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Publié le 15 mars 2017

Et si Benkirane s’en allait ?...

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L’article 47 le dit, le roi l’a fait, et le chef du parti arrivé premier aux élections y a échoué. Cinq mois de tractations officielles, de concertations officieuses et de négociations infructueuses remettent la balle dans le camp du roi, qui devrait prendre une décision imminente sur le gouvernement. Benkirane ou pas ? Technocrates ou non ? Impasse/blocage ou arbitrage ?

Tout, ou presque, a été dit sur ce gouvernement qui n’en finit pas de se former. Et toutes les combinaisons ont été évoquées et envisagées, à l’exception naturelle et compréhensible  d’un gouvernement qui intégrerait le PAM et qui serait dirigé par le PJD.

La constitution. Elle le stipule clairement, en son désormais fameux et célèbre article 47 : « Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats ». Mohammed VI a rigoureusement et très rapidement respecté cet article, en chargeant Abdelilah Benkirane de former son gouvernement, mais en y ajoutant sa touche personnelle de respect de la « méthodologie démocratique ». Le roi aurait pu en effet prendre quelqu’un d’autre au sein du PJD, mais il a tenu à maintenir la logique des choses, en optant pour le chef du parti arrivé premier.

Ce que l’on sait moins est l’article 42, qui dispose que le roi est garant du bon fonctionnement des institutions constitutionnelles. Or, le gouvernement est une institution constitutionnelle », mais il ne connaît pas aujourd’hui un « bon fonctionnement ». C’est le moins que l’on puisse dire, et le roi, en tant que garant de la bonne marche des institutions, doit intervenir. C’est imminent.

La pratique. Que disent Abdelilah Benkirane et ses amis du parti, des médias, des réseaux sociaux et d’ailleurs ? Que le PJD est arrivé premier et que c’est donc à lui de former, et de diriger le gouvernement. La logique est arithmétique.

Poursuivons donc sur cette logique. Deux scénarios se dégagent.

1/ Rester sur la logique arithmétique, et combiner les deux articles 42 et 47. Dans le premier, il est dit que le roi « veille au respect du choix démocratique », et dans le 47, « le Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats ». Au vu de leurs résultats. Cela pourrait signifier que le chef de l’Etat pourrait légitimement passer au parti, ou bloc de partis, arrivé second. Dans ce cas de figure, le bloc de partis réuni par le RNI (UC, MP, USFP et RNI) totalise 103 députés, contre 102 au PAM, par ailleurs isolé sur la scène politique. Le roi Mohammed VI pourrait donc appeler Aziz Akhannouch et le charger de former un gouvernement qui se fonderait sur une majorité, à laquelle se joindrait alors le PAM, et le gouvernement disposera d’une majorité absolue, dont le seul est à 198 députés.

2/ Rester sur la logique du 47, et alors désigner un autre dirigeant du PJD pour former un gouvernement. Dans ce cas, deux noms se dégagent : Saâdeddine Elotmani et Aziz Rabbah. Le premier part avantagé car il est ancien secrétaire général du PJD (2004-2008) après en avoir été secrétaire général-adjoint du temps du Dr Abdelkrim Khatib, et aujourd’hui il en est le numéro deux, en sa qualité de président du Conseil national. Quand on lui pose la question, sa réponse est invariable : « Il appartient constitutionnellement à Sa Majesté de désigner qui il souhaite ». Certes, mais le roi ne peut désigner quelqu’un qui n’aurait pas les faveurs de son parti, ce qui est le cas de Rabbah, contrairement à Elotmani, apprécié et respecté au sein de sa formation.

La 1ère  option ferait basculer le PJD dans l’opposition, ce qui serait un mauvais signal pour l’opinion publique, convaincue suite au matraquage du PJD, que Benkirane et sa formation sont vainqueurs, alors même qu’ils ne sont que premiers au scrutin. Pour être vainqueur, il faut disposer de la majorité absolue. Faire « tomber » le PJD dans l’opposition est aussi ce que veut précisément Benkirane, qui n’a cessé ces derniers temps, et ses amis avec lui, d’envisager cette sortie de crise, mais une sortie qui ouvrirait sur une autre, institutionnelle et politique. Le PJD attend cela, voire l’appelle de ses vœux, si l’on en croit les sorties et déclarations de ses responsables.

En revanche, l’option 2 consistant à désigner un autre chef du gouvernement au sein du PJD aurait l’avantage de placer à cette fonction un homme plus consensuel, mois rugueux que Benkirane qui, sous ses allures bonhommes, a déjà engagé le bras de fer avec ses contempteurs et même le palais, quand il a dit samedi 11 mars à Oualidia que « Sa Majesté peut choisir qui il veut, il connaît tout le monde au PJD, Ramid, Elotmani, Rabbah, Yatim, mais il m’a choisi, moi. S’il veut changer d’avis, il en a toute latitude, il est notre roi, mais !... Il est nécessaire de respecter la volonté du peuple ! Car le peuple  et Sidna m’ont donné la clé ». C’est la porte ouverte à la désignation de quelqu’un d’autre, au sein du PJD, quoiqu’on ne peut décemment parler de « volonté du peuple » quand on n’a eu que 20% des électeurs ayant voté, et 10% du corps électoral. La volonté du peuple, c’est la majorité du peuple.

Et donc, dans les deux cas, dans les deux options, que l’on respecte la logique arithmétique ou la logique constitutionnelle, Benkirane part perdant, surtout qu’il a à son passif cinq mois d’impasse institutionnelle.

Il est donc très envisageable, voire même prévisible, que le roi Mohammed VI, dans les heures ou les jours qui viennent, désigne un autre responsable au sein du PJD, pour respecter la logique arithmétique relative, pour respecter l’esprit de la constitution, pour aller dans le sens du vote du 7 octobre qui a placé le PJD en pole position et pour sortir de l’impasse dont on ne voit pas la fin avec Benkirane.

Et Benkirane en voulant (presque) tout gagner, aura (presque) tout perdu. Il pourra ensuite aller crier au complot, mais il sera mauvais perdant, après avoir été piètre gagnant.

Aziz Boucetta

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