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Publié le 19 mars 2017

Le communiqué final du Conseil national du PJD, mi-figue mi-raisin

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Les événements se sont accélérés depuis mercredi 15 mars, suite au communiqué royal mettant fin au mandat de chef du gouvernement désigné Abdelilah Benkirane puis à la nomination à sa place de Saadeddine Elotmani. Le conseil national du PJD s’est réuni samedi 18 mars en session extraordinaire et a publié un communiqué final, qui dit les choses et leur contraire.

Le communiqué revient sur la nomination du Dr Saadeddine Elotmani par le roi, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, et se félicite du bilan positif du PJD durant ces cinq dernières années au gouvernement. Il reprend les salutations royales au PJD et la considération du roi pour ce parti et pour ses membres. Voici les points retenus dans ce communiqué :

1/ Le parti salue la volonté du roi de privilégier le choix démocratique, de se référer aux dispositions constitutionnelles consistant à choisir une autre personnalité au sein du PJD pour la présidence du gouvernement.

2/ Le parti salue l’action de Benkirane et son esprit de sacrifice et d’abnégation pour l’intérêt supérieur de la nation, reconnaissant sa bonne conduite des négociations pour la formation du gouvernement, dans la logique constitutionnelle, la désignation du roi et le choix démocratique.

3/ Le conseil national atteste de son soutien au Dr El Otmani en tant que chef du gouvernement désigné, et aussi de son souci à poursuivre les réformes entamées durant les cinq dernières années. Le conseil réaffirme l’urgence à former un gouvernement, en réponse aux orientations du roi, un gouvernement fort, cohérent et efficace en tenant compte des dispositions constitutionnelles, du choix démocratique, et de la volonté populaire exprimée lors du dernier scrutin, et enfin un gouvernement qui bénéficiera de la confiance du roi.

4/ Le Conseil national salue les positions du secrétariat général durant les concertations passées pour la formation du gouvernement et lui délègue le pouvoir de prendre toutes les décisions pour accompagner les négociations du chef du gouvernement désigné, en fonction des données qui sortiront des nouveaux rounds de discussion. Le conseil national réaffirme son attachement à l’intérêt supérieur de la nation et consacre l’approche consensuelle dans un cadre qui ne porte pas atteinte aux fondamentaux du pays.

Que signifie ce communiqué ? Tout et son contraire… Que le parti revient sur les conditions de négociations de Benkirane, dans le sens de son refus de l’adhésion de l’USFP au gouvernement, et loue très fortement l’ancien chef du gouvernement désigné. Mais sous des dehors de maintien de la ligne dure du parti, le conseil national fait montre de bien plus de souplesse que du temps de Benkirane.

Mais le point 4 est important en cela qu’il délègue le pouvoir au secrétariat général d’accompagner El Otmani dans ses futures concertations, « en fonction des données qui sortiront des nouveaux rounds de discussion. Le conseil national réaffirme son attachement à l’intérêt supérieur de la nation et consacre l’approche consensuelle ». Et le conseil a aussi insisté sur le fait de former un gouvernement en urgence. Le Maroc ne peut effectivement pas attendre encore, indéfiniment…

Cela signifie que le PJD a bien lu, très bien lu même le communiqué du roi, dans lequel il évoquait d’autres options constitutionnelles. Si le PJD veut rester aux affaires, il lui appartiendra alors de se montrer moins intransigeant face aux exigences d’Aziz Akhannouch, chef du RNI et de la coalition en discussion avec le PJD. Si El Otmani maintient exactement la même position que Benkirane – qu’il n’apprécie pas beaucoup – son parti risque de passer à côté d’un nouveau mandat.

En effet, après avoir usé deux fois de l’article 47 et être resté scrupuleusement dans la logique de la méthodologie démocratique, en passant du numéro 1 du parti à son second, le roi peut basculer alors vers l’article 42, qui fait de lui « le garant du bon fonctionnement des institutions », et prendre toute décision à même de sortir le pays de l’impasse institutionnelle.

Enfin, et en dehors de toute idéologie ou posture, les membres du secrétariat général du PJD sont des hommes, avec leurs ambitions et leurs calculs. Aussi, et en dehors du souhait, de la volonté et même du désir de plusieurs d’entre eux d’entrer au gouvernement, ou d’y rester, il y a aussi le fait que le PJD ne sortirait pas gagnant d’une autre confrontation avec les autres partis. Les dirigeants de la formation le savent, et réagiront en conséquence…  en s’assurant une plase au gouvernement, ce qui n’’est pas négligeable.

AB

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