformément aux textes en vigueur.

2/ Si des citoyens veulent protester, c'est leur droit, il est garanti et plusieurs moyens existent. S’ils entendent protester avec violence, l'Etat doit faire respecter l'Ordre public. Cela existe et se produit régulièrement partout dans le monde. En toute légalité.

3/ Le procès actuel est celui de citoyens qui ont poussé la protestation un peu trop loin. S'opposer à une décision, la contester avec vigueur, soit. Cela justifie-t-il que l'on égorge les agents des forces de publiques qui ne faisaient que leur devoir de maintien de l'ordre? Cela explique-t-il que l'on achève des blessés à terre ? Que l'on profane leurs cadavres ?

4/ Tenir un procès est déjà un gage de normalité ; sous d'autres cieux, les prévenus auraient été soit pendus haut et court sans autre forme de procès, soit lynchés.

5/ Il faut s'y attendre : le réquisitoire du Procureur général du Roi sera violent, dur, implacable, et nul doute qu'il requerra la peine capitale. Laquelle au Maroc n'est plus appliquée depuis des lustres, le Souverain la commuant en peine de prison à vie, quasi systématiquement. Question subsidiaire: qu'en sera-t-il pour des « tueurs de flics » (ou assimilés?)

6/ Donc tout va bien, et re donc...que viennent observer les observateurs? Qu'on n'a pas mangé les prévenus ? Qu'ils sont toujours en un seul morceau ? Que nos tribunaux sont très beaux ? Qu'on a changé l'uniforme et la casquette des nos policiers ? Qu'on sait comment fonctionne un tribunal, ses audiences, ses juges, avocats, experts...et tout ce genre choses ???

7/  Il attend quoi, l'observateur ? Il s'attend à quoi ? Que les prévenus soient acquittés, avec le sourire des juges et, en prime, un bisou de la greffière ?

8/ Et quand, en France, on jugeait les gars du FLNC, ou Carlos (terroriste pour certains, résistant pour d'autres), ou les combattants palestiniens, le Maroc envoyait-il des « observateurs » pour s'assurer que ces citoyens arabes ou musulmans, bénéficiaient bien des « garanties d'un procès équitable »? Et la France l'aurait-elle accepté, car en droit International, cela s'apparente à une interférence dans la souveraineté d'un Etat... (Genre : je juge, chez moi, mes propres citoyens, présumés coupables de meurtres commis sur mes agents, sur mon propre territoire ; de quoi je me mêle, l'observateur?)

9/ Un relent de colonialisme ne plane-t-il pas autour de tout cela ?

10/  ceci étant, il appartenait au Ministère de la Justice de refuser toute accréditation d'observateurs ou d'avocats étrangers ; libres à eux toutefois d'assister à toutes les audiences (elles sont publiques), dans les rangs du public.

11/ Il faut aussi relever que les observateurs sont quasi tous européens, surtout français (revoir le point 9). Hors, au Maroc, les débats judiciaires dans un tribunal n'ont lieu qu'en langue arabe. Question : ces observateurs sont-ils tous de parfaits arabisants (car il faut maitriser le classique et le dialectal dans ce genre de débats), ou ne sont -ils là que pour passer quelques jours de vacances au Maroc ?

Oua llahi, je ne sais pas.

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